Consonnes doubles suivies d'e muet. LL
— Sauf les cas où ! marque la mouillure, ce signe double est réduit à L. (On écrira apèle, apèlerai, cole, vile, bule, etc., au lieu d’appelle, appellerai, colle, ville, bulle, etc., mais bille, fille, etc.)
RR.—RR est dans tous les cas réduit à r simple. (On écrira donc bécare, beure, boure, guère, etc., et non bécarre, beurre, bourre, guerre, etc.)
MM, NN. — Ces deux groupes sont réduits à m et à n simples. (Fame, some, cane, bone, etc., pour femme, somme, canne, bonne, etc., ènemi, prène, anciène, viène, etc., pour ennemi, prenne, ancienne, vienne, etc.)
TT.— Même proposition. (On écrira nète, jète, quite, sote. sr! nte., pour nette, Jette, quitte, sotte, goutte, Li”. ;
PP et FF.—La Commission propose l'emploi général de la consonne simple.
12.—Consonnes doubles suivies d'une voyelle sonore. LL.—La Commission propose de réduire {! à l simple dans tous les cas où la prononciation le permet. (On écrira osciler, scintiler, vaciler, alécher, alégresse, alié, alouer, alumer, balon, colec-
tion, colège, colier, imbécilité, soliciter, etc. ; mais, à cause de la prononciation reçue, allocation, allusion, collaborer, illégal, colloque, ellipse, belliqueux, etc.)
RR.— Même réforme que pour A. (On écrira corélatif, corespondre, amarer, bareau, beurer, bourer, caré, carière, charète, charue, etc., mais courrai, mourrai, irréductible, interrègne, etc.)
MM.—L'orthographe actuelle est conservée dans tous les cas où la double m se prononce (commémorer, commotion, immense, etc.), mais dans tous les autres cas:elle est simplifiée (acomoder, assomer, comander, comètre, comode, comun, enflamer, etc.). La même règle est appliquée aux mots où la première m donnait autrefois à la voyelle précédente une prononciation nasale (ardament, évidament, prudament, etc.). Pour les mots où la première m du groupe nasalise encore la voyelle précédente, la Commission propose la graphie enm (enmailloter, enmener, etc., pour emmailloter, emmener, etc.).
NN.—L’n double est conservée dans les mots de formation savante et tardive où elle se prononce (inné, innombrable, etc.) ; dans tous les autres cas elle est simplifiée (abandoner, anée, anuel, aniversaire, aneau, anoncer, conaître, etc., pour abandonner, année, etc.).
etc. ; , allo-
ellipse,
écrira bourer, ourrai,
e dans commé- 1s tous ssomer, , etc.).
la pre- ‘édente lament, nière m nte, la ailloter,
nots de ‘ononce res cas
aniverbandon-
CC.—La Commission ne conserve les deux c que dans les cas où la prononciation les fait sentir (occulte, etc.) et dans ceux où le second c a le son siflant (occire, occident, etc.). Dans tous les autres cas, la Commission propose le retour à la graphie du moyen âge et par conséquent la réduction du double c au c simple (bacalauréat, ocuper, bacante, etc., pour baccalauréat, occuper, bacchante, etc.). Par suite, elle propose aquérir, etc., au lieu d’acquérir, etc.
GG.—Sauf les cas où le second g a le son palatal, comme dans suggestion — voir N° 14—le g double est réduit à g simple (aglomérer, agraver, etc.).
TT.—Simplification dans tous les cas (abateur, atendre, etc.).
DD.— Le 4 doublé est conservé là où il est admis dans la prononciation (addition, reddition, etc.) ; on ne le rencontre guère que dans ces mots.
PP et BB.— Réduction, sauf dans les mots récents où la prononciation est d’accord avec la graphie, comme hippique, etc. (On écrira donc oportun, opression, oprobre, abesse, etc.)
FF.— Dans tous les cas, f est réduit à f simple (afaire, afamer, afection, afirmer, etc.).
SS.—Dans les composés où ie deuxième terme Composant commence par s, la Commission rétablit
l’s simple (asembler, resentir, resouvenir, etc.), et, dans les cas où la voyelle qui précède est e, marque cet e d’un accent si la prononciation l’exige (désaisir, présentir, etc.). La graphie ss est conservé dans les autres cas.
D'une manière générale, on peut donc dire que, sauf l’s doublée, la Commission propose de réduire les consonnes doubles dans tous les cas où la prononciation ne les fait pas sentir.
Consonnes simples.—13.—H.—L'’h muette est conservée, sa: suppression paraissant inopportune.
14.—G.—La Commission substitue partout j à g palatal. (On écrira donc manjer, manjons, oblijer, oblijant, etc.)
15.—T.—Le t, quand il représente la sifflante forte, est éliminé et remplacé par c. (On écrira aristocracie, inercie, parcial, inicier, saciélé, nocion, nacion, faccion, etc.)
X.—L'z représentant la sifflante forte est remplacée par ss. (On écrira soissante, au lieu de soixante, etc.) Représentant la sifflante faible, elle est remplacée par 2. (Dirième s’écrira dixième, comme dizaine, etc.)
De plus, l’s est substituée à l’x dans six, dix, prix, croix, etc. (qui s’écriront sis, dis, pris, crois, etc.),
c.), et, narque ésaisir, é dans
re que, réduire la pro-
tte est rtune.
ut 7 à oblijer,
iflante | écrira nocion,
st remlieu de ble, elle lizième,
I, priz, s, etc.),
et dans les pluriels des mots en -al, «il, -au, -eau, -el, -eu, -ou. (On écrira donc, au pluriel, chevaus, égaus, émaus, deus, bijous, etc.)
S.—Pour la sifflante faible, la Commission propose de substituer partout 2 à 8. (On écrira donc. axe, extaze, chaize, tranziger, roze, ruze, etc.)
16.—N mouillée — L’; qui dans certains mots est placé devant le groupe gn représentant l’n mouillée, et qui ne se Prononce pas, est supprimé, (On écrire donc MOgnOn, ognon, pogne, pognard, et non moignon, oignon, Poigne, poignard.)
