‹ Études sur les parlers de France au Canada [microforme]Chapitre 34 sur 42 · ang. saucepan=mar- — fr.-can. cdspà'n mite càspé:t · texte numérisé non relu

ang. saucepan=mar- — fr.-can. cdspà'n mite càspé:t

130. to sneak =se dérober eni' hé 131. satchell = petit sac catsèl

13° cs.

132. ang. punch=goûter —fr.-can. pô:s 133. satchell = petit sac catsèl

Les listes qui précèdent ne renferment pas tous les mots empruntés à l’anglais et introduits dans le franco-canadien. Il y en a d’autres dont la provenance étrangère est douteuse et qu’il est inutile d'étudier ici: aviseur peut venir aussi bien du français « aviser » que de l’anglais adviser ; baquer est normand au sens de « céder, plier », bien qu’il soit anglais au sens de « seconder » (4o back) ; contenancer a peut-être été fait sur le français ( décontenancer », et non sur l’anglais to countenance ; discompte est bien tiré de l’anglais discount, mais il a pris la forme du fr. « escompte » ; mesurement aurait pu exister sans l’anglais measurement.

Un certain nombre de mots se rattachent à l’anglais, mais sont des produits de l’étymologie popu-

laire. J’en ai cité quelques-uns. Ajoutons : coffre-

dame (bâtardeau, ang. coffer-dam) ; ce n’est pas faire (ang. fair, fair play) ; saut Morissette (ang. sommersault) ; Sainte-Folle (Stanfold) ; Saint-Morissette (Somerset) : Saint-Iguenne (Santegan) ; Saint-Irlande (Sutherland) ; et ce chef-d'œuvre de l’étymologie populaire, Saint-Abroussepoil, tiré de Sandy Brook’s Point.

D’autres, enfin, n’offrent pas d'intérêt au point de vue de la phonétique, parce qu’ils n’ont presque pas subi de déformations, qu'ils n’ont pas été assimilés, et que, s'ils sont entrés dans le langage, ils n’ont encore à peu près rien perdu de leur forme anglaise. En voici quelques-uns : badloque (bad luck), malchance, d’où badloqué, malchanceux : brick, bon garçon, brave ; cook, cuisinier ; cliper (to clip), tondre : Curranis, raisins de Corinthe ; fittures, agencements : foolscap, papier écolier ; foot-ball, ballon ; Joreman, contre-maître ; frockcoat, redingote ; freight, fret ; frill, fraise ; flincher (to flinch), faiblir ; fun, plaisir ; gang, troupe ; gangway, passerelle ; jam, presse, amoncellement, d’où jammer, amonceler ; jib, foc ; ob, tâche, etc., d’où jober et jobeur ; kid, chevreau : ledger, grand livre : mop,

balai à laver ; match, partie, alliance ; map, carte géographique ; mean, méprisable ; rough, rude, brusque, grossier ; stage, diligence ; suit, complet,

babillement ; switch, aiguille, d’où switcher ; strap, courroie ; span, paire, d’où spanner ; slack, faible, mou, et substantivement, morte saison ; squall, bourrasque ; shop, boutique ; swell, élégant ; siding, voie d’évitement ; snack, repas ; shed, remise ; shape, forme ; set, jeu, série, etc. ; settler (to settle), régler, solder ; fabaconiste, marchand de tabac ; tough, robuste, rude, difficile ; watcher (to watch), veiller ; winch, treuil ; etc.

Ces derniers emprunts sont pour la plupart injustifiables. Mais, parmi ceux que j'ai étudiés en premier lieu, combien méritent l'honneur d’une francisation plus complète et devraient rester dans la langue ?... Nous devons, autant qu’il est possible, proscrire de notre langage les formes anglaises, même francisées. Cependant, il y a de certaines expressions nécessaires chez nous, et qu’il faut bien adopter. Je pense qu’elles sont peu nombreuses et que, dans tous les cas, elles ne sauraient être admises que s’il est impossible de dire autrement les choses, et pourvu que ces expressions, traitées suivant les procédés légitimes de francisation, aïent perdu leur figure étrangère.

