‹ Études sur les parlers de France au Canada [microforme]Chapitre 14 sur 42 · IS IL · texte numérisé non relu

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déclination, et dans ce cas le genre est étymologique : rosa, Î. —> rose, Î. ; -e peut aussi être euphonique, et le genre alors n’est pas . ‘vulièrement tiré du latin: rythmus, m.— rime, f. L'action de la terminaison masculine est la moins énergique.

3° L'action de la voyelle initiale. — L’élision de l’article et la liaison de l’adjectif devant les noms commençant par une syllabe pure ou inverse ne laissent pas distinguer les deux genres ; de là, la tendance populaire à faire ces noms du féminin. Dans la langue classique, cette action ne se fait guère sentir isolément : elle vient plutôt à l’aide de la terminaison féminine pour déterminer un changement de genre : opalus, m.— opale, 1.

Dans les parlers populaires, la voyelle initiale exerce son influence même sur les mots à terminaison masculine. (

4° L'influence analogique. — Un substantif rappelle par sa forme, par le suffixe qui le termine, par sa fonction, un autre mot d’un genre différent ; il prend le genre de celui-ci : c’est l'influence des formes analogues (front, f. en latin, devenu masculin par analogie avec pont, mont, etc.), des suffixes

(1) Voir Danmssreter, Cours de Gramm. hist., 2e partie, p. 53 ; G. de Guze, le Parler pop. dans la Communes de Thaos, p. 147.

(art, f. en vieux français, devenu masculin par analogie avec le suffixe -art), et des termes voisins (minut, f. encore au XVII: siècle, devenu masculin par analogie avec midi).

5° L'action syntactique. — L’ellipse d’un substantif change parfois le genre d’un autre substantif auquel le premier, sous-entendu, se rapporte : la Jéte de tous les saints=la Toussaint. Le sexe sousentendu produit le même effet : mon cher enfant, m., ma chère enfant, f.

6° Le retour au genre latin. — Ce retour, qui s’est fait pour certains mots à la fin du moyen âge, a été l’œuvre des savants. Cette cause n’a donc aucune influence sur les parlers populaires.

Il n’en est pas ainsi des autres causes troublantes, et les altérations de genre faites par le peuple se rattachent à l’une ou à l’autre. C’est ce rapprochement que je voudrais faire en étudiant quelquesuns des mots auxquels le peuple canadien-français attribue un genre qu’ils n’ont pas dans le français littéraire d'aujourd'hui.

Remarquons-le d’abord, les influences énumérées sont de deux sortes. Les unes, qui se rapportent aux formes latines, aux doubles étymologies, à la confusion du féminin singulier et du neutre pluriel, n'ont pu s'exercer directement sur notre parler ;

les autres, l’action des initiales et des terminaisons, l’analogie, l’action syntactique, sont toujours actives, et les altérations qui leur sont dues ont pu se produire au Canada. Lors donc qu’on explique par les premières quelque changement de genre, cela suppose que le passage d’un genre à l’autre s’est fait dans le vieux français ou dans les patois des provinces, avant le XVIII* siècle, et que nous avons reçu de nos pères ces archaïsmes, classiques ou dialectologiques. Quant aux influences de la deuxième catégorie, il n’en est pas de même ; sans doute, les altérations qui en résultent peuvent nous être venues de France ; mais elles peuvent aussi être d’origine canadienne. On constate en effet que les altérations de genre non attestées dans le vieux français ou les patois se rapportent plutôt à quelqu’une de ces influences toujours vivantes qui s’exercent encore sur notre parler.

C’est pourquoi j’ai pris soin de marquer dans les listes suivantes, d’un astérisque (*) les noms dont le genre canadien est attesté dans l’ancien français, et d’une croix (f) ceux qui sont aussi de ce genre dans les parlers populaires de France.

