Ci-dessus, p. xxi-xxvi
tu INTRODUCTION.
sans suite du texte syro-arabe ont conservé certaines circonstances précises qui tranchent sur leur fond vague et fruste. Telles, ces dates qui ne riment à rien : ch. XXXV (rédaction S) : Quand Jésus était âgé de trois ans...; ch. xxxvi : Quand Jésus avait accompli sa septième année..,; ch. xli : Quand vint le mois d'iyàr (ou d'adàr)...
A ces indications dépareillées et oiseuses, on croit reconnaître que ces récits, maintenant décousus et flottants dans leur cadre trop large, ont jadis appartenu à une narration mieux enchaînée, qui affectait, comme le texte arménien, de suivre pas à pas Tordre chronologique.
Conservé là où rien ne lappelle plus, le détail précis manque où on le cherche. Des personnages inconnus, le roi de Jérusalem au ch. xxxix, « Lazare » au ch. XII (rédaction S), etc., apparaissent à l'improviste, avec cette soudaineté énigmatique qui trahit la main d'un abréviateur maladroit. Et ainsi de suite. Tout conduit donc à supposer, derrière ces récits atrophiés, un original plus vivant, qu'ils ont écourté, comme du reste, en comparant entre eux les textes actuels, syriaques et arabes, on voit qu'ils ont continué de s'appauvrir.
Le pseudo- Thomas a traversé la même évolution. Le texte syriaque que l'on a pris longtemps pour une version interpolée est, en fait, un abrégé, et l'exemplaire qui permet de le compléter n'est pas complet lui-même. De ce côté-là aussi, à mesure qu'on remonte, on se rapproche d'un original aux formes plus
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amples, et, partant, plus voisin du genre auquel appartient la rédaction arménienne.
Il est permis de conjecturer en outre que ce prototype du pseudo-Thomas n'était pourtant pas un texte primitif. Ou bien il ne répétait pas, jusqu'à trois fois, la même histoire de Jésus à l'école, avec des variantes qui en déguisent mal l'identité ^ . L'anecdote qui s'est dédoublée de la sorte au moins deux fois a déjà derrière elle un long passé, et le document qui la contient sous trois formes différentes est une compilation. Ainsi s'explique que le pseudo- Thomas fasse en partie double emploi avec le Lwre arménien de V Enfance et avec l'Evangile syro-arabe, dont par ailleurs il se distingue nettement.
Les déductions qui précèdent ne peuvent être tenues pour démontrées absolument. Mais la sincérité commande de les livrer franchement à la discussion. Pour ne rien dissimuler de ce qu'elles contiendraient de paradoxal, nous les résumons ici en les coordonnant.
1. Toutes les histoires apocryphes de l'enfance du Christ qui sont arrivées jusqu'à nous sont tributaires d'un même livre^ mélange d'anciennes légendes^ et
1. Aux ch. VI, XIV et xv (comparer le texte grec, ci-dessus, t. I, pp. 168-72, 182-84; ei ps.-Matth., ch. xxx, xxxviil-xxxix, ibid., pp. 132-42, 150-54).
2. L'épisode de Jésus à l'école a été lu par S. Irénée dans un livre gnostique (voyez p. 69, note). Mingarelli a déjà fait observer que la môme anecdote a été retrouvée au Thibet, où il suppose qu'elle fut introduite par les manichéens {De apo'
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de nouvelles fictions, qui racontait, en un récit dramatisé et circonstancié, quelques épisodes de la première jeunesse du Christ, depuis son retour de l'Egypte.
2. Ce livre, antérieur peut-être au v*' siècle, a passé en partie dans Tapocryphe syriaque qui, de réduction en réduction, est devenu VEnfance de Notre-Seigneur Jésus, autrement dit, suivant l'usage grecolatin, Y Evangile de Thomas, tel que le contient le vieux manuscrit du Musée britannique.
3. D'un exemplaire plus complet de ce même texte syriaque, fut faite une version grecque, sinon plusieurs, de laquelle ou desquelles sortirent, outre les abrégés grecs actuels*, le pseudo-Thomas latin, la version géorgienne et les versions slavonnes, et dont s'inspire également le pseudo^Matthieu.
4. Le texte initial (hypothétique) d'où est issue cette tradition ainsi ramifiée a d'autre part été combiné de diverses façons avec le Protévangile pour former une histoire continue de l'Enfance de Jésus jusqu'à sa douzième année. De ces récits, les uns commençaient à la nativité du Sauveur, les autres remontaient jusqu'avant la naissance de la Vierge, comme nos légendes
crypho Thomae evangelio, dans Nuova raccoUa d'opiiscolî scienticifi e filologici, t. XII, Venise, 1764, p. 75-76).
1 . Cette vue pourrait s'autoriser du jugement porté par M. Harnack sur le rapport du pseudo-Thomas actuel à l'apocryphe de même titre mais non pas de même contenu qui est mentionné par S. Hippolyte dans les Philo sophumena (Die Chronologie der altchrisûichen Literatur bis Eusebius, 1. 1, 1, p. 593-94). Les vestiges de ce premier Évangile de Thomas ont été soigneusement recueillis par M. J. H. A. Michelsen (Uittfeksels uit het Evangelie volgens Thomas dans Sertum Nabericumy Leyde, 1908, p. 225-69).
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latines de orta Mariae et de înfantia Salvatoris.
5. Un récit de cette seconde espèce tomba aux mains d'un amplificateur syrien, qui en tira une longue histoire ou plutôt un roman ' , où l'ancien plan était noyé sous des développements diffus et sans doute augmenté de quelques épisodes nouveaux. Ce livre, introduit en Arménie vers la fin du vi^ siècle, y fut d'abord accepté; mais, condamné aussitôt que traduit, il y végéta dans l'ombre jusqu'aux environs du x^ siècle. Reparu au grand jour, il fut accommodé au goût populaire et paraît avoir joui d'une assez large diffusion, notamment chez les Arméniens de Perse.
6. Enfin, sur un texte de l'autre classe probablement, vint se greffer un dernier rameau de la tradition. Vers la fin du vi^ siècle, au plus tôt, un compilateur abrégea en syriaque \ Histoire de l'Enfance, Il y interpola une série de miracles de la Vierge, arrangés ou inventés d'après des modèles d'assez fraîche date. Cet ensemble composite fut traduit en arabe, tandis que le texte syriaque était englobé dans une vaste rapsodie sur la vie de la Vierge. Puis, un autre copiste raccorda tel quel à la version arabe un exemplaire dnpseudo- ThomaSf qui y fut ensuite adapté tant bien que mal et qui paraît avoir servi également à interpoler V Histoire de la Vierge. C'est à un manuscrit peu correct et dénaturé de cette recension arabe qu'échut l'hon-
1. On en connaît de pareils en syriaque dès le vi® siècle. Tel le roman de Julien l'Apostat, écrit entre 502-532 par un moine d'Édesse (cf. Rubens Duval, La littérature syriaque, 3" éd.. Paris, 1907, p. 180-81).
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neur de représenter longtemps, aux yeux de la critique, VÉ^fangile de V Enfance.