Il faudrait donc reprendre un à un les mots que

j'ai cités, et porter un jugement sur chacun d’eux ;

car je n’ai que présenté des faits, ordonné des matériaux, classé des témoignages.

Quand on voudra faire le départ des francisations qu’il convient de garder et des barbarismes qu’il faut rejeter, on devra prendre garde à ne pas assimiler la situation du français en France et au Canada.

A Paris, dans un certain monde, une mode sévit, qui est la mode de l’anglicisme ; il est de bon ton, semble-t-il, d’user de mots importés de Londres : angliciser est considéré comme une élégance.

Il est permis de croire qu’en France l’idiome national ne peut être sérieusement affecté par cette anglomanie. La plupart des expressions ainsi fournies par le commerce anglais, rebelles à toute naturalisation, n’acquerront jamais le droit de cité ; produits éphémères de la mode, de l'engouement, du caprice, elles disparaîtront bientôt du vocabu-

laire. D’autres, acclimatées, francisées, resteront ;

vraiment utiles, répondant à des besoins nouveaux, elles enrichiront la langue du commerce, de l’industrie, de la vie politique, économique et sociale, Là-bas, le génie national est assez vivace pour chasser les unes et assimiler les autres.

(1) FerpiNanD BruNor, Hist, de la langue et de la litt. fran. de Petit de Julleville, t, VIII, p. 812.

En est-il ainsi chez nous?... La sève généreuse qui circule près du tronc perd de sa force en courant dans les rameaux. Plusieurs pensent, non sans raison, que l’anglicisme, inoffensif peut-être en France, serait dangereux au Canada ; que si là-bas le terme anglais peut entrer dans la langue sans tuer le terme français, ici, au contraire, le premier chasserait irrémédiablement le second ; que nous ne sommes pas assez forts pour introduire impunément l'étranger dans la place, pas assez riches pour emprunter sans compromettre nos intérêts ; que partant nous devrions, des mots anglais usités en France, n’admettre que ceux qui sont absolument reçus, consacrés, naturalisés.

Refuser de suivre en cela la mode de Paris, ce n’est pas vouloir se montrer plus français que les Français ; c’est reconnaître que, dans le milieu où nous vivons, pour garder notre langue, pour la dé-

fendre de toute corruption, nous devons veiller sur elle avec un soin plus jaloux, et que certaines libertés seraient dangereuses au Canada, bien qu’on puisse

se les permettre ailleurs.

On a dressé des listes, nécessairement incomplètes, des mots anglais usités en France.

Voici d’abord des mots tout à fait acclimatés, suivant M. Ferdinand Brunot :

bar, bifteck, blackbouler, box, break, budget, celluloïd, châle, chèque (d'où chéquard), clown, coke, coldcream, confort, confortable, convict, cottage, dandy, détective, dock, drain (d'où drainer), express, fashionable, festival, flirt, gentleman, gin, groom, gu'!apercha, hall, interview, Jockey, lawn-tennis, leader, lunch (d'où luncher), macadam, macfarlane, match, mess, meeting, pale ale, partner, pick-pocket, policeman, puff, punch, pudding, rail, reporter, revolrer, rifle, sandwich, scalpe, shampooing, snob (d'où sno bisme), speech, spleen (d’où splénétique), sport, sporlsman, square, stand, steamer, tattersall, tender, ticket, toast, tramway, truck, tub, tunnel, turf, verdict, wagon, warrant, waterproof, etc.

Mentionnons encore les mots suivants, qui paraissent avoir définitivement acquis le droit de cité en France :

abolitioniste, actuaire, albatros, anspect, ale, arrowroot, astic, ballast, banknote, bébé, boghei, bol, bouleponche, boulingrin, boxer, brick, bugle, cab, cabine, carrick, casimir, cipaye, claymore, coaltar, constable, coroner, cotre, cowpox, crag, croquet, croup, disqualifier, dollar, drop, dyke, essayiste, excise, flint-glass, grog, humour, jury, keepsake, lasting, loch, lord, mackiniosh, malt, mohair, plaid, poney, quaker, quorum,

rhum, rob, rosbif, rout, schooner, sloop, soda, spencer, sterling, stock, stoff, tilbury, trick, turnep, véranda, hist, yacht, etc.