LE GENRE DES NOMS 93 I--Substantits masculins (Féminins au Canada)

âge*} , étang + air examen almanach exemple * amiante évangile * arc gages arc-en-ciel hiver argent honneur * autel horoscope * balustre * hôtel bol + incendie * char * ÿ intervalle * cigane (cigare) * t légume ÿ couple lèze (lé) échange * orage * f éclair organe * élan orteil emplâtr. * ouvrage * escland, plaine (plane) + © espace * ÿ poison * + esquelette (squelette) * Ÿ soucisse (sourcil) * { êé * Classons ces 41 altérations de genre d’après les

Causes qui ont pu les produire.

(1) Platane est fém. en normand.

1° L'influence d’une double forme étymologique.

Je ne sache pas que le substantif arc ait jamais été féminin en français, et l’on pourrait en expliquer le genre canadien par l’action de la voyelle initiale.

Mais c’est plutôt, semble-t-il, l’influence d’une double forme étymologique qui détermine le féminin de arc, bien que l’action sur notre parler en ait été secondaire et se soit fait sentir par l’intermédiaire d’un produit français. En effet, le français arc, m.,*— arcum, et arche, f.,— * arca. Nous confondons ces deux produits, autrefois synonymes (), et nous les faisons tous deux du féminin.

A l'influence des formes étymologiques doubles, se rattache ia confusion du neutre singulier et du neutre pluriel. Char peut être placé dans cette série. Carrum, n. s., a donné char, m. s. ; carra, u. pl., donnait, en vieux français, le pluriel charre ©. Cette forme du pluriel, caractérisée par l’addition d’un e, ne s’est pas développée en français ® ; mais le produit du neutre pluriel a plutôt été pris pour un féminin singulier. C’est ainsi que graine (+ grana, n. pl.), qui étymologiquement serait le pluriel de grain (+ granum, n. s.), est un substantif

(1) Gopærrox.

(2) « Cinquante carre qu’en fera charier.» (Roland, v. 131.) (3) Mil et mille en sont des débris.

LE GZNRE DES NOMSs 95

féminin. On trouve en effet charre, f. s., dans le vieux français, au sens de charretée 4), Charre est encore féminin en Touraine au sens de charrette (1), et en Poitou au sens de bac pour transporter les charrettes et d’ouverture pratiquée dans une haie pour les laisser passer. (9

C’est encore à la confusion de l’étymologie par les neutres singuliers : emplastra — emplastrum, scandala — scandalum, spatia — spatium, evangelia — évangelium, exempla — exemplum, incendia — incendium, que le vieux français a dû les féminins emplâtre (fém. quelquefois au XVII: &t au XVIIIe 8.), esclandre, espace (fém. au XVIe s.), évangile, ezemple et incendie. Évangile, par exemple, tiré du n. pl. evangelia, st d’abord féminin ®, est devenu masculin d’après le n. s. evangelium au XVI: s. E exemple, espace et emplâtre ont eu le même sort ; incendie avait Pour synonyme dans le vieux franfais incension, f, (

() Gopzrznor, Lexique. — Dy Cana, Gloss. lat, Vo Porsilia, t. III, p. 372, col. I.

(2) La Cure, Vo Charre.

(3) Faves, Gloss. du Poitou, 79.

(4) Darusrerer, Cours de Gram. hist, Morphologie, p. 46. Gopxrnor.

(5) Gonxrnor.

Ces vocables, tous à initiale vocalique et à terminaison féminine, ont facilement conservé chez nous le genre féminin qu'ils avaient autrefois.

2° L'action de la terminaison.

L'action de la terminaison a été assez forte pour rendre féminins en vieux français les noms suivants : âge, des deux genres au XVII: siècle ( ; échange ; squelette, féminin quelquefois au XWVII* siècle ; horoscope, masculin depuis le XVIII: siècle seulement, des deux genres avant cette époque ; orage, souvent du féminin au XVII® siècle ® ; organe ; ouvrage ® ; intervalle, d’abord du féminin, puis d’un genre douteux au XVII° siècle, masculin depuis cette époque seulement ; balusire, fém. au XVII 8. ; sourcille, forme de sourcil en vieux français (.

