CHAPITRE III
Changes .
•Arccmint. i* Nature du chimge; — 2. Causes qei en affectent le cours; — 3* Différence du Change des places d*uu même pays et du Change étranger; — 4. Prétendu pair du Change; — S. Opérations et habileté du Banquier.
I. Lorsque le banquier a des fonds à porter sur une place , ou doit en retirer, 6on profit consiste dans le choix du moyen le plus économique, celui de transporter les espèces ne présente qu’une idée de perte en faux frais, et de pis-aller. Nous verrons au chapitre suivant dans quels cas il est indispensable ou devient avantageux C’est en considération de ce que coûterait un tel charroi, si Chacun y avait recours, que le particulier, ou le commerçant ordinaire, qui veut s’acquitter ou qui a besoin de ses rentrées, souscrit à une indemnité en faveur du banquier, qui paye le créancier ou rend quitte le débiteur sans autre Eoiu. Cette indemnité est ordinairement plus ou moins forte , suivant que la distance des lieux est pins grande. Llle comprend aussi la compensation de l'intérêt des avances du banquier, qui paye aujourd’hui une somme dont le remboursement, lui fût-il assigné à vue, exige le temps de l’envoyer prendre. Ce délai est quelquefois plus long, parce que le tireur (car l’assignation dont nous parlons est justement la lettre de
DES BANQUIERS ET DES BANQUES, CH. III. 3gi change) dispose plusieurs mois à l’avance île son mandat, pour l’échéance à laquelle la somme doit être libre. La différence qui correspond à ces élémons est le change; et d’abord on conçoit que ce change est plus fort pour la lettre à courte échéance. Il est d'ailleurs variable comme h' prix de toute marchandise journellement exposée sur un marché , avec un concours nombreux, mais plus ou moins empressé, de vendeurs et d’acheteurs.'
S’il n’y avait que les banquiers disposés à se charger de la letl re de change, et qu'il ne restât au possesseur d’autre alternative que de la leur livrer ou de la recouvrer lui-méme, et d’en faire voyager les fini ls , le change pourrait être exigé sur un pied à peu près égal aux frais du transport effectif, et à quelque chose en 6us', puisque le banquier n’interviendrait pas gratuitement pour se charger du risque et de la peine. L’indemnité ne tomberait au-dessous de ces frais que de la quantité dont une plus grande habitude des ressources pour faire vpiturer les espèces enseignerait l’économie à celui qui en ferait son métier spécial ; économie dont , à raison de la concurrence entre ceux de la profession , on finirait par faire quelque part au vendeur de la lettre de change : mais les opérations qui se font entre deux places sont ordinairement inultiplos. Il y a respectivement des gens qui envoient des marchandises de l’une dans l’autre ; il se rencontre à la fois un certain nombre de gens qui doivent remettre de l’argent au lieu d’où un certain nombre d’autres en doit retirer. A la bourse de Paris , ceux qui ont à payer à Marseille les huiles et les savons trouvent ceux à qui les Marseillais doivent pour des draps, des chapeaux, des meubles , etc. Le métier des agrus de change est
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<le mettre en présence les uns avec les- antres. Celui qui doit recevoir cède son assignation à celui qui doit payer, et il se fait une masse de compensations individuelles qui éteint un grand nombre dè dettes sur les deux places. Cette opération pourrait se faire indifféremment à la Bourse de l’une et de l’autre; et, en effet, elle s’y fait partielleipent , suivant que dans c haque affaire le créancier s’est réservé de tirer, ou le débiteur de remettre. Si la masse était égale, qu’il se rencontrât à Paris autaut à recevoir à Marseille qu’à y payer, on changerait au pair; ou plutôt le papier sut Paris , même à vue, perdrait quelque chose à Marseille, et de même le papier sur Marseille à Paris, à raison de la perte d’intérêt que souffre celui qui paye sans délai , et dont le remboursement est assigné en un lieu où il fan t le temps d’arriver. Souvent les compensations ne sont pas immédiates ; ceux qui auraient à les faire , pourraient perdre trop de temps et d’intérêts à se chercher. Ils vendent au banquier, lequel, s’il n’a lui-, même un besoin actuel du papier qu’on lui offre .exige une perte un peu plus forte pour se garantir de l’incertitude de la revente; ainsi le cours journalier se détermine de lui-même, à raison de ce qu’il y a plus d’offres ou plus de demandes de papier. Le papier perd davantage, lorsque tous ceux qui en avaient besoin étant pourvus, il en reste que personne ne demande, et dont les banquiers ne se chargent qu’à des prix qu’ils puissent regarder comme favorables. Lorsqu’au contraire il y a plus d 'argent offert que de papier yn vente, celui-ci regagne; les plus fortes variations arrivent quand les banquiers, ayant eux-mêmes des besoins dans rimoul’autTre sens , se mettent au nombre des vendeurs ou des acheteurs, et ne se contentent
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pas de se charger du res le que les compensations ordinaires n’ont pas absorbé.
