LE EU
«reposent sur une tendance générale de toute langue populaire bien vivante à émettre une majorité de sons allongés, puis segmentés et diphtongués, qu’elle préfère aux sons purs des langues fixées. Par exemple, un son o, qu’il soit de nature brève ou longue, de nature ouverte ou fermée, sera toujours, dans une langue littéraire, représenté par ce qu’on pourrait appeler, en musique, une note simple, sans harmoniques. Dans une langue populaire, il en est autrement. Ce même son, de qualité plutôt longue au point de départ de son évolution, laisse entendre, en même temps qu’un son fondamental, des harmoniques de ce son, tantôt à sa partie antérieure, tantôt à sa partie postérieure ; c’est-à-dire : d'6:, 6"d:, et toutes les variétés de ces gammes. Du jour où le son se segmente de la sorte, l’évolution suivra son cours normal, jusqu’à modifier profondément le mot où il figure.»
Mais si le produit à'è: est en marche, vers quel phénomène s’achemine-t-il?... L’a tend à dispa-
raître : l’évolution se ferait donc vers le français. Dans tous les cas, le canadien à'è: ne peut être que le descendant ou le frère du normand.
5° (pal.+) a ton. — à, &, é, u.
casa —+ cà, cæ, cé, eu (=fr. chez).
Il est assez remarquable que ce produit présente, complète et vivante à tous ses degrés, la gamme de la série antérieure labialisée.
L'évolution française de casa offre les formes attestées suivantes : chiese, chiès, ches, chez. Le produit canadien est dialectal. Cependant It ;roconciation cæ était, au XVIIe siècle, « très commune, mesme à la Cour » (.
La chuintante initiale — à laquelle est probablement due la labialisation — indiquerait que cæ nous vient du centre de la France. (
6° a+! (+cons.) — u.
* salcitia — susi's (=fr. saucisse).
sal+-pulverare —+ supudré (=fr. saupoudrer) salvum — su ® (=fr. sauf).
C’est encore un produit patois. Nous faisons subir à a+u (—} vocalisée) le traitement que le
normand applique dans certains cas à la diphtongue au. On pourrait donner d’autres exemples. Tous
(1) VauczLas, II, 162. CHIFFLET, sec. 3, par. 26. Tu. Corneizce, II, 162. De La Toucues, 37.
(2) Voir RousseLor ET Lacrorrs, p. 62.
(3) Dans « sauf votre respect ».
poitevin et le bourguignon ne le cédaient d’abord
prouveraient que notre langage est un parler fran- id çais mélangé de formes patoises. I 2 E + d Dans son ensemble, le parler du peuple canadien d n’est donc pas à proprement dire un patois ; mais P il est le résultat de la fusion de plusieurs patois d différents, greffés sur du vieux français. Ce n’est ni du patois pur, ni du français littéraire, ni du le: français corrompu ; c’est, pourrait-on dire, du vieux pa français patoisé. Archaïsants et patoisants, tels nous sommes. Et il n’y a là rien que de très hono- rai rable ; seuls sont tentés d’en rougir ceux qui ne tin savent pas ce qu'est le patois, qui ne conraissent pal de ce mot que le sens ironique et plaisant, et pour ( qui patois est synonyme d’argot ou de jargon. Le jou français littéraire n’est lui-même qu'un patois vin officiel. pro:
On croit communément que les parlers provin- avoi ciaux sont du français corrompu, et l’on hésite à bien reconnaître les larges bandes de patois qui brochent et vi sur notre français. enco Rappelons-le encore une fois, dialectes sortis en D class même temps du latin, le normand, le picard, le Æ sans
à leur congénère, le français, ni en valeur littéraire, fl ni en influence. Le dialecte français finit par supplanter les autres ; la langue du roi devint la langue du royaume. Les dialectes Provinciaux cessèrent ee: d’être écrits ; depuis cette époque, on les appelle Li Palois. (Patrois, Pairius sermo, le langage du père, es de la patrie.) à hi Ë Ainsi les dialectes de la langue d’oil sont devenus k : . : 2 les patois français ; ceux de la langue d’oc, les Là Palois provençaux. #4 Les ges
Un patois est donc une langue, autrefois littéraire, qui n’est plus que parlée, mais qui n’en continue pas moins à évoluer, et Parce que plus librement.