MOTS SCIENTIFIQUES VENUS DU GREC 17.—Dans les mots de cette classe, la Commis-
sion propose d'écrire i au lieu d’y, t au lieu de th,
f au lieu de ph, r au lieu de rk, et k au lieu de ch suivi d’e ou 1.
Telles sont, sommairement exposées, les modif. cations proposées par la Commission. ( Les objections qu’on pouvait lui adresser ne se
réduisaient-elles pas à une question d’opportunité ?
(1) Le rapport de M. Meyer, eccompagné d’un mémoire, fut réimprimé et publié chez Delagrave: Pour la simplification de notre orthographe, in-8°, 52 pages.
La discussion s’engagea ; les grammairiens demandaient la réforme ; en général les littérateurs s’y opposaient.
Aujourd’hui, on ne peut pas encore dire que la question est résolue ; ces sortes de questions sont toujours ouvertes. Mais pour l’heure, la réforme est jugée, car on sait ce qu’en pense l’Académie française.
En effet, le projet fut soumis à l’illustre Compagnie, et le 9 mars 1905, elle adopta le Rapport de la Commission qu’elle avait chargée d'examiner les ;opositions nouvelles.
Ce rapport, rédigé pour la Commission académique par M. Émile Faguet, donnait raison aux grammairiens sur quelques points ; mais il était plutôt favorable aux littérateurs. L'Académie faisait tout de même un pas dans la voie de la simplification ; et elle laissait clairement entendre qu’elle pourrait bien avant longtemps en faire un autre.
Cependant cette décision n’a pas satisfait tout le monde.
Les uns trouvent que le docte corps s’encanaille ; les autres, et il est permis d’en être, que les « greffiers de l’usage » ne vont pas assez loin. On continuera donc à discuter. Les réformistes qui ré-
A | LA RÉFORME ORTHOGRAPHIQUE 243 iens de- | clameront de nouvelles simplifications et les acaérateurs | démiciens qui leur résisteront représentent bien les
| deux forces, révolutionnaire et conservatrice, dont e que la | parle Darmesteter, et qui sont nécessaires à la vie ons sont
| d’une langue ; il reste à savoir, au regard de l’au- | torité de l’Académie, si la lutte est égale et dans | quelle mesure il conviendrait qu’elle le fût.
| Pour nous, nous n’avons qu’à enregistrer les réso- Compa- | lutions de l’Académie.
ort de la | Les observations dont l’Académie fait précéder ses iner les | conclusions peuvent se résumer en quelques lignes :
L'Académie repousse le principe de l'orthographe phonétique ; elle se confesse très attachée à l’orthographe dite étymologique, assez attachée aussi à la « physionomie des mots », et surtout respectueuse de l’usage établi.
Elle rejette donc le plus grand nombre des propositions de la Commission ; mais, reconnaissant qu’il y a « des simplifications désirables et qui sont possibles à apporter dans l'orthographe française », elle accepte, « sans toujours donner ses raisons, parce qu’elle adopte celle de la Commission et y renvoie », les réformes suivantes :
«1° Déja (pour déjà).
«2° Chute (pour châte), joute (pour joûte), otage (pour étage), modifications que l’Académie a déjà
réforme cadémie
1 acadé- | son aux il était cadémie e la simentendre faire un
fait tout
canaille ; s « gref- On con-k qui ré-
fait entrer dans son dictionnaire ; et de plus assidument (pour assidûment), dévoument (pour dévodment ou dévouement), crucifiment (pour crucifiement ou crucifiment).
« 3° Ile (pour Île), flute (pour fiâte), maitre (pour maire), naître (pour naître), traître (pour traître), croute (pour croûte), voute (pour voñie), et autres mots où l’accent circonflexe ne sert qu’à rappeler l’s étymologique.
« 4° Elle gdmet que l’on écrive, ad libitum, confidentiel ou confidenciel, et les adjectifs analogues, c’est-à-dire ceux dont le substantif est en ence ou ance.
« 5° Elle accepte l'identification orthographique de différent et différend, de fond et fonds, de appais et appas, en ce sens que l’on écrirait : « Un diffé-
« rent s’est élevé ; un fond de terre ; la retraïte a pour « vous des appats.»
« 6° Elle accepte que l’on écrive, ad libitum, enmitoufler et emmitoufler, enmener et emmener, enmaïllotter et emmaillotter, et autres mots analogues où l’n, rencontrant m, est devenue m.
« 7° Elle accepte ognon pour oignon.
«8° Elle ne voit aucun inconvénient à ce que l’on écrive, ad libitum, pied ou pié.
18 assidévoûfiement
e (pour traître) ,
autres appeler
m, COnilogues, ence ou
aphique > appais In diffée a pour
libitum, mmener, s analo-
«9° Elle accepte que les sept substantifs en ou, qui prennent un z au pluriel : bijou, caillou, chou, genou, hibou, joujou, pou, rentrent dans la règle générale et prennent une s au pluriel.
« 10° Elle accepte échèle au lieu de échelle, conformément et à la prononciation et à l’étymologie.
«11° Elle a décidé de régulariser l'orthographe des mots venant de carrus en écrivant charriot par deux r, comme s’écrivent tous les autres mots dérivés de carrus.
«12° Elle est disposée, en examinant chaque cas, à ne pas s'opposer à la suppression de l’k dans les mots dérivés du grec où se rencontre la combinaison rh.
«13° De même, notamment, pour les mots de création scientifique, elle aura pour tendance de favoriser l’i plutôt que l'y.
« 14° Elle est favorable à la proposition d’écrire sizain comme on écrit dizain et dizaine ; elle estime que l’on pourrait étendre cette réforme à dizième et sisième (au lieu de dixième et sixième) par conformité avec onzième et douzième.»