Notre parler fait encore tous ces noms du féminin ; il y ajoute : gages (le vieux français avait

gagie, féminin), cigare (féminin dans Chateaubriand et encore aujourd’hui dans le Midi de la France), légume. Légume a été emprunté au latin legumen ; lezumen avait gardé le genre neutre dans le galloroman et avait d’abord donné leün ; le peuple en

(1) « Cette âge ferrée». (MaLu., les Larmes de saint Pierre, v. 14.) Voir MÉNAGE, Observ. sur Malh., p. 228.

(2) « Cette diablesse d'orage ». (Sév., 24 juillet 1694.)

(3) « Ouvraigne, s.f.» (GopErrox, Lexique.)

(4) GoperRoy.

France fait légume du féminin, comme si le latin populaire avait fait legumen du masculin et avait dit à l’accusatif leguminem ; cette dernière forme eût donné régulièrement un féminin légume.

3° L'action de l’initiale.

La voyelle initiale rend féminin chez nous, quelques mots à terminaison masculine : air, almanach, autel, éclair, élan, étang, hiver (), hôtel, orteil, examen.

Sur examen, il faut faire la même remarque que sur légume : nous le traitons comme si la 3° déclinaison à radical terminé Par n ne se fût pas maintenue dans sa forme classique de l’accusatif jusqu’au gallo-roman.

4° L'influence analogique.

Couple, au sens de mâle et femelle, devient féminin d’après couple, au sens de réunion accidentelle de deux choses de même nature. Couple (<— copulam, f.), féminin d’abord, était bientôt devenu masculin ; au XVIe siècle, le mot est des deux genres ; au XVII‘, plusieurs grammairiens hésitent encore à déterminer l'emploi du masculin et du féminin.

(1) Le vx franc. avait hivernée =saison d'hiver, (Gopsrroy,

Lexique.)

Le genre de bol est sans doute analogique et emprunté au terme voisin fasse, f.

Été (+ œtatem, f.) subit encore l'influence du suffixe féminin -fatem=-té (f). Ce mot avait d’abord gardé le genre latin ; il n’a été fait du masculin, en français, que d’après hiver ; mais nous avons vu que le substantif hiver, chez nous, est féminin.

Le suffixe masculin -orem a formé en gallo-roman des noms abstraite féminins, sous l'influence du suffixe féminin -ura=ure. Au XV° siècle, on voulut rendre aux noms en -eur le genre latin ; mais plus tard, ces noms redevinrent féminins, sauf honneur, déshonneur et labeur. Honneur a gardé chez nous le genre que ce mot avait en français avant le XVe siècle.

Poison (+ potionem, f.) était féminin en vieux français comme en latin. Ce genre nous a été transmis et s’est conservé, peut-être sous l'influence de boisson.

5° L'action s: ntactique.

Le genre féminin d’amiante, dans notre parler

populaire, peut être rattaché à l’action de la termi-

() « Donner de la poison.» (MALRERBE, Bienf. de Sénèque, III, 24.)

. &rchaïque de dere (+ acra,

naison. Cependant, il Y a aussi action syntactique par l’élision du substantif féminin Pierre : la (p'erre) amiant:.

Le g'nre fémiuin de lèze (pour ’4) peut-il se rattacher à l’ancienne fonction du mot? Lé vient de latum, et était autrefois adjectif : une étoffe lée=

une étoffe large. Ou faut-il Y voir l'influence analogique de largeur $

II—Substantits féminins (masculins au Canaïüa)

âcre * erreur * f ancre * garantie auge * garde-robe * caution guide (harnais) + collation nuée créosote offre * échappatoire oie*} écritoire ride

tarière *

1° Il faut peut-être rattacher le genre mssculin

acrum) et de auge (+ * alviam, alveum), à l'influence de la double forme étymologique.

(1) Masc. dans Cotgrave.

LE GENRE DES : 0x8 99

Cmmesennan vas +21 i

2° La terminaison masculine a déterminé le genre populaire masculin de collation &, à moins que ce soit l'influence analogique de repas, diner, souper, déjeuner.

