QUESTION D’ÉTYMOLOGIE
Sans doute, il est parfois possible de conclure d’un produit français à une forme latine, bien qu’hypothétique et non attestée. Nul ne contredit à cela. Mais ces sortes de déductions ascendantes, d’étymologies à rebours, sont dangereuses, et celui qui croit opportun de s’y livrer, doit prendre garde aux trois règles suivantes, contre lesquelles on ne saurait aller :
1# RèGLe.— La forme latine hypothétique doit être construite suivant les lois phonétiques du latin de l’époque où l’on suppose qu’elle a existé ;
2% RèGLe.— Le traitement doit être régulier ; en d’autres termes, il faut pouvoir expliquer la forme latine supposée, et de celle-ci faire sortir celle-là, par l’application des lois générales de la phonétique, sans avoir recours aux exceptions ;
8° RècLe.— L’étymologie par le latin hypothétique ne doit être acceptée qu’à défaut d’une autre explication plausible du produit étudié.
Dans le présent débat, la première de ces règles n’a pas grande importance. À la rigueur, canicare aurait pu exister dans le latin, bien que le suffixe verbal -icare se soit surtout développé à l’époque du gallo-roman. Le latin proprement dit n’auraitil pas plutôt ajouté à la racine de canis l’un des suffixes -ere,-ire,-are,-iare P
Quoi qu'il en soit, on demande ce que * canicare aurait donné, s’il n’avait pas donné cheniquer. En cherchant à appliquer à * canicare la seconde règle, je réponds à cette question.
* Canicare eût donné CHENIER.
Le tableau suivant, où chaque élément du mot est traité suivant les lois régulières de la transfcrmation du latin en français, le fait voir.
C initialisolé — CH (pal.+) À contre-tonique libre — E N médiale isolée (se maintient) — N
I contre-final (tombe) (i +) C médial isolé (+a) — I suff. — ARE — ER Résultat : CHENIER
De ces formules, la quatrième et la cinquième seules, celles de l’i contre-final et du c médial, sont faites pour contrarier les partisans de canicare. Elles ne sont pourtant pas moins régulières que les autres.
Sur la chute de li on peut étudier : bonté (de bonitatem), santé (de sanitatem), accointer (de accognitare), allumer (de alluminare), accouder (de accubitare), amertume (de amaritudinem), amitié (de micitatem), nier (de asinarium), épreié (de asperitatem), bondir (de bombitare), cerner (de circinare),