Qu'au point de vue littéraire, le français soit aujourd’hui plus poli, plus raffiné que les parlers pro- ke à vinciaux, nul n’y contredit. Que ces derniers soient Proscrits de notre littérature, c’est de quoi il faut avoir soin. Mais, pour être patois, un mot, s’il est bien venu, n’est pas moins bon français, au sens large et vrai de l'expression ; seulement il n'appartient pas “+ encore, ou il n'appartient déjà plus au français “RE:
classique, et c’est une distinction qu’il faut faire al sans doute, mais Par quoi, au point de vue philologique, les Patois ne sont Pas humiliés, Tout le
plus naturellement,
vocabulaire n’est pas dans les dictionnaires officiels, ni toute la langue dans les grammaires.
Il reste à dire un mot du langage des gens instruits, phonétique, lexique, morphologie et syntaxe. (1
Le mélange des dialectes a singulièrement facilité l’évolution de notre parler vers le français classique. Broyées et confondues, les formes patoises ont perdu de leur vigueur naturelle ; déracinées, la sève leur a manqué. Tel mot normand, par exemple, perdu dans le français, n’a pas su toujours rester pur normand. Dans la fusion des parlers provinciaux et du français, les caractéristiques les plus considérables ont disparu, les cadres de la phonétique populaire ont été brisés. Il en est résulté un langage, moins intéressant peut-être au point de vue scientifique, mais qui se polit et se raffine plus vite. Quelques années seulement passées à la ville, et nos Paysans ont presque perdu ce que Loysel appelait « le ramage de leur pays ».
(1) J'entends étudier le Parler moyen des personnes instruites, non pus de celles qui ont une culture spéciale : celles-ci parlent en général un français très pur.
PRINCIPAUX CARACTÈRES puy FRANCO-CANADIEN 73
Quel langage parlent-ils alors ? C'est ce que nous allons voir.
Phonétique —Les considérations précédentes s’appliquent surtout à la phonétique. Le Paysan canadien n’a pas d’accent Provincial distinct ; Où, si l'on veut, il a trop d’accents divers, d'eux soit apparent.
mières années de collè Caractéristiques de la Pp point de vue français, ciation, l’homme instru
souvent mieux que les de Prononciation.
souvenirs du parler bles : pour & (
flexions vocales,
Lexique. — C’est le vocabulaire français, mais Pauvre et imprécis, à Peu près pur de patois, mais assez fortement archaïque, et mêlé, hélas ! d’anglicismes barbares. Dans le commerce et dans l’industrie surtout, l’anglicisme nous ronge ; c’est l'ennemi qu’il faut combattre. La presse introduit
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in NOTES
ss 204
même ces barbarismes dans nos campagnes ; heureusement, hors des villes, le mot anglais se francise le plus souvent : de round-house, le paysan a vite fait rô:dus.
Morphologie. — Dans la bouche des gens instruits, la morphologie est absolument française. Ainsi, les prétérits en i, répandus dans les campagnes, sont inconnus dans les villes.
Syntaxe. — Les tournures sont parfois imitées de l'anglais ; mais le plus souvent, elles sont françaises, quoique peu soignées, et encore moins variées.
Je n’ai voulu qu’orienter les recherches, poser la question, et indiquer quelles influences paraissent avoir agi sur notre parler. Pour l'instant du moins, il serait téméraire d’être plus affirmatif. Plus tard, d’autres mieux informés diront plus exactement quelles sont les caractéristiques du franco-canadien.
