‹ Études sur les parlers de France au Canada [microforme]Chapitre 7 sur 42 · FA · texte numérisé non relu

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laire commun du nord. Aussi, quiconque sait le français se fait comprendre sans le moindre effort de Montréal à Gaspé et de Sherbrooke au Lac- Saint-Jean, se fait comprendre de tous nos paysans et les comprend lui-même.

Comment donc cette uniformité s’est-elle réalisée ? Dans le mélange de Normands, de Picards, de Saintongeois, de Berriauds, de Poitevins, de Français, qui peuplèrent le Canada, quel fut le sort des parlers provinciaux ? Et comment le français parvint-il à dominer si tôt ?

Car ce n’est pas d’aujourd’hui que les patois sont réduits à des débris épars, à des bandes brochant sur le fond français de notre langage. Dès le XVIII- siècle, l’évolution était en grande partie accomplie, notre parler avait acquis déjà son uniformité. C’est ce qui ressort des remarques de Charlevoix ® et de Montcalm. ® On ne peut atta-

cher, à ce point de vue, beaucoup d'importance aux autres témoignages que nous possédons, à ceux du

(1) Hist. et description générale de la Nouvelle-France avec la Journal d’un voyage etc., gr. édit. 1744, t. III, p. 80.

(2) Journal du Marquis de Montcalm, dans la Collection des Manuscrits du chevalier de Lévis, Québec, 1895, p. 64, le 13 mai

Père Le Clercq (’, de l’abbé d’Olivet ©, de Kalm @), de la Potherie (, et de Jefferys ® ; rien n'indique que ces écrivains aient voulu parler du langage du peuple. Du reste, Chrestien Le Clercq n’a pu constater que l’état du langage dans les dernières années du XVII: siècle ®, et les autres dans la première moitié du XVIII.

Que s’était-il donc passé de 1600 à 1700, ou mieux, des commencements de la colonie à l’année 1680 ?

Rien que de naturel.

Des circonstances multiples, en effet, et diverses ont pu restreindre ou étendre l’action de chaque province de France sur notre langage : le nombre des émigrants, leur qualité, leur rang dans la colonie, leur groupement, etc.

(1) Premier établissement de la Foy dans la Nouvelle-France, Paris, 1691, t. II, pp. 15-16.

(2) Traité de la Prosodie française, 1736. Voir l'édit. des Remarques sur la langue française donnée par B&AUZzÉE dans le vol. IT des Synonymes français de l'abbé Girarp. p. 385.

(8) Voyage en Amérique, 1753-1761. Voir l'édition canadienne, version Marcharä (Montréal, 1880), p. 215.

(4) Hist. de l'Amérique septentrionale etc., Paris, 1753. Voir t. I, p. 279.

(5) The natural and civil History of the French Dominion in North and South America etc., Londres, 1761. Voir p. 9.

(6) TanGuay, Répertoire du Clergé canadien, p. 55.

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Un grand nombre de colons étaient, nous l’avons vu, des patoisants. Mais la plupart avaient déjà de l'instruction ; s'ils parlaient encore, et plus volontiers, la patois entre eux, dans leurs familles, | ils savaient aussi entendre et parler le français. |

D'ailleurs, les plus considérables, les chefs de grou- | i

pes, les officiers de l’administration, les membres du clergé, les missionnaires, venus de Paris ou des autres villes de France, tous gens cultivés, parlaient sans doute le français. Or, le peuple, par la situation particulière qui lui était faite ici, se trouvait en contact continuel avec ces personnages. Québec, les Trois-Rivières, Montréal, où toute l’administration était concentrée, et où les colons devaient nécessairement fréquenter, étaient des centres de vie française ; dans les expéditions lointaines, les miliciens étaient encore sous le commandement d’officiers français. Comme l’a si clairement démontré M Amédée Gosselin, dans son ouvrage sur l’Instruction au Canada sous le régime français, l'instruction était fort répandue au Canada sous le régime français et dès les premiers temps de la colonie ; à l’école, au couvent des Ursulines, au collège des Jésuites, au Séminaire de Québec, les enfants recevaient l’enseignement de maîtres français ; l’organisation paroissiale groupait toute la population

autour de prêtres français. Fatalement, les rapports qui s’en suivaient devaient produire au Canada, et plus rapidement, les résultats que des

| causes analogues avaient amenées en France, à | partir du XIITe siècle. Plus rapidement, parce que

lu population était moins considérable, les groupements plus intimes, les rapports plus fréquents entre les patoisants et ceux qui parlaient le français. Plus rapidement, aussi parce que chaque patois ne se trouvait pas ici isolé ; si l’on excepte quelques groupes, qui durent se désagréger assez tôt, Picards, Normands, Berriauds, Angevins étaient mêlés, destinés à se fusionner pour donner naissance au type canadien. Or, « deux ou plusieurs langues distinctes ont moins de force de résistance qu’une langue unique, parlée par une population homogène ». ©

Le mélange des dialectes devait donc singulièrement faciliter l’évolution de notre parler vers le français. Broyées et confondues, les formes patoises perdirent de leur vigueur naturelle : déracinées, la sève leur manqua. Tel mot normand,

(1) Voir, par exemple, de combien de provinces vinrent les habitants de la seigneurie de Lauzon : Histoire de la seigneurie ds Lauzon, par J.-E. Rox, vol. I, pp. 167 et suiv,

(2) Bruxor, Hist. de la langue franç., t. I, p. 25, note.

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