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phique, il n’en est pas de même des produits phonétiques : le vccalisme et le consonantisme offrent à l'observation, sur toute l’étendue du territoire, les mêmes phénomènes ®. Il semble que, dans la fusion des parlers importés de France, les formes phonétiques aient plutôt persisté qui n'étaient pas tout particulièrement caractéristiques d’une province et se rattachaient à un type commun ; de là l’uniformité de notre prononciation. Aussi les produits canadiens qui ont été observés représentent-ils le parler moyen du peuple.
Essayons d'indiquer des rapprochements possibles entre quelques produits de l’u latin dans le
français du Canada et dans les parlers du Ma;::, de la Normandie et de quelques autres régions Chacun de ces produits canadiens n’est pas nécessairement un type de formes similaires ; il se rencontre sans doute des séries de mots auxquels
un même traitement est applicable, mais aussi des formes isolées.
1° (e+)u: ti :.+r — à.
Securum — sè:r (=fr. sûr).
Cette réduction de la diphtongue ne se rencontre guère que dans la locution sûr et certain.
(1) Du moins IA où l'influence de l'émigration acadienne ne s'est pas fait sentir.
Cf. les parlers normand, manceau, wallon et lorrain.
2° u: libre ton. — y!
gula — gu'l (=fr. gueule).
Tel est le sort de x libre en Bretagne et dans le Maine.
una — &'n (=fr. une).
luna — lè'n (=fr. lune).
prune — prè'n (=fr. prune).
Pruna<+-arius — pr&"nyé (=fr. prunier).
communicare — kèmè'nyé (= fr. commu nier).
bruma — brè'm (=fr. brume).
plume — plè:m (=fr. plume), pluma<+-ittus — pl& mè't (=fr. plumet).
includinem — &:klè'm (=fr. enclume), legumen — légè'm (=fr. légume).
et une longue série de formes similaires.
Même traitement dans les parlers du Bas-Maine, de la Normandie et de la Haute-Bretagne. Dans le Bas-Maiïne, kumorem — imè:r, comme au Canada.
4° u: (+c) entravé — ê, U.
fructum — fri, fru (=tr. fruit).
fructum+-arium — frifyé, frutyé (=fr. fruitier).
fructum +- aticum —» frità:j, frutà:5 (=fr.
fruitage).
Dans une partie du Bas-Maine, on a le produit € ; dans un autre, u.
5° u'+l en position — à’, culcita+-ile — kd'ti (=tr. coutil).
pulmonèm —> p'mô (=fr. poumon). Etc.
Le Bas- Maine connaît pèmènik, employé, comme ici, pour poitrinaire.
Étudions encore quelques-uns des produits carac-
téristiques de l’a latin dans notre parler populaire. Nous verrons que tantôt l'évolution canadienne remonte directement au vieux français, tantôt à un développement dialectal parallèle.
1° aton.+l — 6, à.
qualem — k&, kèl (=fr. quel, quelle).
Ce produit, aussi pur phonétiquement que le produit français, est dialectal. Nous l’avons vraisemblablement reçu de la Normandie, du Maine ou de la Saintonge, où il existe encore ® ; cepen-
(1) On trouve queu, quieulz, queulle, etc, dans les dialectes écrits, au XIIIe siècle. Du XIe au XVe siècle se produisit la vocalisation de l’I dans les groupes 6l et èl ; À cette époque, le
dant, nous aurions pu tout aussi bien le tirer nousmêmes du français quel, mais nn pas de quel prononcé à la moderne (kèl), car, par la vocalisation de la consonne finale, quel (kèl) eût donné queau (k6). Si ké est de fabrication canadienne, nous l'avons tiré de quel prononcé avec 6 fermé (kél). C'était probablement la Prononciation en usage parmi les habitants de l'Ile-de-France qui émigrèrent au Canada ; au XVI: siècle, en effet, et jusque dans le XVII, on prononçait fermé le de quel (kél) ®. Et c’est à cette époque que se place le point de bifurcation de l’évolution française et de l’évolution patoise.
On sait du reste que l’a tonique libre (+0) a donné un e, indéterminé jusqu’au X° siècle, fermé au XII‘, et qui ne s'est ouvert qu’au XVIIe, Rappelons encore que la chute de la liquide de quel, devant une consonne, est attestée dans la prononciation du XVI° et du XVIIe siècle ; l’e étant alors fermé, quel devenait ké, produit populaire que l’on trouve encore chez le petit peuple au
fermé (++ cons.) sorti de l’a tonique de qualis devait donner æ. (Voir Sucuiee, Les Voyelles toniques du vieux français, trad. par Ch. Guerlin de Guer, Paris (Champion), 1896, p. 157.)
(1) Voir Tauror, vol. I, p. 55, et les grammairiens qu'il dite, SrLvius, Mricrær et PéLeriss.
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milieu du XVIII siècle ® et aujourd’hui en Normandie.