L'Académie a admis : lady, milady, milord, miss, mistress, pairesse, plumpudding, poll, pondage (poundage), porter, schelling, test, tory, whig, whiskey, etc...

Contre cette invasion de mots anglais, dit Darmesteter, notre langue, « par amour de la nouveauté, ne s’est peut-être pas toujours assez défendue ».

Elle se défend encore moins aujourd'hui. Un grand nombre d’expressions importées sont en train de se généraliser :

bondholders, coctail, cricket, derby, deac-hat, drawback, football, five o’clock, handicap, hunier. high-life, garden-party, maïl-coach, outsider, performance, pointer, placer, raid, record, setter-gordon, skating, steeple-chase, starter, select, sleeping-car, smoking, snow-boot, struggle-for-life, trade-union, tantaliser, window, etc.

Dans la presse parisienne, on peut relever encore :

crack, drag, driver, field-trial, field-trialer, golf, heat, limitman, music-hall, racing-club, ring, road-cart,

rowing, rugby, stayer, siceple-chaser, scratch, skatingpolo, skatingwoman, smart, sporting-gazette, sportswoman, sprint, sprinter, team, trial, trotting, walk over, wharf, yachting, etc., etc.

Que deviendrait la iaugue française au Canada, si elle devait s'enrichir de tous ces mots anglais, outre ceux que nous y avons déjà introduits ?. ..

Quant aux expressions tout à fait naturalisées, on peut s’en servir sans doute ; mais ne serait-il pas sage d’y apporter quelque modération ?

D'autre part, dans l’étude des mots que nous empruntons à l'anglais, il faudrait faire attention que plusieurs furent autrefois français, et nous sont aujourd’hui restitués. C’est une distinction qu'il faut faire dans l'examen des produits étrangers qu’une langue incorpore à son vocabulaire.

Si par son fond primitif l'anglais se rattache à l’idiome germanique, la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant Y a introduit un nombre considérable d’éléments français. Au frottement des sons d’origine allemande, les vieux mots normands ont changé de figure. Ils ont aujour-

d’hui l’air saxon, mais chez la plupart l'empreinte

romane est reconnaissable encore. Ce sont les enfants prodigues de la langue française. Ils nous reviennent, déformés, déchirés, rutilés ; ils font pitié, tant leur voyage a été pénible, dur leur exil, et grande leur misère ; ils ont laissé des lambeaux d’eux-mêmes à tous les buissons ; les uns sont estropiés, d’exotiques excroissances défigurent les autres. N'importe ! Nous les reconnaissons. S'ils ont conservé quelque chose de leurs éléments primitifs, si les contacts barbares n’ont pas tué en eux le germe latin, ils peuvent redevenir français. Dépouillons-les de leurs dehors postiches, jetonsles dans le creuset populaire où le verbe national s’élabore, et fermente, et se purifie. Peut-être ces exilés, qui lourdement, gauchement sortaient naguère des gosiers anglais, se prendront-ils à voler de nouveau, gracieux et légers, sur les lèvres frangaises.

Plusieurs de ces mots qui nous reviennent d’Angleterre, et qui lui venaient de France, auront encore bon air, si l’on a soin de les restaurer. Le français en a admis un grand nombre : budget, bill,

jury, verdict, covenant, partenaire, confort, confortable, festival, toste, cottage, performance, flirter, chèque, drainer, accise, excise, reporter, tunnel, raü,

etc.

Tous ces néologismes anglais sont aussi, par leur origine, des archaïsmes français.

Par exemple, sport est un de ces mots qui, pour le deuxième fois, ont acquis le droit de cité en français. Sport se dit des exercices d’adresse ou de force, spécialement des exercices en plein air, tels que courses de chevaux, chasse, pêche, tir, etc.

Si ce mot sonne étrangement à nos oreilles, c’est que nous le prononçons mal et plutôt à l’anglaise ; nous disons spèrt ou spé:rt. Au contraire, prononçons-le, comme il doit l’être, avec le son 0 ouvert long et sans faire entendre le { final, spè:r, il nous paraîtra français.