« Telles sont les résolutions, dit le rapporteur en terminaui, que, pleine d’estime prur les excellentes intentions de la Commission chargée de préparer la simplification de l'orthographe française, comme
pleine de respect pour la compétence et le savoir de cette Commission, mais voyant quelquefois d’une façon différente les intérêts de la beauté et aussi de la facile propagation de la langue française, l’Académie a cru devoir prendre.»
Quand on considère la prudence de l’Académie et que chaque mot de ces résolutions a été pesé, on ne laisse pas d’être perplexe, s’il faut déterminer l'étendue de l’application de certains articles.
Par exemple, l’Académie, dans les résolutions 12 et 13, se déclare disposée à opérer certaines réformes qu’elle ne précise pas. Dans quels mots dérivés du grec supprimera-t-elle, ayant examiné chaque cas, la dernière lettre du groupe rh? dans quels cas remplacera-t-elle y par 1? Faudra-t-il, pour le savoir, attendre la huitième édition de son dictionnaire ?
Trois autres articles s'appliquent à un certain nombre de mots que l’Académie n’énumère point : le 3, le 4° et le 6 En effet, par la troisième réforme acceptée, l’Académie enlève l’accent circonflexe non seulement aux mots île, flûte, maître, naître, traître, croûte et voûte, maïs aussi aux autres mots où cet accent « ne sert qu’à rappeler l’s étymologique » ; par la quatrième, elle admet qu'on écrive, ad libitum, par un t ou par un c, non seule-
voir de y d’une ussi de l’'Aca-
adémie é pesé, rminer
ions 12 s réforots déæaminé f dans dra-t-il, de son
certain point :
oisième ent cirmaître, cr autres l’s étyt qu'on n seule-
ment confidentiel, mais aussi « les adjectifs analogues, c’est-à-dire ceux dont le substantif est en ence ou ance » ; enfin, par la sixième, elle accepte qu’on écrive, ad libitum, par m ou n, non seulement enmitoufler, enmener et enmailloter, mais les « autres mots analogues où l’n, rencontrant m, est devenue mt». À quels mots s’appliquera chacun de ces trois articles ?
ART. 3.—Dans un assez grand nombre de mots français, l'accent circonflexe remplace une s étymologique ; mais cet accent ne joue pas partout le même rôle : ici il marque un changement de timbre, en même temps que la chute de l’s ; là il allonge la voyelle ; ailleurs il n’exerce aucune influence sur le son. Il faut donc distinguer, pour déterminer les mots auxquels s’appliquera cette résolution de l’Académie.
L’:ccent marque-t-il, en même temps que l’amulssement de l’s, une nuance du timbre, on le conservera, comme dans hôtesse, rôtir, bât, cloître, croître, etc. Le supprimera-t-on dans hôtel, hôpital, etc. ?
Darmesteter prononce ces mots par o fermé, Passy par o ouvert. 1
La suppression de l’accent rendrait-elle une confusion possible, comme dans boîte, faîte, etc. (qui se confondraient peut-être avec boite, faite, etc.),
ou détruirait-elle une analogie jugée nécessaire, comme dans prêt, etc. (cf. prête, prêter), les principes posés par l’Académie montrent qu’elle entend conserver l’accent dans ces deux cas.
Mais, si l’accent circonflexe ne fait que rappeler l’s étymologique sans que le timbre soit altéré, il ne paraît pas qu’il doive être maintenu pour la seule raison que la voyelle accentuée est longue. En effet, l’Académie l’enlève aux mots île, flûte, maître, naître, croûte, où l'accent, non seulement remplace une lettre amuïe, mais encore surmonte une voyelle longue. Il faut donc penser que l’Académie veut supprimer l'accent circonflexe dans tous les mots où il ne fait que rappeler l’s étymologique, que la voyelle soit longue, moyenne ou brève ; et l’o:: devra écrire sans accent : août, aoûtage, aoû! aoûtement, aoûter, aoûteron, brûlable, brûlage, brûlant, brûlement, brûler, brûlerie, brûleur, brûlis, brûloir, brûlot, brûlure, bûche, bûcher, bûcheron, bûcheur, connaître, coût, coûtant, coûter, coûteusement, coûteux, croûte, croûtelette, croûteux, dîner, dînette, dîn .r, disparaître, épître, flûte, gîte, gîter, goût, goûter, huître, huîtrier, huttrière, île, let, flot, maître, maîtresse, mattrisable, maîtrise, maîtriser, méconnaître, moût, naître, paître, il plaît, paraître, puîné, reconnaître, renaître, reparaître,
ssaire, incipes d con-
ppeler é,ilne \ seule >. En maître, nplace royelle e veut mots que la t lo:
aoû!
ûlage, brûlis, heron, oûteuûteux, >, gîte, e, Île, îtrise, | plaît, raître,
repaître, traître, traîtreusement, traîtrise. Faut-il ajouter bélitre, qui a pris l’accent par analogie avec épltre?... L'Académie mentionne traître qui l’a pris Par analogie avec maître, et voûte dont l'accent vient de coûte.
Vodter et voûtis suivront-ils le sort de vodte et perdront-ils l’accent ?
Flûte. Deux mots s’écrivent ainsi ; l’un vient de Justa, l’autre est sorti du vieux français Jlaüte ou Jfleüte. Le dernier perdra-t-il aussi l’accent ? Dans ce cas, il faudrait ajouter à la liste : flûté, flûteau, flûter, flûteur et flûtiste. L'Académie ne fait pas de distinction.
Enlèvera-t-on l'accent de fût, par crainte de confusion avec qu'il fût? Le conservera-t-on, par crainte de confusion avec il fut ?
Que fera-t-on de genêt, impôt, prévôt, protét, suppôt, tôt, aussitôt, bientôt, plutôt, sitôt, tantôt, où l'accent ne fait que rappeler l’s tombée ? Les écrirat-on comme objet, comme tripot ? Genét et Prévôt garderont sans doute l’accent, à cause de genétière et de prévétal ; mais les autres mots le perdront, si la règle nouvelle est appliquée telle que formulée par l’Académie.