Je dis que dans ces diverses circonstances le papier perd davantage ou regagne ; ce sont des expressions relatives, car d’ailleurs l’état des relations ordinaires des deux pays rend ordinairement l’un toujours débiteur envers l’autre : la perte du papier est toujours à peu près d’un même côté. Malgré les oscillations journalières en plus ou en moins, il est assez rare que cet état soit tellement fixé autour du pair, que les balancemens accidentels lassent alternativement perdre et gagner, absolument parlant, le papier d’une place sur l'autre; néanmoins , cela arrive aussi quelquefois.
Dans le langage du commerce, en notant le change journalier de chaque place, on exprime souvent, par les mots papier (ou lettres) et par opposition argent, le résultat de l’observation générale de la surabondance des offres ou des demandes d’un papier. Quand on marque papier pour tous les changes , c’est une preuve que la place, par quelque cause générale ou par le concours de plusieurs causes particulières, manque pour le moment de capitaux disponibles; alors le papier se vend mal ou ne se vend pas ; peu de gens ayant les moyens de le payer, et le plus grand nombre cherchant à en créer ou k vider ses portefeuilles pour faire ressource.
11. Il esta peine besoin de rappeler ici que le cours du chapge, dont nous parlons, n’est jamais que le taux moyen des négociations ou des offres. Celui que les agens de change indiquent n’oblige personne; et comme dans le prix l’acheteur a toujours égard au risque qu’il court en prenant le papier le plus solide , on entend bien que cette prime est nécessairement
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variable, suivant la solvabilité présumée des signatures qui garantissent une lettre de change. Du moins le cours reçu n’est que pour ceux dont le crédit est regardé comme su! fi animent établi , pour qu’on s’abstienne de les diviser en classes graduées , relativement à la somme pour laquelle on a occasion de se confier à eux. Ceux qui sont moins connus, ou dont la position est moins favorable, sont obligés d’abandonner une prime un peu plus forte pour faire prendre leur papier. Enfin, certaines maisons puissantes ont souvent la prétention , en vendant le leur, d’obtenir mieux que le cours. Parmi les motifs de choisir le papier, il y a pareillement des considérations propres à son état matérirl. On s’informe si le vendeur crée lui-même le papier qu’il vend , ou si c’est une revente d’effets qui aient circulé, parce que dans le dernier cas on a îles garanties de plus, celles des tireurs et des endosseurs précédens. Lorsque du papierà remettre au dehors est delongueéehéanee, iln’e^t pas indifférent qu’il soitsur un accepteur en grand crédit , non-seulement à cause de la garantie plus forte que donnera son acceptation , mais aussi pour être assuré que le papier trouvera A s’escompter facilement : car la signature d’un bon accepteur est la première condition pour obtenir l’escompte. Depuis qu’on a vu juger qn’il y a provision pour une lettre de change à domicile, 6ans (pie 1 argent ait jamais été au lieu où elle était payable (1), on exige un peu plus de perte pour de tels effets, puisqii’en cas d’aecidens qui retardent le protêt, ils font courir un risque de plus au porteur.
(i) Cour de Cassation, >4 févrieri8ia. S. la. i. i37, Voy Kt-tui. ch. vin. § i a.