Offre, masculin en vieux français, des deux genres au XVI: et au XVII: siècle, est féminin depuis le XVIII, Le genre masculin à vieilli, en français, sous l’action de la terminaison ; mais il est resté dans notre parler populaire, qui considére, et avec raison, offre comme substantif verbal d'offrir. Le vieux français avait aussi le masculin offrement= action d'offrir ®.

3° Ancre, créosote, échappatoire, écritoire, ride, nuée, garantie et caution, sont devenus masculins d’après des termes voisins ou analogues : chancre, créosol, subterfuge, pupitre, pli, nuage, garant. Ancre a été masculin au XVI° siècle et au XVIT:; écritoire, qui vient d’un masculin latin (scriptorium), a été fait féminin en français à cause de sa terrainaison.

Oie (+— auca, dérivé de avis) a-t-il subi l’influence analogique d'oiseau ? ou le genre masculin

qu’il prend dans notre parler populaire vient-il du

(1) Quelques-uns disent aussi ce maison pour cette maison ; maison est masc. dans Villhardouin.

(2) Gopernox, Lexique.

sexe sous-entendu ?... En tout cas, La Fontuine l’a fait du masculin (,

Tarière est une altération du vieux français tarere Ou {arare (<— laratrum), qui était masculin. Le suffixe -iere, se substituant à la terminaison -ere, a déterminé le genre féminin du mot. Nous avons conservé le genre étymologique (1e masculin) ; peutêtre l’analogie avec laraud, m., autrefois synonyme de tarière ®, y a-t.il contribué.

Guide, pièce du harnais, est resté mascul'1 dans le parler populaire, sous l'influence du mê : mot, masculin dans les autres sens.

Quant à erreur, ce substantif, masculin en latin, était devenu féminin en français ®), puis masculin au XV° siècle, pour redevenir féminin #, Cette dernière évolution ne s’est pas faite dans le parler populaire : erreur y est resté masculin. Dans la langue littéraire, le retour des noms abstraits en “éur au genre féminin n’a pas affecté les trois mots honneur, déshonneur et labeur ; dans le langage du peuple, honneur a été atteint, erreur ne l’a pas été.

(1) Lettres, 18 août 1689.

(2) Roserr Esnienz, Dict, françois-latin.

(8) Le vieux français disait aussi erré, m.=erreur. (Gopz- FROY, Lexique.)

(4) V. ce qui a été dit sur honneur.

En français, le mot composé garde-robe a été, suivant les règles, masculin, tant que ses éléments (verbe+complément) n'ont pas été complètement soudés ( ; il a pris le genre de sa terminaison, quand il n’a plus été senti comme composé. Garderobe est encore un composé pour le peuple, et partant reste masculin.

(1) Garde-robe, 8. m.= vêtement qu’on mettait par dessus la robe. (Gopgrnox, Lexique.)

Le superlatif latin était synthétique, c’est-à-dire qu’il constituait un mot nouveau, formé à l’aide d’un suffixe suivant le procédé de dérivation. C’est ainsi que doctus faisait au superlatif doctissimus, par l’addition du suffixe -issimus au thème doct.

Le superlatif français est analytique, c’est-à-dire qu’il est construit au moyen d’un adverbe qui

s’ajoute à un adjectif ou à un autre adverbe et en modifie le degré de signification sans en altérer la forme. Par exemple, l’adverbe très, ajouté à l’adjectif savant, fait le superlatif très savant. Ce superlatif est aussi d’origine latine.

Le latin classique, à côté des formes organiques telles que sapientissimus, altissimus, etc., connaissait les superlatifs analytiques construits au moyen d’adverbes : Pulchre, maxime, multum, etc. ® Mais il n’appliquait ce procédé qu’à un petit nombre d’adjectifs.

(1) « Multum loquax» (PLaurE). « Multum jactatus »

(Veux). « Multum diuque » (Crcéron). « Pulchre munitum » (PLaure).

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