L'AGGLUTINATION DE L'ARTICLE
On désigne sous le nom d'agglutination un pre: cédé de composition, par lequel un mot s’incorpore avec un autr: dont il dépend, et forme avec lui un term. unique. Dans le français, l’agglutination s'entend surtout de l’accolement d’un proclitique, article ou préposition, à un substantif,
Les produits de l’agglutination ne sont pas des composés réguliers comme ceux de la ccmbinaison des mots simples avec les particules ou préfixes.
Le préfixe, placé devant un mot, en modifie le sens : dé-, combiné avec foire, forme un verbe nouveau, défaire, dont le sens est différent de celui du radical. Au contraire, le mot agglutiné n’a pas de valeur en composition : on a dit la poule d'Inde, puis la dinde (la [poule] dinde), mais le sens n’a pas changé ; de même, l’accoursie a la même signification que /a coursie.
De plus, il y a des préfixes qui sont séparables, c'est-à-dire qui peuvent être employés seuls : tel bien, qui sert à former bienfait, mais qui est un mot complet, ayant une signification propre ; —
et d’autres qui sont inséparables, c’est-à-dire qui ne sont usités qu’en composition, comme més- qui n’a de valeur que soudé à un mot simple : mésallier. Les mots agglutinés sont tous séparables ; ils jouent un rôle dans le discours et ne sont pas destinés à être accolés à d’autres mots ; s’ils finissent par faire corps avec les substantifs qu’ils accompagnent le plus souvent, c’est grâce seulement à des erreurs de prononciation reproduites par la transcription graphique.
Aussi les cas d’agglutination sont-ils plus fréquents dans les parlers populaires que dans la langue classique ; car « les formes d’une langue qui s’écrit, dit justement M. E. Tappolet (, sont bien autrement gravées dans la mémoire de ceux qui parlent que celles d’un idiome qui ne s’écrit guère ».
Cependant, à une époque où l'influence de la prononciation sur l'écriture se faisait encore sentir,
quelques produits de l’agglutination de l’article se
sont introduits dans le français littéraire.
Le phénomène présente deux types, le type lendemain et le type abajoue. L’agglutination de l’article, en effet, se fait différemment, selon qu’elle
(1) Bulletin du Glossaire des patois de le Suisse romande, 2e
année, p. 3.