‹ Évangiles apocryphes (volume 2)Chapitre 12 sur 330 · X. Chute des idoles — ps.-Matth. xxii, 2-xxiv · texte numérisé non relu

X. Chute des idoles — ps.-Matth. xxii, 2-xxiv

Ces parallélismes n'impliquent pas une dépendance

XXIV INTRODUCTION

proprement dite. Encore moins en pourrait-on déduire entre quels textes et dans quel sens s'est établie la dérivation. Le pseudo-Matthieu qui a des traits communs avec V Evangile de l'Enfance, en a aussi, et d'assez marqués, avec d'autres légendes spécifiquement syriaques. Si l'on veut prendre la peine d'y regarder, peut-être que ceux-ci expliqueront ceux-là.

Les chapitres xi-xli sont la seule partie originale de notre apocryphe. Originale veut dire qu'elle apparaît ici pour la première fois. Reste à savoir sous quelle forme ces anecdotes ont été mises en cours et quels modèles les ont inspirées. Un exemple qui en donne long à penser, c'est le miracle du jeune homme qui avait été changé en mulet par des sorcières et qui reprit la forme humaine au contact de Jésus (ch. xxxxi). Cette grossière thaumaturgie est exactement de même goût que le miracle de la jument qui redevint femme à la prière de Saint Macaire d'Egypte, selon Y Histoire Lausiaque de Pallade^ On peut noter entre les deux anecdotes plusieurs différences bien caractérisées ; mais, de part et d'autre, la donnée est si manifestement identique qu'il est impossible de ne pas

1. The Lausiac History of Palladius, ch. xvii, éd. G. Butler, dans Texts and Studies, t. VI, 2 (Cambridge, 1904), p. 44- 46. Dans ÏHistoria monachorum, le même miracle est raconté, sauf que les victimes du maléfice ne sont plus une femme et son mari mais une jeune fille et ses parents, (Voyez E. Preu- SGHEN, Palladius und Riifinus, Giessen, 1897, p. 90 et comparer A. LuGOT, Palladius. Histoire Lausiaque, dans Textes et documents, t. XV, p. 110, note 6.)

INTRODUCTION. xxv

conclare à une origine commune. Sans hasarder de déductions prématurées, bornons-nous à constater que notre apocryphe entre ici en contestation de priorité avec un auteur grec des premières années du v^ siècle, conteur naïf et crédule mais généralement tenu pour incapable de démarquer un récit. Si Pallade attribue le fait à Saint Macaire, cela prouve au moins qu'il l'avait entendu raconter à la gloire de Saint Macaire. A cette époque et dans ce milieu, il est à peine possible de supposer une contrefaçon antécédente de VÉçangile de l'Enfance.

V Histoire Lausiaque fut d'assez bonne heure traduite en syriaque '. Le Musée Britannique en possède un manuscrit daté de l'année 532 ^ et qui avait appartenu au couvent des Syriens, en Nitrie. La version qu'il contient pourrait remonter à la fin du v^ siècle^. C'est une date extrême, et il convient d'ajouter que le Pallade syriaque ne dut pas se répandre également vite dans tous les milieux. Ce furent vraisemblablement les Syriens monophysites, amis, voisins et hôtes de l'Egypte, qui l'adoptèrent les premiers, après l'avoir, sans doute, traduit eux-mêmes. 11 avait donc à faire oublier ce patronage compromettant, avant de pouvoir pénétrer chez les nestoriens de la Mésopotamie ou de la Perse. Et en effet, on ne le signale dans ces parages qu'un bon siècle plus tard. Si donc il est vrai que VE^fangile de l'Enfance fut d'abord rédigé en syriaque,

1. Voyez Butler, ouv. cit., t. VI, 1 (Cambridge, 1898), p. 89-95.

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