DES BANQUIERS ET DES BANQUES, CH. ITT. 3,)5 Il y a des places , au reste , où l’on offre le papier sans rien désigner : il faut le prendre ou le laisser , sui: vant le cas que l’on fait de la signature du vendeur uniquement, et il ne se prêterait pas à donner d’avance des explications qu’il prendrait pour méfiance. Il y a d’autres places où ces explications sont d’habitude, et où, en conséquence, l’acheteur se croirait fondé à refuser tel effet où quelque circonstance matérielle blesserait ses convenances. Il n’y a point de règle écrite sur ces procédés; et la soumission à l'usage de la place doit toujours se sous-entendre dans les contrats non explicites qui s’y font.
III. Nous avons supposé ci-dessus le change entre deux places d’un même Etat, où la monnaie est partout la même ; ce change s’y exprime par une fraction relativement à 100. On marque i p. 100 de perte , ou 7 p. 100 de bénéfice , pour exprimer qu’une lettre de change de 100 fr. se vend 99 t ou bien 100 l. Quelquefois pour éviter les équivoques , si le mot bénéfice, ou perte, que l’on nomme aussi agio (1), venait à s’omettre, une fraction k la cote des changes s’entend uniquement pour marquer le bénéfice audessus du pair; la perte s’exprime en marquant le
(a) Le mot agio, dont on a fait agiotage et agioteur, et duquel on a souvent rapporté des étymologies bigarres, est purement italien comme tant d’autres , qu’on trouve dans le commerce et dans les arts. Il signifie aisance , commodité ; il exprime la facilité sur le prix que l’emprunteur fait au préteur, ou le vendeur à l'acheteur ; il signifie encore, en Italie, l’intérét de l'argent; et, probablement , on l’avait adopté pour déguiser cet intérêt prohibé par l’Eglise , sous l’apparence d’une facilité , d’une gratification que s’allouant les contractans dans le commerce : c’est dans le même sens qu’en Angleterre une prime que la douane aocorde en gratification se nomme une bonté.
prix entier. Ainsi t pour 100 signifie le prix (le 100 t; et 99 indique 1 pour 100 de perte; mais avec l’étranger, la mesure des valeurs n’est .plus la même: il ne suffit pas , pour payer l’une avec l’autre , d’ajouter ou de déduire une fraction ; il faut convenir d’un prix d’échange entre deiftt monnaies qui n’ont rien de pareil. Il a été bon dans l’usage, pour bien s’entendre, qu’entre ces deux monnaies, une quantité déterminée de l’une fût toujours prise pour base fixe du marché ; c’est comme l’aune ou la livre de poids d’une marchandise; l’autre monnaie est censée le prix : c’est le terme variable. Dans l’idiome des Cambistes , le premier est appelé le certain , le second, l3 incertain : ainsi on donne à Paris une quantité incertaine, c’est-à-dire variable de francs pour la ^quantité certaine , ou toujours fixe d’une livre sterling , d’une pistole de quatre piastres de huit réaux en Espagne , d’une piastre ( imaginaire ) de Gênes ou de Livourne, etc.; une quantité variable de francs pour cent marcs d’Hambourg , ou cent florins de Vienne , ou , ce qui est la même chose , de centimes pour un marc et pour un florin. On donne au contraire la quantité certaine de trois francs , pour une quantité incertaine, c’est-à-dire variable de dénient de gros de Hollande , ou de rées de Portugal.
C’est la coutume qui a mis la mesure certaine plutôt dans une monnaie que dans l’autre. Quelquefois les deux pays ne changent pas respectivement de la même manière^ et il faut traduire leur cours réciproque pour les comparer.
IV. On pourrait demander si un change étranger à un cours donné, perd ou gagne absolument parlant; et il semble bien simple, pour parvenir à la.
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solution de ce problème, de commencer par réduire les deux valeurs à une même expression, en déterminant par^xemple à combien de livres sterling? 100 fr. doivent répondre; on observerait ensuite de quelle fraction en perle ou en gain le change donné s’écarte de cette base.