Dans une étude sur la nationalisation de notre littérature, un écrivain, des plus brillants parmi nos conférenciers, des plus habiles Parmi nos critiques, a dit comment «il ne faut Pas égarer sur des sujets étrangers, ou &âter par des procédés exotiques notre littérature canadienne », et que celle-ci, pour valoir quelque chose, doit être natio-
nale,
Dans cette substantielle étude, M. l'abbé Camille Roy définit clairement ce qu’il faut entendre par notre « autonomie littéraire », et trace, dans ses grandes lignes, le Programme de l’œuvre qu’à faute d'expression meilleure on appelle la nationalisation de notre littérature. I] s'applique surtout à démontrer — à quoi il réussit — que le premier soin de nos écrivains devrait être de choisir des « sujets où l'esprit canadien pût s'affirmer avec plus de Personnalité », de puiser leurs inspirations dans la nature, dans la vie, dans l’âme canadiennes.
Mais au choix du sujet ne s’arrête pas le problème de la décentralisation littéraire, M. l'abbé
Roy le fait bien entendre. Il faut aussi considérer la forme, et spécialement le vocabulaire.
Puisque nos efforts tendent à bâtir une littérature nationale, la forme de cette littérature, d’abord et essentiellement française, ne devrait-elle pas être en même temps et accidentellement canadienne ? tenant par racines au vieux sol gaulois, ne devraitelle pas, par ses fruits, fleurer bon notre terroir ?
On reconnaît chez tel ou tel poète de France des traces de provenance normande, picarde, bretonne... Pour décrire, par exemple, la Provence, « le pays de l’aveuglante lumière, la terre parfumée où chante le cigale », le poète provençal emploie des mots inconnus hier et dont s'enrichit aujourd’hui la langue classique, des mots « évocateurs de soleil, de lumière et d’exubérance ». Quand un Lapaire regrette « la plaine, les prés ombragés d’ormeaux, les bois de chênes, les petits cours d’eau qui semblent dormir sous les saules, tout le charme accueillant du pays berriaud », il trouve dans le patois de sa patrie des expressions sans apparat, familières, simples et douces, où transparaissent les humbles horizons de chez lui, « avec leurs clochetons branlants et leurs petites maisons toutes bleues sous le clair de lune ». Faut-il chanter les verts pâturages, les falaises escarpées, les landes brumeuses de ls
Normandie, et la Personnalité très marquée de ses habitants? Levavas Féret, Frémine,
nts intimes et son tour d'esprit». Il faudrait parler de mém poètes régionalistes :
rabelaisiens de la Saintonge, vieux mots Pittores-
ques du Poitou, mots colorés d
de la Bretagne et du Maine,
Rouergue, de la Flandre et
Beauce et de l’Anjou,
Vergne... Ces écrivai qui tirent
des dialectes nt les dic-
es équiva-
ns phonétique et le sens
poétique de la langue. Au lieu d’entraver la vie
des mots, ils se constituent les conservateurs de la
tradition française, « les tuteurs de notre Conscience
linguistique, les gardiens de notre beauté verbale ».
fl NOT Ty
Pour que la langue ne se déforme pas, ils la laissent se transformer.
Et rien n’est plus légitime, plus conforme au génie du français, que ce mouvement qui sans cesse fait tomber dans le vocabulaire officiel les produits du langage populaire.
Une langue doit se renouveler par le continuel mouvement de ses formes. Les mots naissent, vivent et meurent. Or, c’est le peuple qui leur donne la vie, et c’est trop souvent les littérateurs qui les tuent. Quand une fois l'orthographe des académies s’est emparée d’un mot, elle le fixe dans sa forme écrite, et le mot court le risque de ne changer plus, et de s’user, et de mourir, à moins qu’un écrivain de génie ne trouve le biais de lui donner comme une vie nouvelle, ou mieux encore, que le peuple ne le reprenne, ne le replonge dans le creuset où s’épure le métal des langues, ne le forge et ne le façonne à neuf, ne le rende enfin au lexique littéraire, ressuscité presque, en tout cas restauré, rajeuni.