Or, où le français classique ouvrait l’e et le français populaire laissait tomber l’{, le dialecte, au contraire, maintenait la voyelle fermée, vocalisait la consonne, et régulièrement de kél faisait ké. Le dialecte dut conserver d’abord la liquide même devant les mots commençant par une consonne, c’est-à-dire dans le cas où le français la laissait tomber ; de là la vocalisation.
Devant un mot commençant par une voyelle, pour éviter l’hiatus, on restitua à ké l’I qui s’y trouvait sous une autre forme. Exemple : k& tà (=fr. quel temps) ; k& l dm (=fr. quel homme). Que dans ce dernier exemple / soit intercalaire, la forme du pluriel porte à le croire : k&@ z dm (=quels hommes).
On pourrait faire une démonstration pareille sur &èk (=fr. quelque), kækë (=fr. quelqu'un), lékèl (=fr. lequel).
Quant au mouillement du k, la réduction de l’hiatus résultant de la vocalisation de l’{ l’explique assez.
(1) Voir Taunor, vol. II, p. 140 ; Duez, Burrigr, ANTo- NINI, MauviLLon, etc. On disait, par exemple : qué conte! qué monsire! pour « quel conte ! quel monstre | » Qué s'entend aussi chez nous.
2° a ton.+l — 6.
tal. fanale — fàné (=fr. fanal).
germ. stal — 46 (=fr. étal). quintale — két6 (=fr. quintal).
canalis — kèn6 (=fr. canal).
animalis — animé (=fr. animal).
æqualem — ég6 (=fr. égal).
Hors le cas d’entray €, la vocalisation de l’ n’est pas française. L’adoucissement de al en au était cependant pratiqué dans le vieux français, et l’on en trouve de nombreux exemples jusque dans le XVIT: siècle. 4
Nous pouvons donc tenir ces formes aussi bien du français que des patois.
8° a ton. ( +labiale) — à.
labra — lèvr (=fr. lèvre).
De même : capra, crama, capum, amat, graphium, * grava, * aCcapat — cèvr, krèm, etc.
Phénomène de labialisation purement dialectal, qui paraît sa rattacher aux patois du nord et du centre de la France, Ce peut aussi être le résultat
ER (1) Tasouror, MaeLena, Oupin, l’Acap. en 1694 et en 1740, donnent estau; fournau n’est disparu du dict. de l’Acad.
qu’en 1762.
d’une nouvelle mise en marche de l’évolution interrompue dans le français.
4° a ton. libre (+r) — é:, à'è: (1)
patrem — pérr, pà'èr (=fr. père).
mare —> mé:r, mà'è:r (=fr. mer). et les formes similaires.
Ces deux produits ne paraissent pas également répandus, et il serait peut-être possible d’en établir la topographie.‘
Quoi qu'il en soit, le premier (é:) ren: ‘sente l’étape française du XI° au XVI° siècle. L’e sorti de l’a libre latin devint en effet fermé à cette époque ; on prononçait alors mé:r, pé:r, etc. Ce n’est qu’au XVII: siècle qu'il devint ouverr devant une consonne persistante ©, et encore l’e resta-t-il fermé dans bon nombre de mots jusqu’au milieu du XVIII: siècle ®. Pére, mére etc. ne sont donc que des formes françaises attardées.
(1) La diphtongue n’est pas très nette ; le premier élément tend à disparaître.
(2) Péerier (1549) écrit par « fermé tous les mots en -ere: «p‘re, mére, chére, clér, mér», ete. Lanous (1596) fait de même. Meicnzr (1542) attribue «l’e clos » à pere, mere. Ounin (1633) et CuirrLeT (1659) attribuent l’e ouvert aux mots en -ere, mais ils exceptent pére, mére, frére et leurs com-
€) L'Acad., en 1740, écrivait père et compére, amère et mére, chère et confrére, etc.
L'autre produit (à'è:) est du patois pur.
Quelle est l’origine du son adventice à ? On est tenté d’y voir la conservation de l’a latin, et, en dressant le schéma de l’évolution, de placer le point de bifurcation de l’évolution française et de la patoise vers le Ve ou le VIe siècle, à l’époque où la tonique libre était devenu de, en passant par aa. En ce cas, nous aurions reçu àè directement de quelque patois ; car cette diphtongue était depuis longtemps perdue au XVIIe siècle. Mais il y faut plutôt voir le résultat d’une réflexion vocalique ; nous eurions opéré sur le moderne père. Dans le premier cas, pâè:r serait plus ancien que pé:r ; dans le second, beaucoup plus jeune et de provenance canadienne. La dernière hypothèse est la plus vraisemblable. Si on l’adopte, on aperçoit tout de suite que le canadien s’est développé parallèlement au normand, qui est arrivé à un résultat analogue, et l’on constate que, sur ce point du moins, notre parler populaire est bien vivant, car les sons segmentés et diphtongués, dit M. Guerlin de Guer, « sont caractéristiques d’un organisme linguistique en voie d'évolution ». Les phénomènes de réflexion vocalique, dit le même auteur ®,
(1) Atlas dialectologique, p. 37.
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