ART. 4.—Les adjectifs auxquels s’appliquent l’article 4 ne sont Pas nombreux ; ce sont, outre con-
fidentiel : consubstantiel, essentiel, obédientiel, pénitentiel, providentiel, pestilentiel et substantiel, qu’on pourra donc écrire : consubstanciel, essenciel, etc.
Mais les adverbes dans la composition desquels entrent ces adjectifs, confidentiellement, essentiellement, etc., pourront-ils s’écrire aussi, ad libitum, par untouunc? L'Académie n’en dit rien ; et, comme elle n’admet pas que l’orthographe puisse « recevoir la logique comme remède », il faut attendre qu’elle se prononce là-dessus.
ART. 6.—Enfin, l’article 6 devra s'appliquer aux mots : emmagasinage, emmagasinement, emmaga-
siner, emmaigrir, emmaillotement, emmailloter, emmanche, emmanchement, emmancher, emmanchure, emmannequiner, emmanteler, emmarchement, emmariner, emmarquiser, emmêcher, emmêler, emmélement, emménagement, emménager, emmener, emmenoter, emmeublement, emmeubler, emmeuler, emmi, emmieller, emmiellure, emmitonner, emmi-
toufler, emmortaiser, emmotté, emmouffler, emmurer, emmuseler, qu’on pourra écrire aussi ( enmagasinage, enmagasinement », etc. Dans tous ces mots, la première m représente l’n de en en composition.
Les réformes acceptées par l’Académie française simplifieraient donc l'orthographe de cent cinquante
péniqu’on te.
quels tiellea, par )mme revoir u’elle
Tr AUX magar, emchure, , emmmé- Tr, eieuler, emmimmuenmaus ces | com-
nçaise quante
mots environ, sans compter les changements qui seraient faits conformément aux articles 12 et 13.
J'ai dit que le rapport de la Commission académique avait été rédigé par M. Émile Faguet.
Mais ce rapport n’exprime pas les vues personnelles du rapporteur, dont les conclusions auraient été plus favorables à la réforme. L'’éminent académicien s’est expliqué là-dessus dans La Revue (1% mars) ; par exemple, à propos de l’argument tiré de la « physionomie des mots », que présente la Commission académique et l’Académie, M. Émile Faguet écrit :
{Quant à la physionomie des mots, elle m'est absolument indifférente. C’est l’argument à la portée des simples, des très simples, et c’est pour cela qu’il est celui dont les journalistes ont abusé et presque le seul dont ils se soient servis. Ils ont du flair. Il est certain que c’est un jeu d’une extrême facilité et d’un effet sûr que d'écrire la phrase suivante : Je suis home à accepter la nouvèle ortografe avec une satisfaccion sans mélange : car je n'ai pas fait ma rétorique et je ne me conais Pas en stile ; ma fame non plus. Le lecteur s’écrie, tout fier de son savoir : « Oh ! l'orthographe de ma cuisinière ! » S'il est plus raffiné, il s'écrie : « C’est peut-être juste ; mais c’est affreux, c’est horrible !
Oh! la physionomie des mots! La beauté des mots ! Car le mot à sa beauté ! » — Et le tour est joué. Seulement la physionomie des mots a changé dix fois depuis trois cents ans, et si l’on s'était arrêté à la physionomie des mots, on écrirait encore cholère et charactère et chymie et advocat et escole et abysme et argille et bienfaicteur et déthrôner... J'ai deux idées sur la physionomie des mots, la première qu’elle m'est indifférente, et que c’est la chose du monde aux changements de quoi l’on s’habitue le plus vite ; la seconde que le mot, si l’on veut, peut être beau ou laïd ; mais que le mot laid, le mot affreux, c’est le mot surchargé et hérissé, et que le mot beau, c’est le mot simple, sobre, uni et dépouillé, et qu'il en est de la toilette des mots comme de celle des hommes et des femmes.»
Plus loin, M. Faguet, parlant en son nom, prend à partie M. Faguet, parlant au nom de l’Académie :
« L'auteur du rapport de la Commission académique triomphe de ce que si paon s’écrivait pan, il y aurait une confusion entre pan, oiseau, pan de mur, pan, personnage mythologique, et pan ! onomatopée. Mais, mon ami (il m’est permis de le traiter familièrement), c’est précisément parce qu’il y a déjà trois pan entre lesquels on ne fait aucune
é des ur est hangé s'était encore cole et . J'ai -mière se du tue le » peut e mot que le et déomme
prend émie :
acadét pan, Jan de { ono-
de le e qu’il ucune
confusion, qu’il n’y en aura pas davantage entre quatre pan ayant quatre sens.»
M. Faguet se prononce aussi en faveur de la suppression des lettres doublées : « On reviendra à la prononciation du XVII: siècle. Je n’y vois que du bien. »
La Commission académique ne partageait pas toutes les opinions de M. Faguet, et son Rapport
n’approuve, on l’a vu, qu'un nombre restreint de réformes.
On pouvait s'attendre que la question serait ensuite portée devant le Conseil supérieur de l’Instruction publique et ferait le sujet d’un arrêté ministériel analogue à celui du 26 février 1901.
En effet, une troisième commission a été nommée, au mois de juillet 1905. C’est moins une commission d’étude qu’une commission de coordination et de proposition, ayant pour mission de préparer des solutions définitives. Cette commission est composée de huit membres : MM. Brunot, Clairin, Croiset, Faguet, Gasquet, Hémon, Paul Meyer et Rabier. « La création de cette commission, dit M. Croiset dans la Patrie du 18 juillet, était nécessaire ; la première ayant été composée de membres appartenant à l’enseignement, et la seconde de membres
de l’Académie, il était naturel qu’elles arrivent à des conclusions différentes, et qu’une nouvelle commission fût composée de membres de l’Institut et de membres de l’enseignement.»
La nouvelle commission n’a pas encore présenté de rapport.
