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. M 1 Roïiiulf
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prendre beaucoup de mie (pour « labourer profondément, » car il compare la terre à un pain dont la surface serait la croûte et l’intérieur la mie), marcher sur l’aubel (aubier) du chemin (parce que la trace des voitures dans un chemin est comparée à un tronc d’arbre ; l’empreinte des roues est l’écorce, l'empreinte du cheval est le cœur, et les deux lisières entre la trace du cheval et celle des roues représentent l’aubier), à la brunante (pour « à la brune »), que Dieu vous le rende beaucoup (pour remercier un bienfaiteur)... Et tout cela ne me paraît pas trop contraire au génie de la langue française. Le vocabulaire de l’habitant canadien-
français est plein de mots, son parler plein de tours tirés des dialectes d’oïl ; c’est un vieux paysan de France tout récopié, avenant, gingeollent, un peu bagoulard ; à cœur de jour, tout d’une bauche, sans décesser, il travaille, pousse le godendard, berdasse,
soigne ses poules qui s’accouvent, engrange sa récolte dans la fasserie, mange sa frigousse, le soir venu, et, quand l’endormitouère le prend, bien qu’il ne soit pas casuel, s’abrie chaudement sous la catalogne ; s’il n’amasse pas guère d’argent, il a toute une frôlée d’enfants, qui parlent comme lui... Et rien de cela n’a couleur anglaise, et tout cela est emprunté aux bons, aux pittoresques, aux savou-
reux patois français, plus réguliers souvent dans leur évolution que la langue officielle de Paris...
Une autre remarque importante qu'il faut faire, c’est que les formes patoises connues au Canada ne sont pas seules usitées par le paysan canadien-français ; le mot français est généralement connu et sou vent employé. Pour exprimer une idée, un paysan introduira dans la phrase un seul mot patois ; un autre, trois ; un troisième, cinq ; le reste du dis- Cours sera français. Tantôt, si l’on compte les mots et les sons, le français l’emporters ; tantôt, le patois.
Imaginons le court récit d’un paysan : « Sa brebis la plus gentille est perdue ; une brebis qui lui avait été donnée par ses vieux parents ! Dans son champ, il y a un défriché ; elle s’y est aventurée, avec le reste du troupeau, à travers les broussailles et les arbres abattus ; comme elle passait auprès d’un gros arbre, une branche, un morceau de bois pourri lui est tombé sur les reins et l’a écrasée. Quel embarras ! Il devra le dire à sa femme, et ceue ci sera mécontente.» Je transcris :
Vld mé barbi l& pu àvna:t kE bd:zi; œn barbi k Îlhlé t éyu tsu n6 halè] ! dalè] 1 klé, y4 t én àbûti ; à y té, doèk élz 6:t, ém5 lé fardde pi lz àràei ;: à [2]
D de em. Je
pè:salè] dré & grôt :b, àn ràl, & puriyô yé té:bé su l'rébé pi U& ékrüputi. ké hàryél vé félwè:r cl dir d lé kriyatu:r ; à vd fi y ét malkôta:t 1
Dans cette transcription, pas un mot qui ne soit patois ; pas un non plus qui ne soit attesté au Canada. Les uns sont usités partout, d’autres sont rares, quelques-uns sont en train de disparaître; mais tous ont été entendus dans nos campagnes.
Cependant, ces phrases ne sont pas canadiennes. Sur cent de nos paysans, pas un seul ne fera ce récit comme je l’ai écrit. C’est que le discours populaire, chez nous, n’est jamais entièrement dialectal. Ainsi, celui qui dira barbis ne dira peutêtre pas bâsie, mais perdue ca morte ; un autre emploiera bien arrachis, mais broussailles au lieu de fardoches ; un troisième se servira du mot rinquié, mais non pas de pourrillon, qu’il remplacera par morceau de bois pourri ; et ainsi pour tous les mots que j'ai à dessein fait entrer dans l’exemple. Chacun des sujets à qui vous demanderes ce récit emploiera dix ou quinze mots patois ; mais les mots patois ne seront pas les mêmes dans toutes les versions ; de sorte que, pour retrouver le récit tel que je l’ai noté, vous devrez fondre ensemble toutes les variantes recueillies. Par exemple,
écoutez trois P8&ÿsans prononcer les trois premiers mots : « Voilà ma brebis». Il n’est pas probable que vous entendiez du premier coup : ol mé barbt. Mais Vous pourrez noter : 1° o/4 à brèbi ; 2° oàla mé brèbi ; 3° vwûla mà bar ; Dans chaque cas, un seul mot est dialectal ; mais en rapprochant les variantes, vous auriez les trois mots sous leur forme patoise en même temps que canadienne. Autre exemple : gens se prononce parfois ja (français), et parfois je (picard), parfois hä (saintongeois), ou encore hè ; et ce dernier produit comprend ce qu'il y a de dialectal dans les deux autres.
Cet examen rapide suffit à démontrer que notre lexique se compose d’un vieux fond de français, avec, épars, des débris de patois, quelques produits indigènes, et près des villes des anglicismes.
Li *
Si de la lexicologie on passe À la phonétique, l'étude des sons conduit aux mêmes conclusions sur la nature de notre parler populaire. On aperoit cependant une différence. Tandis que les substituts lexicologiques présentent, suivant les régions explorées, des variantes dont on pourrait peut-être faire une certaine distribution topogra-
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