Le peuple étant donc le créateur des mots, le forgeur des langues, le père légitime des vocables bien venus, c’est dans le vieux fond toujours mouvaut, toujours vivace, toujours fécond, de son vocabulaire que l’officielle littérature doit prendre
les expressions dont elle veut enrichir son patrimoine verbal, C’est ainsi que la langue française a emprunté les mots limousine, champis, charotte, au patois berrichon ; abeille, cadenas, rossignol, au Provençal ; écaille, fabliau, camperche, au picard ; bruman, cage, caillou, au normand. .. Et ces mots, issus du sol et de la race, elle les a enregistrés dans son dictionnaire, elle en a composé son lexique.
Vote
Pourquoi n’emprunterait-elle Pas aussi quelques mots au franco-canadien ? Puisque les écrivains de France font entrer dans le langue maintes expressions propres à leurs petites patries, puisque ce droit leur est reconnu et que l’Académie même sanctionne ces apports à l’idiome national, pourquoi nous, les Canadiens, n’apporterions-nous aussi au vocabulaire français les mois qui disent le mieux les choses de chez nous ?
Répondre à cette question, c’est en examiner deux sutres : la langue française a-t-elle besoin de nous emprunter quelque chose ? et avons-novs quelque chose à lui prêter ?
La langue française a-t-elle besoin de nos mots populaires ?
Sans doute, elle n’en a que faire pour parler des choses qui ne concernent pas la vie canadienne —
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encore que nous pourrions lui prêter notre € patinoir » pour remplacer son skating, et lui apprendre à conserver « fumoir », qui est en train de disparaître devant smoking room. Mais puisque nous voulons créer une littérature qui traduise notre pays, notre âme, demandons-nous si la langue française a bien tout ce qu’il faut pour exprimer notre âme, notre pays. Si je veux parler d’une bordée de neige, et d’une sucrenie, et d’une paire de raquettes, et d’une batture de glace, et des balises de nos chemins d’hiver, et d’un casseau de tire, et d’une clôture d’embarras, et d’une traîne sauvage, et de souliers mous, etc., comment pourrai-je le faire convenablement, avec les seuls vocables du dictionnaire académique ?
Il y a vraiment des choses qui ne sont pas de la France mais qui sont du Canada, et pour les dire, des mots canadiens que la langue française ne connaît pas. Comment done mettre dans nos livres notre histoire, nos légendes, nos mœurs, notre vie, si d’abord nous rejetons les mots les mieux imprégnés de l’esprit canadien ?
La langue française ne connaît pas le mot poudrerie : les Français ne connaissent pas la chose ; pour parler d’une poudrerie canadienne, faudra-t-il employer une longue périphrase ? Quand les Fran-
çais ont voulu nommer le vent du nord-ouest, qui souffle dans la vallée du Rhône, ils ont emprunté aux parlers du midi le mot mistral, et le mot mistral a reçu le droit de cité. Demandez donc à un Parisien de nommer ce que nous appelons une ceinture féchée : il inventera peut-être un mot, mais ce mot ne vaudra pas le nôtre, car de deux expressions pour désigner une même chose, l’une créée par le peuple, l’autre forgée par un lettré, la première sera toujours la meilleure. Le mot, cet « objet d’art », ne peut être un produit de laboratoire.
N’attendons pas que nos cousins de là-bas se mettent «n travail pour inventer des mots à notre service. Comment nommeraient-ils ce qu'ils ne connaissent noint? Du reste, un mot ne s’invente pas.
En vérité, il nous appartient de nommer les choses du Canada, et notre parler populaire a les expressions qu’il faut.