La décision de l’Académie est donc, à cett. heure du moins, le dernier acte dont il faille tenir compte dans cette question de la réforme de l'orthographe française.
rivent à Île comtitut et
brésenté :. heure
compte ographe
La Société du Parler français au Canada a été fondée, en 1902, à Québec, sous les auspices dé l’Université Laval. Elle à pour objet l’étude, la conservation et le perfectionnement de la langue française, écrite et parlée, au Canada.
Sans tenter de proscrire l’usage d’aucun autre idiome, la Société veut entretenir chez les Canadiens français le culte du parler maternel, les engager à l’étudier, à le perfectionner, à le conserver pur de tout alliage, à le défendre de toute corruption. Elle prétend faire par là œuvre vitionale.
La Société du Parler français n’est pas une entreprise de clocher. Elle en appelle à tous ceux qui pensent que la langue est une sauvegarde de la nationalité, et qui croient que, dans un pays comme le nôtre, il importe, pour la grandeur même de notre patrie nouvelle, que la langue ancestrale soit conservée dans toute sa pureté.
Aussi, la Société du Parler français a-t-elle vu se recruter ses membres dans toutes les parties de la province de Québec, et même au dehors. Nous
avons des confrères dans l'Ontario, dans la Nou-
velle-Écosse, dans le Nouveau-Brunswick, dans l’Ile-du-Prince-Édouard, dans toutes les provinces de l'Ouest, et aux États-Unis. Fondée par 20 membres seulement, la Société a vu augmenter considérablement le nombre de ses adhérents ; dès le 1* septembre 1902, elle en comptait déjà 204, et aujourd’hui nous sommes au delà de 1,000.
Il serait fastidieux de décrire ici toute l’organisation interne de la Société. Constituée en corporation par acte de la Législature provinciale, elle est dirigée par un bureau dont les membres sont élus suivant un certain système de votation qui permet aux plus éloignés des adhérents de prendre part à l'élection.
Depuis sa fondation, la Société a eu comme présidents : l'honorable M. Adélard Turgeon, l’honorable M. P.-Boucher de LaBruère, M. l’abbé Camille Roy, M. J.-E. Prince, Mgr P.-E. Roy, et le président actuel.
Sous ces différentes administrations, la direction de la Société a toujours été la même, et ses travaux se sont poursuivis sans interruption, toujours à la recherche du même objet.
Pour atteindre son but, notre Société propose à ses membres :
1° L'étude de la langue française, et particulière-
«, dans ‘ovinces par 20 ter con- ; dès le 204, et
rganisaorporaelle est nt élus permet part à
me prél’honobé Cay, et le
irection travaux rs à la
pose à
culière-
ment du parler franco-canadien, dans son histoire, son caractère, sa situation légale, ses conditions d'existence ; 2° L'observation, le relèvement et la distribution topographique des faits qui caractérisent la phonétique, le vocabulaire, la sémantique, la mor phologie et la syntaxe du parler populaire franco- Canadien ; 3° L'examen des dangers qui menacent la langue française au Canada, du rôle des écrivains dans le maintien de sa pureté et de son unité, du devoir de l’instituteur vis-à-vis des formes populaires du langage ; 4° La recherche et la mise en pratique des méthodes les meilleures pour étendre et perfectionner la langue française au Canada, la défendre, l’enrichir et l’épurer ; 5° Les œuvres Propres à faire du parler français au Canada un langage qui réponde à la fois à l’évolution naturelle de l’idiome et aux enseignements de la tradition, aux exigences des conditions sociales nouvelles et au génie de la langue ; 6° Le développement d’une saine critique et d’une littérature naticnale dans le Canada français ;
== ne
ÉTÉ | neo
7° Des conférences et des réunions d’étude, oi des questions touchant le but de la Société fon l’objet de mémoires, de rapports et de discussions
8° La préparation et la publication d'ouvrages d’études et de bulletins assortis à ces desseins.
Je ne veux parler ici que de l’œuvre philologiqu. de la Société du Parler français au Canada ; jenc dirai donc rien de ce qu’elle a pu faire au point de vue littéraire.
Par l’étude scientifique de notre parler français, d’abord, il est possible d’apporter une utile contribution aux belles recherches de la philologie romane. A ce point de vue, notre pays n’a presque jamais été exploré, et les seuls qui, pendant longtemps, s'étaient occupés d'étudier scientifiquement notre langage étaient quelques philologues des États- Unis, Elliott, Chamberlain, Sheldon, Brandon, Hills, Geddes. Nous n’avons peut-être pas toujours bien compris l’importance et l’utilité de leurs travaux. Sans doute, ils ont pu se tromper, ils se sont trompés parfois. Mais pour le leur faire voir, il fallait pouvoir, nous aussi, analyser les formes dialectales de notre parler populaire, appliquer à ses produits phonétiques les lois maintenant connues de l’évolution des sons romans, et à ses substituts lexicologiques celles qui président à la vie des mots.
DA
LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS 259 étude, où ciété font
cussions ;
Les fondateurs de notre appartenait aux
et de pousser plus loin ces études, et l'intérêt qu’a | ouvrages, soulevé en Europe le mouvement inauguré par notre | eins. Société est une Preuve, semble-t-il, que du moins ilologique |! leur intention était bonne et avait quelque valeur. da ; je ne Mais l’étude scientifique du langage des Cana- | | point de | diens français ne doit Pas avoir pour seul but la | recherche des Jois qui président à l’évolution des français, | langues situées dans de le contri-
e romane.
ue jamais ngtemps, ent notre ss Étatslon, Hills, ours bien travaux.
langue et dont la nôtre ne
N'est-il pas nécessaire, en effet, de connaître la vale
ur d’un produit phonétique ou 1 d’un substitut lexic
{| ologique, avant de chercher à | le proscrire ou de lui
Pourrait se passer,
peut subir encore, son épuration,
Ce dernier objet n’est pas moins pratique que l’autre. A vrai dire, les deux n’en font qu’un.
Assurer la survivance en Amérique de la langue française, la défendre, la corriger, et par là travailler au maintien de notre caractère et de notre génie particulier, voilà donc le but de notre Société. « Il faut avoir souci de notre parlure, a dit Littré, car noblesse oblige.»