Cependant, pour plusieurs, sport est un intrus

qu’il faut désavouer. N’avons-nous pas jeu ?

disent-ils ; quel ‘soin avons-nous de sport ? Il est vrai que nous avons le mot jeu. Mais

encore faut-il considérer que certains jeux ne sont pas des sports, et que certains sports ne sont pas des jeux, et que ces termes ne sont pas synonymes, et que chacun d’eux a sa place dans le lexique. Et n'oublions pas que c’est le vieux mot français desport, qui signifiait jeu, amusement, divertissement, joie, plaisir.

Desport était le substantif verbal de desporter, divertir, amuser, récréer. On trouve dans les

vieux auteurs les deux formes desporter et deporter, desport et deport.

Alerent à Roem desduire et desporter, — (Wacæ, Rom. de Rou, v. 1956.)

En bois et en rivières demener son desport. — (1n., v. 299.)

Joies et déduits, oubliances et deports. — (Froissarr, XV, 77.)

Les mots déporter et déport n’ont plus, dans le français moderne, le sens qu’ils avaient autrefois, mais la vieille acception nous revient par l’anglais, un peu moins générale cependant.

Desport a d’abord donné en vieil anglais disport, puis, par aphérèse, sport, comme le normand despendre est devenu successivement to dispende et to spend. Le tableau suivant raconte l’histoire de sport et ses étapes ;

bas-latin : * disportus, disportare (DuCANGE) — vieux français : desport — vieil anglais : disport — anglais moderne : sport — français moderne : sport.

C’est au XVIII: siècle que sport a fait sa réapparition en France ; en 1878, l'Académie en a sanctionné l’usage dans la langue officielle.

L'Angleterre nous l’avait emprunté. Nous le lui

reprenons. C’est justice.

De même, l’origine de certains mots anglais justife peut-être leur francisation faite au Canada. Mais trop souvent le vieux mot français, qui a servi chez les Saxons, nous revient méconnaissable et tel qu’il ne pourra jamais reprendre l’air de famille. Disons alors, un peu chauvins : « C’est un vieux mot français, soît ! Mais ds l’ont pris, qu’ils le gardent ! »

On a soutenu que, dans la province de Québec, à cause des deux langues en usage, il faudrait traduire en anglais les noms de lieux français, et faire ainsi deux nomenclatures géographiques. La Commission de Géographie du Canada elle-même fut sur le point d’accepter, en 1907, le principe de la double nomenclature ; grâce à des protestations

énergiques, elle résolut de s’en tenir aux règles qu’elle avait d’abord posées. Mais plusieurs voudraient encore traduire nos noms de lieux. En fait, on les traduit trop souvent, on ne respecte pas leurs formes françaises.

S’il fallait traduire en anglais les noms géographiques du Québec, nous ne voyons pas bien pourquoi l’on ne devrait pas, pour les mêmes raisons, traduire en français les noms de l’Ontario. Mais ni dans une province ni dans l’autre, la double nomenclature ne saurait être acceptée.

Pour le démontrer plus clairement, je crois utile de rappeler d’abord brièvement quelques notions générales sur l’origine des noms propres.

Les noms de lieux sont des noms propres comme les noms de personnes. Les uns et les autres se forment de la même manière. A l’origine, tous les noms propres furent des noms communs. Après avoir appliqué à us ‘ndividu un nom commun comme qualificatif, on le lui a appliqué pour le désigner à l’exclusiou des autres, et le nom commun a été transformé en nom propre. (C’est encore ainsi que se font les sobriquets.

Une fois transformé, le Lom a pu passer d’une personne à une autre ; ainsi, un grand nombre de noms d'hommes sont empruntés à l’histoire, à la Bible, au martyrologe, etc. Ces noms, la plupart très anciens, ont entièrement perdu le sens qui leur était d’abord attribué. (Auguste a voulu dire majestueux, Martin a signifié guerrier, etc.) D’autres noms d’hommes, de formation récente, laissent voir encore leur signification première ; ils sont tirés de noms communs qui marquent quelque circonstance particulière. (Circonstances de naissance : Laîné ; d’âge : Lejeune ; de richesse : de Beaulieu, seigneur de Beaulieu, bellum locum ; qualités physiques : Lecourt, Rousseau ; qualités morales : Lebon, Lé-

veillé ; ressemblances physiques ou morales : Poulin, Legeay ; métier : Fabre; nationalité : Langlois ; etc.) Ces noms ne sont pas moins soumis à toutes

les règles qui gouvernent les noms propres ; ce sont des noms propres plus jeunes que les autres, comme les noms de famille sont moins anciens que les noms de baptême, mais rien ne les distingue des noms dont le sens est perdu.