Pourquoi tant de scrupules ? La langue française est pleine de mots empruntés directement aux parlers étrangers. Elle a pris à l’allemand flamberge, sabre, vampire ; au celtique moderne, biniou, menhir, dolmen ; à l’anglais, beaupré, ballast, tonnage ;
au nordique, tribord, vague, hauban ; au néerlan-
dais, cambuse, dune, flibustier ; à l'italien, campagne, dessein, désastre ; à l'espagnol, alcôve, cannibale, moustique ; au portugais, acajou, bayadère, bambou ; au roumain, hospodar, vayvode, keroutsa ; aux patois de la Suisse romande, avalanche, chalet, glacier ; au slave, calèche, polka, esclave ; à l’arabe, alambic, bazar, orange ; au turc, colbac, cravache, divan ; au persan, babouche, caravane, châle ; aux langues de l'Inde, avatar, palanquin, véranda ; à celles de l’extrême orient, bonze, jonque, thé ; au malais, guttapercha, kanguroo, rhum ; aux langues africaines, baobab, chimpanzé, zèbre ; aux américaines, caïman, manitou, maïs, etc., etc., etc.
Tous les étrangers auraient donc le droit de prêter des mots au français, et nous seuls, Normands, Picards, Manceaux, Berriauds, Poitevins et Bourguignons du Canada, Français du Canada, nous qui avons conservé le parler ancestral, l’ancien dialecte de l'Ile-de-France, avec, brochant sur le vocabulaire classique, les formes patoises les plus légitimes, serions exclus de ce concours des peuples à l'enrichissement d’une langue qui est nôtre, et qu’on a appelée « la langue kumaïne » ? A coup sûr, nous sommes, autant que ces messieurs de l'Afrique et de l’Asie, habiles à donner au français des mots conformes à son génie. La plus fruste de nos
vieilles expressions a meilleure forme encore que les féroces assemblages de consonnes fournis par l’allemand ét l'anglais.
Mais les mots nécessaires sont-ils les seuls qu’il est désirable de voir entrer dans la langue ?
La langue française est riche, dira-t-on, et à moins que ses ressources linguistiques soient prises au dépourvu, ne lui faisons pas l’'aumône.
Cela serait juste, s’il s'agissait d'emprunts à la langue anglaise ou à quelque autre idiome étranger ; mais à l’endroit du franco-canadien, issu des dialectes du nord, de l’ouest et du centre, il n’en va pas de même ; en puisant à cette source, la langue française se nourrirait encore de sa propre substance, se renouvellerait à même son propre fond, userait de ses propres forces linguistiques.
La langue française est riche ; mais, parce qu’elle est riche, il lui avient de posséder le superflu. C’est un luxe légitime pour une langue que d’avoir deux termes pour désigner une même chose, des « mots de rechange », disait Ronsard.
Tout en retenant les expressions françaises, et pour marquer de ces nuances légères qui font le charme et la précision du discours, combien de mots franco-canadiens, pittoresques et pleins de sens, nous pourrions employer !
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(ss) LES PARLERS DE FRANCE AU CANADA
Vous connaissez les locutions à la brunante, un clair d'étoiles, une rochière, sauter les rapides, un chemin de sortie, une pagée de clôture, un brälé, le temps des bandons, la brimbale d’un puits, prendre de la mie en labourant, la blonde d’un amoureux, être à la hache, les tintons d’une cloche, la terre qui se ferme à l’automne, les blés qui sont clairauds ou qui viennent à pleines clôtures... Cela sonne-t-il à vos oreilles comme de l’iroquois ? cela n’est-il pas plutôt d’excellent français ? et dans un récit, cela n’aurait-il pas de l’adon ?
A côté du paysan français en limousine, l’habitant canadien en capot d’étoffe du pays, en vérité, ferait une figure assez avenante.
Nous avons de vieux mots, dont se servirent Montaigne, Marot, Ronsart, et que la langue classique a laissés tomber... Pourquoi donc hésiterionsnous à employer, quand cela s’adonne, des expressions comme à coup, à cœur jeun, barre du jour, amaïin, alis, accordant, agès, braverie, et... s’adonner?