Nous ne prétendons pas avoir inauguré ce soin dans la province de Québec, et notre Société aime à rendre un juste tribut d'hommage à ceux qui, avant elle, ont travaillé à la conservation et à l’épuration de la langue française au Canada. Leurs efforts ont rendu possible l’œuvre que nous avons entreprise.
Nous n’entendons pas parler des luttes soutenues par nos pères pour le maintien du français comme langue officielle ; ces épisodes glorieux appartiennent à l’histoire. Nous voulons plutôt reconnaître les services rendus à une œuvre chère par les écrivains qui ont vu dans la pureté de l’idiome la sauvegarde de notre caractère et l’essentielle condition de notre vie nationale. Sur la première page de nos annales, nous avons tenu à inscrire leurs noms. Leur exemple est notre encouragement, et leurs travaux sont le point de départ des nôtres.
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Sans doute, puisque nous travaillons encore, nous ne pensons pas qu'ils aient tout fait et qu’après eux il n’y ait plus qu’à glaner. Eux-mêmes le savaient bien, et que leurs œuvres n’étaiert pas parfaites, et que la tâche n’était pas finie. Ils accomplissaient ce que leurs forces et les circonstances, peu favorables, permettaient, se disant que, faite leur part, d’autres viendraient peut-être qui pousseraient plus loin l’entreprise et rendraient féconds ces premiers efforts.
Quand, en 1841, l'abbé Maguire publiait son Manuel des difficultés de la langue française, et signalait aux Canadiens leurs principales erreurs de langage, il ne croyait pas avoir épuisé la matière. Il espérait seulement faire un peu de bien et inspirer à d’autres l’idée d’en faire davantage.
Aussi, vit-on bientôt Meilleur refondre son Traité de prononciation, d’abord publié aux États-Unis, et en donner une édition destinée avant tout à combattre l’anglicisme qui s’introduisait déjà dans notre parler ; Gingras publier trois éditions de son Manuel des expressions vicieuses, et M. l’abbé Caron, son Vocabulaire, pendant que Buies écrivait ses Barbarismes canadiens, le docteur LaRue, le premier chapitre de ses Mélanges, Oscar Dunn et Benjamin Sulte, de nombreux articles de revues,
réimprimés plus tard dans Dix ans de journalisme et dans la Langue française au Canada, le Rév. James Roy, une importante étude parue dans les Canadian Illustrated News, Maximilien Bibeau, son Mémorial, et J.-P. Tardivel, l'Anglicisme, voilà l’ennemi.
Puis, en 1880, parut le Glossaire de Dunn. Si cet ouvrage était accompagné de l’appareil critique sans lequel on ne saurait aujourd’hui traiter ces questions, s’il s’y trouvait un système quelconque de notation phonétique, sans quoi une étude dialectologique ne peut être complète, le Glossaire de Dunn serait une œuvre classique. On y ajouterait des articles, on ne corrigerait pas ceux qui s’y trouvent. Le premier, croyons-nous, Dunn a constaté sans crainte « l’ingérence des patois français dans le franco-canadien ». Les mots normands, picards, saintongeois ou berrichons, ne l’effrayaient point ; il y voyait avec raison autant de certificats de notre nationalité.
L'année suivante, Manseau fit paraître le premier fascicule de son Dictionnaire canadien. Puis vinrent les études de M. Napoléon Legendre, de M. Paul de Cases, de M. Faucher de Saint-Maurice, les Anglicismes et canadianismes d’Arthur Buies, les Fautes à corriger de Lusignan, quelques
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sous divers titres jusqu’en 1895) de M. Louis Fré-
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Enfin, parurent, en 1894, le Lexique de M. Sylva
Clapin, et deux ans après, le Dictionnaire de nos fautes de M. Rinfret. Ces deux ouvrages sont considérables. Ils ne sont pas complets. Un glossaire n’est jamais complet : quand on l’a fini, c’est l'heure de le recommencer. Le premier de ces deux lexiques, fait, semble-t-il, sur Jaubert et Moisy comme modèles, ne peut être pris pour guide dans un travail d'épuration ; le second, dont le seul objet est la correction du langage, n’a de valeur qu’à ce point de vue. Ainsi l’ont voulu leurs auteurs.
Mentionnons encore la conférence de M. Tardivel, et nous voici rendus à la date de la fondation de notre Société.
Ce sont là nos devanciers.
Avant tout, la Société du Parler français au Canada veut continuer l’œuvre commencée par Maguire, poursuivie par Caron, Dunn, Legendre, Clapin et Rinfret ; elle veut que notre langue s’épure, se corrige, demeure saine et de bon aloi ; que notre parler se nationalise, si l’on veut, c’est-àdire et en d’autres termes qu
‘il se développe suivant les besoins particuliers du pays, mais naturellement,
suivant les lois qui lui sont propres, sans jamais rien admettre qui soit étranger à son génie premier, sans jamais cesser d’être français dans les mots, dans les formes et dans les tours. Notre Société veut surtout, marchant sur les traces de Lusignan, Sulte, de Cases et Tardivel, faire la guerre à l’anglicisme.
Si nous espérons pousser l’investigation plus loin que l’ont pu faire nos devanciers et exercer une action plus efficace, c’est d’abord que plusieurs d’entre eux ont été des nôtres, dès la fondation de notre Société ; c’est aussi, comme on l’a dit, parce qu’ « un nain sur les épaules d’un géant a toujours vu plus loin que le géant lui-même » ; c’est parce qu’ils nous ont tracé le chemin ; parce que, enfin, les plus récentes études de la philologie française permettent aujourd’hui de porter sur les formes du langage un jugement plus sûr, alors que cette science, au jour où nos prédécesseurs écrivaient, ne fournissait que des données incertaines.
Dans ces conditions, nous n’avons pas la prétention d’avoir fait beaucoup, mais nous croyons avoir fait quelque chose.
Il fallait, lorsque notre Société fut fondée, établir les études philologiques dans le Canada français |
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sur des bases solides, et appliquer à ces études les meilleurs procédés connus.