Cette égalité , qu’il faudrait déterminer d’abord, es! bien ce qu’on appelle le pair du change; mais la matière a plus de difficultés qu’on n’en fait sentir dans les livres où il est beaucoup parlé de ce pair prétendu. On y enseigne que le change entre deux pays est au pair, quand , pour cent onces d’argent données dans l’un, <m a dans l’autre cettt onces de même titre et poids. Cela est dit pour faire Comprendre en gros ce que c’est que le change , et quelle est la cause des*variations dont on le voit affecté; mais , proprement , la notion est insuffisante et inexuete. Pour que ce pair fût réel , il faudrait , t° que cent onces d’argent eussent dans les deux pays exactement la même valeur, c’està-dire le pouvoir de procurer la même quantité de choses, ou de commander la mêmequantité de travail, si toutefois les choses ou le travail peuvent être exactement de pième valeur dans deux contrées différentes; 2° que les monnaies courantes eussent conservé tout leur poids légal , et que ce qui est donné dans un pays pour cent onces d’argent y pesât trèsexacteinent ce poids ; 3° que cet argent pût librement se transporter au dehors; car si l’on me donne eu Espagne ccnt onces d’argent qu’il m’est défendu d’emporter, je ne saurais les comparer a ve'c cent onces en France; et, en effet, on paye au dehors la valeur de cent piastres fortes à prendre en Espagne , d’où elles ne peuvent ordinairement sortirqu’en contrebande, 5à 10 p. iqo de moius que la même quantité de ces monnaies
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rencontrées en France; .enfin , une partie de l’Europe paye en papier-monnaie. En Portugal un payement se compose d’une portion en or et une portion en papier ; le pair, tiré de la valeur comparative des métaux, ne peut donc servir de mesure pour le change.
C’est comme ailleurs la masse habituelle des importations et des exportations respectives, et des opérations financières , si elles ont quelque mouvement régulier, qui établit non le pair du chahge, mais un cours qu’oripeul regarder comme moyen , et dont les variations avertissent quand et en quel sens les rapports sont hors de leur état naturel. Le pair absolu est une quantité inconnue, inutile k la pratique , et dont la recherche ne peut servir que dans des considérations générales d'économie politique. Quant au pair relatil’ au cours moyen, les banquiers habiles le connaissent et l’observent d’époque en époque, car ses élémens sont trop variables pour qu’il puisse persister pendant un long intervalle.
On trouve sur le change des notions, analogues dans tant de livres sur la théorie des lois, sur l’économie politique, et jusque dans ceux de jurisprudence, que j’ai espéré me faire pardonner celles que je place ici ; elles sont d’ailleurs nécessaires pour donner une idée du commerce des banquiers.
V. La marche des changes est donc pour eux un sujet d’étude journalière* et ce n’est pas seulement à l’occasion d’un payement ou d’un recouvrement dont on les charge, e’est pour en fairfe la matière de leurs spéculations spontanées. En effet, il leur est indiffé • rentd’envoyer leur argent à Londres ou en Italie, | onrvu qu’il en revienne eu leur rapportant un profit; il leur est égal de le faire retourner en lettres de change sur Paris, ou en effets sur tout autre pays, qui.
Tendus en France, puissent leur rendre quelque chose de plus que la remise directe. S’ils doivent au dehors, leur correspondance étant entre banquiers dont le métier est de se prêter réciproquement aux opérations de cette nature , arec la ressource de l'escompte, il est égal à leur créancier qu’ils lui envoient, pour lé terfrie convenu , des effets qui le dépassent; il lui est indifférent encore qu’ils lui remettent du papier sue le dehors à négocier; et celui <*i , l*ng ou court, se vendant sur la place, produit à 1 instant de l’argent; Le mandataire tient compte du produit au remettant, Sans s'embarrasser que ce produit donne perte ou gain* Souvent aussi, c’est un compte en participation, ou, COrtimé on dit plus communément , un compte à demi pour lequel des corre^pondansdedeux places diverses opèrent ensemble. Au lieu de prendre l’un surl’autre ün droit de provision, ils spéculent pour le bien com* mun, ét partagent le profit. On convient d’abord dé la somme qüe chucun devra tenir employée à eft compte, ou de celle que chacun aura droit d’y verser; 'Carquelquefois le premier bénéfice qu’on prévoit, c’est 1 intérêt qü'on retirera de la masse commune, pou* Jcs avances qu’on y aura faites. ApfèS cette précaution .Chacun adressé régulièrement à l’autre les papicM qu’il juge se vendre chez celui-ci plus cher qu’il ne IeS a Achetés. Lés opéràlions se succèdent et se croisent ■AnnS cesse ; elles se èompliquent quelquefois de toutes des combinaisons dfe traites, de remisés, d’envois d'effectif, que comporte le commerce de banque. Communément, èhacim répond h la société du papier qu’il y applique; mais en toute autre chose, il fimt s’en rapporter à la bonté des vues, au désintéressement ci à la fidélité dû correspondant.