Nous avons aussi hérité de nos pères, émigrés des provinces, des mots patois qui ont vraiment bon air... Pourquoi rougir d’expressions comme étamperche, avenant, achaler, cintre, about, batterie,
tasserie, engranger, clairons des nuits d'hiver, cousins du pain bénit ?
Quelques formes et quelques acceptions nous sont peut-être propres... Pourquoi ne pas accorder pareillement le droit de cité à batte-feu, à épluchette, à écorchis, à achalerie, à solage, par exemple, et avec le sens que nos gens leur attribuent, aux mots habitant, cabrouet, casque, char, lisse, claque, corvée, berline, calèche, carriole, revolin ?
Ne demandons pas si le franco-canadien a quelque chose à prêter au français : demandons plutôt quelle part de ses richesses est la mieux assortie à notre dessein.
Je ne fais pas ici le compte de nos mots populaires les plus dignes de figurer dans le lexique de notre littérature. Le choix en ressortit surtout aux écrivains. (Ceux-ci devraient s’appliquer à faire le départ du médiocre et du bon dans le parler du peuple, et, dans leurs œuvres, en employer sans crainte les formes du meilleur aloi, les plus légitimes et les mieux venues. :
C’est pour leur faciliter ce triage que la Société du Parler français tâche, dans ses études, à retracer la vie des mots qu’elle relève. Elle amasse des matériaux pour établir un glossaire du francocanadien ; elle rêve en même temps un diction-
sh AUS
Mai
ag
naire du français à l’usage des Canadiens, dictionnaire des mots de la langue académique, et aussi des bons mots canadiens-français, produits de notre crû ou formes dialectales anciennes, mais d’où sera banni tout ang!:cisme qui n’est pas absolument nécessaire, qui ne prend pas au dépourvu les ressources lingu:tiques de la langue, ou qui résiste à la francisation. Quand ce dictionnaire aura paru, s’il est bien fait, peut-être nos écrivains seront-ils moins timides; et plis curieux d’être canadiens jusque dans leur vocabulaire. Les Français euxmêmes ne tarderont pas à enregistrer aussi nos vocables dans leurs lexiques, d’abord avec la mention « usité au Canada », puis simplement comme autant de mots français.
Ce dictionnaire n’est pas fait encore ; mais nous ne croyons pas qu'il soit téméraire de l’entreprendre. L’exécution en sera lente peut-être ; il n’importe. L'œuvre est bonne, c’est assez. Essayons de greffer sur le vieux tronc du français une tige canadienne, pleine de sève, saine, vigoureuse, et espérons aussi longtemps qu’il faudra. Si le succès se fait attendre, si nous ne voyons pas nous-mêmes s'ouvrir les feuilles et croître les rameaux du nouveau sujet, nous nous consolerons en disant, comme le vieillard aux trois jeunes hommes :
Nos arrière-neveux nous devront cet ombrage.
Le parler populaire du Canada français altère le genre d'un certain nombre de noms communs, faisant les uns du féminin, les autres du masculin, en dépit de l’usage.
L'objet de cette étude est à la fois de signaler les plus considérables de ces altérations et d'en chercher la raison. Ces phénomènes morphologiques, en effet, se peuvent expliquer ; les causes qui les produisent sont aujourd’hui connues.
Avant d'aborder l'étude de notre parler populaire, on aimera peut-être à se rappeler quelques notions élémentaires sur l’origine et les causes de variation des genres en français.
La distinction entre les genres, dans les langues romanes, est de nature purement formelle, sauf dans les noms de Personnes et d’animaux, où elle a une signification intrinsèque, le genre répondant dans ce cas à une idée de sexe.
Le latin avait trois genres : le masculin, le Jféminin et le neutre. A l’époque romane, le neutre
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