Et puisque la langue française au Canada se présente à nous sous deux points de vue difiérents, il a fallu d’abord déterminer quels principes nous appliquerions et quelles règles générnies nous æuideraient, tant dans les recherches philologiques que dans le travail d'épuration.
Au point de vue scientifique, nous sommes partis de cette vérité historique que les langues exportées perdent, pour un certain temps, leurs forces d’extension intérieure et de développement intime, c’est-à-dire que des deux grandes forces qui règlent le mouvement du langage, la force révolutionnaire et la force conservatrice, celle-ci est toujours plus vivace dans les rameaux détachées du tronc principal, tandis que l’autre, la force révolutionnaire, ou bien s’atténue au point de n’exercer plus d’influence, ou bien, ce qui est encore plus désastreux, se borne à faire entrer dans la langue des éléments étrangers qu’elle n’est Pas capable d’assimiler suff-
samment.
Il fallait donc s’attendre à trouver chez nous des signes non équivoques, non pas de dégénérescence, mais de stagnation.
Pour en juger et chercher à appliquer les remèdes qu'il fallait, il était nécessaire d'engager les membres de notre Société à se rendre maîtres de la dialectologie romane, et nous nous sommes efforcés de répandre parmi les nôtres le goût de ces études.
Mais l'étude de notre parler, au point de vue scientifique, a surtout pour objet de nous mettre en état de travailler plus efficacement, non seulement à l’épurer, mais encore à le perfectionner et à le faire vivre, en montrant sur quel point il y a danger et quel remède il faut apporter.
Dans le travail d'épuration, nous déciarons n'être point des puristes. Nous voulons que notre langue, notre langue littéraire aussi bien que notre langue parlée, reste française ;: mais nous voulons aussi,
<t nous ne pouvons pas empêcher qu’elle soit, par quelque côté, canadienne.
Si nous savons bannir de notre langage tout ce qui est contraire à son génie, tout ce qui est grotesque ou vulgaire, et si nous faisons en sorte que, tout en restant français, il soit bien de chez nous, nous lui aurons donné une force de résistance dont l'anglais ne saura jamais triompher ; et les deux langues pourront alors, chez nous, coexister sans se mêler ; au lieu de parler imparfaitement notre lan-
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Le programme est large, et il va sans dire que nous ne prétendons pas l’avoir tout rempli. Nous Ÿ avons travaillé pendant douze ans, nous y tra- Vaillerons encore, et il me reste à dire de quelle manière nous nous y employons.
Plusieurs commissions se partagent la besogne.
Un comité spécial est chargé de répondre aux demandes de consultations. Questions concernant la prononciation, le lexique, la forme et le sens des mots, leur étymologie, les difficultés grammaticales, et surtout les anglicismes, nous en recevons de toute sorte, et de partout. Grâce au dévouement et à la compétence de quelques-uns de nos membres, nous arrivons à y répondre. Ce service seul demande Un travail considérsble, et qui ne paraît pas devant le public.
Les plus importantes de nos Commissions sont celles qui travaillent à l'établissement d’un glossaire franco-canadien assorti au double dessein de la Société : l’étude scientifique de notre langage et son perfectionnement.
Dès sa fondation, la Société a inauguré une vaste enquête, grâce à laquelle elle & pu recueillir les
éléments du parler français au Canada, répandus sur tout le territoire.
Le plan d'étude comprend plusieurs opérations.
D'abord une Commission dépouille les communications reçues et les rapports des différents cercles d'étude établis dans la Province ; le tout est transcrit sur des fiches, qui forment les premières piéces conservées dans nos archives.
Des comités spéciaux étudient chaque forme au point de vue dialectal, au point de vue historique, et au point de vue du français moderne. Pour outiller ces comités, nous avons dû former une bibliothèque de glossaires, dictionnaires, grammaires, et autres ouvrages traitant de philologie et de dialectologie romanes. Ces ouvrages et aussi les principales revues de linguistique française, un grand nombre de publications régionalistes et les œuvres des patoisants, sont mis à contribution.
Quand les recherches sont terminées sur une série de mots soumis à notre examen, les vocables qui appartiennent à la langue classique sont rejetés, et un rapport est rédigé, où se trouve, par articles, le résultat de toutes les études. Ce rapport est envoyé aux membres qui ont exprimé leur intention de collaborer à notre œuvre ; et, chaque mois,
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l'assemblée générale fait l'examen des derniers rapports distribués, discute les articles, et les corrige, s’il y a lieu.
Les correspondants à qui nous avons envoyé ces rapports nous les renvoient avec des notes et des additions nombreuses. Les nouveaux matériaux ainsi recueillis sont mis à l’étude, et, enfin, un autre comité publie un bulletin d'observation, où se trouvent tous les mots et toutes les acceptions recueillis. Ce bulletin est envoyé à des correspondants spéciaux, dont nous nous sommes assuré le Concours dans toutes les parties de la Province, et qui nous le renvoient avec des notes sur l'emploi de chaque vocable et de chaque sens. Ces rapports servent à établir la distribution topographique des mots du parler populaire canadien-français.
En effet, la Société n’a pas cru qu’il était suffisant de relever les formes dialectales du parler canadien, et de les étudier dans les différentes acceptions qu’on leur donne : elle a pensé qu’il fallait encore chercher à en déterminer l'usage. Voilà pourquoi elle a tenté de faire, au moins Pour une partie de son glossaire, une distribution topographique, non seulement de chaque mot, mais encore de chaque acception de chaque mot.
En dernier lieu, le résultat complet de toutes les
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recherches et de toutes les observations est trans crit sur des fiches spéciales, où des espaces parti culiers sont réservés à la transcription phonétique du mot étudié, à chacune des acceptions qu’on lu donne, aux notes recueillies par les différentes com. missions sur la phonétique, sur le vieux français, sur les dialectes et sur le français moderne. Au verso de ces fiches se trouve inscrit,
d’après une méthode spéciale,
le nombre d'observations reçues sur l’usage de chaque mot dans chaque comté de la Province.
