INFLUENCE DES DIALECT£3 FRANÇAIS SUR NOTRE PARLER
Puisque en toute chose, suivant l’orateur romain, il faut commencer par une définition, nous dev-ns d’abord déterminer le sens que nous attribuons dans cette étude aux mots qui en composent le titre et à la fois en disent l'objet : « Influence des dialectes français sur notre parler.»
Que faut-il entendre par « dialectes français » ?
La dispute sur le morcellement linguistique de la France est connue de tous. Mais qu'on admette encore, après Turand de Gros, Tourtoulon, Horning et Ascoli, la doctrine de provinces linguistiques constituées dès l’origine dans l'empire du galloroman avec des limites déterminées, ou que plus justement et avec Gaston Paris, Rousselot, Meyer- Lübke et Suchier, on tienne au contraire ces démarcations pour artificielles : qu’on appartienne à l’une ou à l’autre école, il faut reconnaître qu’il a existé, qu’il existe encore des groupes de parlers qui, sans présenter les mêmes caractères distinctifs sur tous les points d’un territoire géographiquement déterminé, offrent cependant des traits communs,
moins répandus ou inconnus dans d’autres régions. Ces groupes, on peut les appeler du nom de la province où ils étaient, où ils sont encore en usage. Les dialectes français, sans qu’on puisse toutefois leur attribuer des circonscriptions rigoureusement délimitées sur le terrain, sont donc les parlers de la langue d’oïl, ceux dont les phénomènes caractéristiques s’accusent dans le nord de la France, dans l’ouest, dans le nord-ouest et dans le centre, sur toute l'étendue d’un territoire dont la limite méridionale serait une ligne brisée partant de la Pointe-de-Grave et aboutissant à Clairveaux, après avoir descendu vers le sud jusqu’à Bordeaux et monté vers le nord jusqu’à Montluçon. Ce domaine comprend l’Artois, la Picardie, la N ormandie, l'Ile-de-France, la Champagne, la Lorraine, la Bretagne, le Maine, l’Anjou, l’Orléanais, le Poitou, la Touraine, le Berry, le Bourbonnais, le Nivernais, la Bourgogne, la Franche-Comté, la Saintonge, lAngoumois, et une partie de la Guyenne, de la Marche, de l’Auvergne et du Lyonnais. C’est d’où les Canadiens sont venus.
() Voir cependant, pour plus de précision, l’Essai d'une carte des Patois du Midi, où le Général Plazanet discute les tracés de Tourtoulon, de Reclus et de Grober. (Revue de Géographie commerciale de Bordeaux, mai et juin 1913.)
Les parlers en usage dans ces provinces ne peuvent pas être classés rigoureusement ; l’exacte distinction de leurs caractéristiques et la délimitation de leurs aires sont des idoles disparues à la lumière projetée sur la philologie romane par les belles études de l’école française. Mais, pour plus de commodité, et à certains faits plus ou moins répandus, on est convenu de distinguer, sans assigner pourtant à chacun d’eux un domaine précis, dans la région du nord et en s’arrêtant au pays flamand, le picard et le wallon ; dans l’est, le champenois, le lorrain, le comtois et le bourguignon ; dans le centre, le berrichon, le tourangeau, et, dans le duché de France, le francien ou vieux français ; dans l’ouest, en laissant de côté le breton, qui ne nous intéresse pas, le normand, le manceau, le poitevin, l’angevin et le saintongeois.
Ce sont les dialectes que nous appelons français, pour les distinguer des provençaux ou de la langue d’oc.
Parce que le français du Canada a sa racine dans les parlers du XVI: et du XVII: siècle, et que dès le XIV: les anciens dialectes, à l'exception du français, avaient achevé de disparaître comme langues écrites, peut-être serait-il plus juste de dire ici « patois français ».
OL