Avant d'aller plus loin, nous ferons remarquer que ces noms propres de personnes ne se traduisent point. M. Foung reste M. Young, même en français ; M. Lejeune continue à s’appeler M. Lejeune, même en anglais. M. Littlejohn ne signe pas Petitjean, quand il écrit en français. Les critiques anglais ne traduisent pas Jean-Jacques Rousseau

par John James Rousseau.

Or, l’origine des noms de lieux est analogue à l’origine des noms de personnes. On peut, à ce point de vue, les classer, comme les noms de personnes, en deux catégories :

1° Les noms de lieux sont souvent tirés de l’histoire, empruntés à des personnages illustres. Ainsi, en France, Saint-Quentin a été ainsi nommé, parce que cette ville honore comme patron saint Quentin, apôtre du Vermandois. Un grand nombre de noms de lieux, dans la province de Québec, ont été ainsi formés : Montcalm, Champlain, Maisonneuve, Saint- Hyacinthe, etc.

2° Comme les noms de personnes, les noms géographiques peuvent aussi être formés de noms communs. Les pays, les régions, les villes et les villages tirent parfois leurs noms de leur situation, de leur aspect, de leurs productions, de leur commerce, de leur industrie, ou de quelque autre circonstance particulière ; les fleuves et les rivières peuvent aussi être nommés d’après la couleur de leurs eaux, la nature de leur cours ; les montagnes, d’après leur altitude, leur forme, leur couleur, etc. Par exemple, en France, on a nommé Coudray, un lieu fécond en coudriers ; Taïllebois, un village où l’on taille le bois ; Vimoutier, une ville bâtie près d’un moutier, sur la Vie (rivière) ; Aube, une rivière aux eaux blanches ; Mont-Blanc, une montagne recouverte de neiges éclatantes ; Bagnères, un lieu propre aux bains (ba/nea) ; Dauphiné, une

province dont les princes portaient un dauphin sur leurs armures ; etc. Pour des raisons pareilles, on a formé ici des noms comme Saint-Jean-Port-Joli, Cap-à-l Aigle, Pointe-aux-Trembles, Ile-aux-Coudres, Anse-aux-Gascons, Grondines, Anse-au-Foin, etc.

Nous reprendrons maintenant, l’une après l’autre, ces deux espèces de noms, pour nous demander si l’on doit, si l’on peut les traduire.

1° Noms GÉOGRAPHIQUES FORMÉS D'UN NOM DE PERSONNE

Pas plus que le nom de personne, le nom de lieu qui est tiré de celui-là ne peut se traduire. Le nom de personne a été donné au lieu pour rappeler le souvenir de quelque personnage illustre, d'un fondateur, d’un patron. Traduit, ce nom ne rappellerait plus rien. Newhouse ne ferait nullement penser à M. de Maisonneuve.

Mais assez souvent un nom commun accompagne le nom propre qui sert à former le nom de lieu. Exemple : Cap-de-la-Madeleine. S'il s'agissait de désigner un cap, un promontoire, le mot cap resterait nom commun, et l’on écrirait, sans trait d’union et avec un petit c : le cap de la Madeleine, comme on écrit le cap Diamant. ® Mais c’est un nom de lieu, un nom de paroisse, et le mot cap fait partie de ce nom ; on écrit donc : Cap-de-la-Madeleine. Aucune partie de ce nom propre composé ne peut se traduire. En effet, « cape de la Madeleine » désignerait un cap, un promontoire qui s’appellerait De la Madeleine, mais non pas un endroit, une

() Il n’y a d’exception que pour certains noms de montagnes, etc., où le nom commun, mis en apposition, est reçu comme faisant partie intégrante du nom propre tel que consacré par un long usage : Mont-Blanc, etc.

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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