Grâce à cette méthode de travail, grâce surtout au généreux concours de plus de 200 correspondants, distribués dans toutes les parties de la Province, la Société du Parler français a pu recueillir plus d'observations qu'aucun autre lexicographe canadien. Le chiffre total des observations recueillies depuis le commencement de l’enquête, et seulement sur les mots populaires commençant par les trois premières lettres de l'alphabet (nous étions rendus là en 1906), est de 307,621. Aujourd’hui, les observations recueillies par la Société et soigneusement enregistrées sur ses fiches, dépassent le chiffre de 1,000,000. Or, nous en sommes à la lettre « S». Quand le travail sera fini, il reposera sur environ deux millions d'observations faites par
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« Je demande, disait Charles Nodier, si le dic- | tionnaire concordant des patois d’une langue ne serait pas l’un des plus beaux monuments qu’on pôt élever à la lexicologie ».
Notre dictionnaire serait donc comme un monu- | ment élevé à notre langue raaternelle. Monument
national, qui montrerait que notre langue est bien | celle des ancêtres, qui jadis apportèrent sur les bords du Saint-Laurent le meilleur des provinces de France.
Monument solide, qui prouverait aussi que notre langue est un véritable français, où se rencontrent sans doute des archaïsmes et des formes dialectales, mais absolument respectables.
Un certain nombre d'articles de ce glossaire ont déjà été publiés dans notre revue.
La Société, en effet, fait paraître, chaque mois, un Bulletin du Parler français au Cunado. Le douzième volume de cette revue vient d’être complété. Il ne nous appartient pas sans doute d’ap-
précier la valeur de cette publication, mais si nous en croyons l'Annuaire de Philologie Romane, de M. Volmoller, de Leipzig, le Bulletin ne serait pas sans avoir quelque valeur et sans présenter quelque intérêt. Il nous a plu singulièrement de voir aussi, et à maintes reprises, d’autres revues de linguistique, les plus considérables de l’Europe, comme la Romania, la Neueren Sprachen, la Revue de Linguistique de M. Vinson, la Revue de Philologie de M. Clédat, la Revue de dialectologie romane, mentionner avec éloge et citer notre Bulletin. En 1910, l’Académie française a couronné notre Bulletin, en lui accordant le prix Saintour. Ce prix est décerné à des ouvrages de diverses sortes, lexiques, grammaires, éditions critiques, commentaires, ayant pour objet l'étude de notre langue, principalement depuis le XVI: siècle jusqu’à nos jours. A ce propos, le Comité de direction du Bulletin écrivait : « C’est donc, avant tout, l’œuvre philologique de notre modeste revue que l’Académie française a voulu reconnaître et récompenser. Nos études sur le parler français au Canada sont ainsi consacrées par le plus haut tribunal littéraire qui soit en France, et cette appréciation nous encourage autant qu’elle nous honore.»
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La préparation d’un glossaire franco-canadien et la publication d'un Bulletin ne forment cependant qu’une partie des travaux de notre Société. Mais, nous l’avons dit, il serait trop long de donner ici un détail des consultations que nos comités d’étude sont appelés à fournir à tout instant sur des questions de langue, de l’action particulière que la Société exerce chaque fois que l’occasion s’en présente, et des travaux divers qu’elle fait exécuter par ses membres.
Nous ne pouvons cependant passer sous silence les séances publiques que la Société du Purler français donne, chaque année, à Québec, à l’Université Laval, séances où des travaux importants sont lus, et qui ont toujours paru attirer l'attention du public. Et il faudrait aussi mentionner les cercles d’étude que la Société a fondés dans plusieurs collèges de la province de Québec, et qui ont donné souvent les meilleurs résultats, les sociétés sœurs qui se sont établies dans le Manitoba, l’Alberta, la Saskatchewan, les concours que notre Société a organisés, les prix qu’elle a distribués, etc., etc.
Enfin, pour terminer cet exposé suecinct, et nécessairement incomplet, de l’œuvre accomplie par
notre Société, je dois rappeler le Premier Congrès
de la Langue française au Canada, tenu à Québec, du 24 au 30 juin 1912, sous le patronage de l’Université Laval. :, Académie française se fit représenter à ces grandes assises nationales par M. Êtienne Lamy, plus de cent mille Canadiens fran- Sais y prirent part, et l’on a pu écrire que ce Congrès fut vraiment « le premier concile œcuménique de le langué française ». C’est la Société du Parler français qui avait conçu le plan, et pris l'initiative de cette patriotique entreprise, et qui, sous la présidence de M® P.-E. Roy, en dirigea l’orgrnisation.
Après cet événement, dont le succès fut considérable, notre Société a repris le cours ordinaire de ses travaux.
Avec le concours des mêmes dévouements, elle poursuit son œuvre de conservation, de défense et d'illustration de la langue française en Amérique.
Que notre langue s’épure, se corrige et soit toujours saine et de bon aloi ; que notre parler national se développe suivant les exigences des conditions nouvelles et les besoins particuliers eu pays où nous vivons ; qu’il évolue naturellement, suivant les lois qui lui sont propres, sans jamais rien admettre qui soit étranger à son génie premier, sans jamais cesser d’être français dans les mots, dans
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les formes et dans les tours, mais aussi sans laisser d’être canadien ; qu’il s’étende et qu’il revendique ce qui lui appartient, mais sans heurter les ambitions légitimes, et dans le libre exercice de ses droits ; que notre littérature se développe et se nationalise, mais dans le respect des traditions françaises ; et que, tous, nous devenions plus curieux encore de notre langue maternelle, plus fiers de notre naissance, plus soigneux de notre Patrimoine national, mieux instruits de nos droits comme de nos devoirs, et prêts à tout entreprendre pour le maintien d’une langue qui garde notre foi, nos traditions, notre caractère, et qui constitue l’une des meilleures parts de notre héritage ancestral, tel est l'idéal pour lequel continue de travailler la Société du Parler français au Canada.
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