DISCOURS D’OUVERTURE DU CONGRÈS NATIONAL
Au nom du peuple belge, le gouveniemenl provisoire ouvre l’essemblée des représenlanls de la nation.
Ces représentants, la nation les a chargés de l’auguste mission de fonder, sur les bases larges et solides de la liberté, l’édlOce du nouvel ordre social, qui sera pour la Belgique le principe et la garantie d'un bonheur durable.
Vous le savez, messieurs, à l’époque de notre réunion i la Hollande, one loi fondamentale fut présentée ii des notables, désignés par le pouvoir, non pour rezaininer, la discuter, la modifier et enfin l’accepter, et en faire la condition du pacte entre le peuple cl le chef de l’Etat, mais uniquement pour s’y souniellrc aveuglément ou la rejeter dans sa totalité. Elle fut rejetée, comme on devait l’attendre du bon sens et de la loyauté belges. Mais, par un subterfuge sans exemple, elle fut déclarée acceptée, et une constitution, imposée par la Hollande, pesa sur notre patrie.
Si, du moins, celle loi fondamentale avait été franebement exécutée dans toutes ses dispositions, avec le temps peut-être et à l’aide des progrès que l’arbitraire ministériel nous forçait chaque jour à faire dans la carrière de l’opposilion constitutionnelle, elle aurait pu devenir l’espoir de la liberté belge.
Mais, loin de lit : les consciences violées; l’enseignement enchaîné; la presse condamnée à n’etre plus que l’instrument du pouvoir, ou forcée au silence; la substilution arbitraire du régime des arrêtés au système légal établi par le pacte social; le droit de pétition méconnu; la confusion de tous les pouvoirs, devenus le domaine d’un seul; l’Imposition despotique d’un langage privilégié; l’amovibilité des juges, abaissés au rôle de commissaires du pouvoir; l'absence complète de la garantie de la publicité et de celle du jury ; une dette et des dépenses énormes, seule dot que nous eût apportée la Hollande, lors de notre déplorable union; des Impôts accablants par leur hauteur et plus encore par leur répanilion, tout impopulaire, tout au détriment des classes indigentes; des lois toujours votées par les Hollandais pour la Hollande seulement, et toujours contre la Bel-
glqne, «I inégalemeDt représentée aux anciens étals généraux ; le siège de tous les grands corps constitués et de tous les établisseinents importants flxé dans cette même Hollande; la scandaleuse distraction des tonds spécialement destinés i tavorlser l'industrie ; cl enfin la plus révoltante partialité dans la distribution des emplois civils et militaires, par un gouvernement aux yeux duquel la qualité de Belge était un litre de réprobation; en un mol, la Belgique entière traitée comme une province conquise, comme une colonie : tout, messieurs, nécessitait une révolution, la rendait inévitable, en précipitait l'époque.
I)e si Justes griefs, des griefs si réels devaient aussi en assurer le résultat.
Nous étions insurgés contre le despotisme pour reconquérir nos droils, nous fûmes traités par la tyrannie comme des rebelles. Nos villes Incendiées, les actes les plus barbares exercés Jusques sur les vieillards et des femmes, les lois d'humanité, les droits de la guerre foulés aux pieds, témoignent encore de la férocité de nos ennemis, en faisant bénir la victoire do peuple qui en a purgé noire sol.
Le fruit de cette victoire était \' indépendance. Le peuple l'a déclarée par notre organe. Interprète de ses vœux, le gouvernement provisoire vous a appelés, messieurs, vous, les bommes choisis par la nation belge, pour constituer cette indépendance et pour la consolider k Jamais-
Mais, en attendant que vous pussiez venir remplir cette tâche, un centre d'aclion était nécessaire pour pourvoir aux premiers, aux plus urgents besoins de l’Éiat. L'n gouvernement provisoire s’est établi, et il a suppléé temporairement à l'absence de tout pouvoir. La nécessité d’un gouvernement quelconque Jusiinail sa mission : l'assenllment du peuple conOrma son mandat.
Tout élan â faire, tout était k créer. Il fallait réorganiser l’administration inlérieure, le pouvoir Judiciaire, les lliiances, l'armée, et cette garde citoyenne, sur laquelle désormais s’appuieront les empires modernes. C’est à vous, messieurs, et à la nation k juger si, avec le peu de moyens qui étalent k notre disposition, nous avons réussi â préparer pour la Belgique un avenir de force et de prospérité.
Nos actes, vous les connaissez, messieurs, et la nation, nous osons l’espérer, les a ratifiés. L’impôt odieux de l’abatage aboli; une entière publicllé rendue aux procédures criminelles; l’institution du Jury promise, et de nouvelles garanties assurées aux prévenus devant les cours d'assises; rabolillon de la dégradante punition de la bastonnade; les élections populaires des bourgmestres et des régences, cl l’élection directe des députés au congrès national; plus de directions générales de police, plus de haute police; affranchissement de l’art dramatique ; abolilion de la loterie; publicité des comptes et budgets des communes; et finalement liberté pleine et entière pour la presse, pour l’enseignement, pour les associations de toute espèce, et pour les opinions et les culles, désormais délivrés de toute crainte de persécution, de tout danger de protection : voilà, messieurs, les principaux titres avec lesquels le gouvernement provisoire s’offre devant la nation et ses représentants.
De relations avec l’étranger, nous n’avons pas cru devoir en établir, dans les circonstances où se trouvaient et la nation et nous-mêmes. Nous savions d’ailleurs à n’en pouvoir douter, et nous pouvons vous en donner l'assurance posillve, que le principe de non-intervention serait strictement maintenu à notre égard. Nous Jugeâmes donc que la libre Belgique devait fonder son indépendance par ses propres forces, toujours prête â les tourner contre quiconque voudrait entraver ce droit sacré.
Depuis que nous avions pris celte résolution, nous avons reçu, des cinq grandes puissances, des communications récentes et offlclelles dont nous sommes heureux de pouvoir vous faire part en ce jour solennel ; ces communications conlirment pleinement les assurances précédemment données, et nous font espérer, avec la cessation prochaine des hostilités, l’évacuation, sans condition aucune, de tout le territoire de la Belgique.
Messieurs, vous allez achever et consolider notre ouvrage. Fondez l'édiflce de notre prospérité future sur les principes de la liberlé de tous, de l’égalilé de tous devant la loi, el de réconomie la plus sévère. Que le peuple soit appelé i profiter de notre révolution .les charges de l’Etat diminuées dans la proportion de ses vrais besoins; le salaire des fonctionnaires publics réduit de manière à ne plus être que la juste Indemnité du temps et des talents qu’ils consacrent i la patrie; enfin la suppression des emplois inutiles, et de ces nombreuses pensions, récompenses trop souvent accordées à la servilité, vous mettront à même de consommer l’œuvre de notre régénération nationale.
Et nous, messieurs, en quelque position que nous soyons placés, nous soutiendrons de tous nos vœux, de tous nos moyens, de tous nos efforts, celte œuvre patriotique, trop beureux, après son entier succès, de nous confondre dans les rangs de ce peuple qui aura, tout è la fols, vaincu et assuré les bienfaits de la victoire.
Bruxelles, 10 novembre.
AU NOM DU PEUPLE BELGE
LS concnzs fiationai, zst ihstalli !
Comte Faiiix as Maaona.
Alsx. GaiiDZBian.
Da PoTTaa.
Cn. Rooiaa.
JOLLT.
J. VAnnaaLinnan.
F. na Corrin.