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: Au moyen de ces opérations multipliées, c*est en grand , et sans attendre le besoin , que le banquier emploie ses fonds : son capital est toujours en mouvement, et il est dans la nécessité de le faire mouvoir sans cesse, car pour lui l'intérêt se confond avec le bénéfice; il achète autour de lui , ou fait acheter au loin, les effets qui lui paraissent le plus à bon marché , et par conséquent le plus susceptibles de hausserait* prix; car dans cette marchandise , comme dans toutes les autres, le haut prix lait survenir de partout des approvisionnemens, que la baisse ne manque pas de suivre quand les besoins ont été remplis; celte baisse prévient et détourne de nouveaux renforts : peu à peu la quantité surabondante s’écoule , et la rareté reconduit à l’augmentation ; le banquier habile spécule sur ces alternatives ; il observe les causes extraordinaires qui en dérangent les oscillations ; il combine l’etfet des affaires courantes avec celui des opérations financières des divers gouvernemens. Celui qui prévoit et juge le mieux sans se méprendre, s’exagérer, ni s’opiniâtrer , qui sait agir immédiatement en sens contraire, si quelque circonstance contredit ses premiers calculs ; celui qui opère avec assez d’activité pour devancer les autres dans une voie où le vulgaire, poussé par l’exemple, arrive trop tard età contre-temps , celui-là est le banquier par excellence, et certes il lui faut plus que de la routine. ]1 y a de quoi employer dans ce métier autant de sagacité que dans des études plus savantes ou dans des professions plus distinguées; quoique le hasard des circonstances y ait donné quelquefois, , et comme ailleurs , de grands, succès à des hommes médiocres. On demande parfois à quoi les banquiers sont utiles.
DES BANQUIERS ET DES BANQUES, CH. III. 4oi si ce n’est à eux- mêmes : ils ne créent rien , ils ne produisent point, et les écrivains exagérés qui ont outré la doctrine des sages économistes , ne manquaient pas de ranger les banquiers après les voituriers . parce que , parmi ces serviteurs du commerce, ceux-ci rendent un service matériel plus incontestable. On doit en juger autrement : ce que le commerce est pour l’agriculture et pour les manufactures, ce canal , ouvert à leurs produits , sans lequel chacun ne songerait à créer qu’à proportion de ses propres besoins, les banquiers le sont pour le commerce, de proche en proche pour toute industrie, et enfin pour la circulation publique. Leur intervention fait trouver à chacun, au moment nécessaire, le plus indispensable des iustrumens et des approvisionnemens, je ne dis pas seulement les pièces d’argent, mais plus généralement les capitaux disponibles; cest elle seule, quelquefois, sans que le particulier s en aperçoive, qui lui fait trouver l’emploi et le revenu des capitaux qu’il a de libres. On ne manque pas de dire que tout ce service le banquier ne le rend que pour y trouver son profit ; il en est de même de toutes les professions privées les plus utiles, et l’on sait encore ce qu’un sage misanthrope répondait à un ambassadeur : et vous , monseigneur , pourquoi chiffrez-vous ?
Peut-etre quelques habitudes de luxe, prises dans une époque de désordre , et déjà très-honorablement modifiées, ont excité 1 envie, surtout dans un temps où l’on ne souffrait encore aucune autre distinction apparente parmi les citoyens. Il y a vingt-ans qu’on affichait la vente ou le loyer d’un hôtel magnifique en ces termes : propre d un ambassadeur étranger , «• . 36
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vu à un banquier. Ce ridicule a fini ; nous avons des citoyens considérables qui font un honorable emploi il’uue partie de leurs profits 5 qui , sans négliger l’accroissement du capital , vivent avec l’aisance à laquelle ils ont tant de droits; mais quoiqu’ils soient toujours les premiers à concourir aux institutions bienfaisantes, et qu’ils ne soient ni étrangers ni inutiles aux sciences et aux lettres, dont il leur est bien permis sans doute de sentir les charmes et le prix, la France peut être sans crainte: nous n’avons point de Médicis. . v ,
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