DISPOS. ET OBLIGAT. GÉNÉRALES, CH. IV
s’ils ne sont pas absolument prescrits, ils ne sont pas moins nécessaires, et d’abord nul négociant ne peut se passer d’un grand-livre que les Italiens appellent le maître-livre. C’est un registre de comptes courans, où chaque débiteur ou créancier a le sien, lequel réunit et oppose, comme nous l’avons déjà indiqué , toutes les parties à sa charge et à sa décharge. Il contient un compte semblable pour chaque partie du capital; car la caisse, le magasin, le portefeuille, peuvent être considérés comme autant de dépositaires ou de débiteurs qui doivent les valeurs qu’on leur confie, et qu’on doit décharger de celles qu’on en retire. Enfin, il y a un compte de profits et pertes où se portent respectivement les gains ou les pertes résultant de l’arrêté de chacun des autres comptes ; et quand ou arrête celui-ci, le reliquat va augmenter ou diminuer le capital primitif ou compte de fonds. Tous ces comptes sont liés dans le système ditdes écritures en parties doubles , parce qu’en effet, contenant tout l’actif et tout le passif dans leurs divisions respectives, il ne se peut porter un article à un compte, qu’il ne faille en passer un correspondant quelque autre part. Le débiteur qui paye doit être déchargé, mais la caisse qui reçoit doit être chargée. Ainsi le résultat est le même dans le résumé de l’actif général , mais il y a eu un changement corrélatif dans les valeurs de deux de ses branches. Le compte d’une marchandise était chargé (ou débiteur) de ce qu’elle avait coûté; k sa vente, ce compte est. déchargé de son prix à la charge de la caisse qui l’a reçu, ou à la charge du compte de l’aclieleur. s’il en doit encore la valeur. Mais si la vente a excédé le coût, il reste sur le compte de la marchandise
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vendue, un excédant de valeur qui est le bénéfice, et qui se solde en le transportant au compte général des profits. Ce reliquat en sens contraire, s’il y avait déficit , serait transporté du côté des pertes. Enfin , le compte de profits et pertes s’arrêtant à des époques fixes, il est balancé et clôturé comme les autres par le transport, au compte de capital , du reliquat qu’il présente , toute compensation faite. Tel est ce système des parties doubles : il présente exactement une équation où sont mis en balance , d’un côté les effets et les créances du négociant, de l’autre ses dettes passives et son fonds capital; car il est évident que son capital , ou ce qui est à lui dans les fonds qu’il manie, c’est le montant des valeurs et créances actives qu’il tient en main, déduction faite du passif dont il est débiteur. A chaque opération, l’égalité reste toujours entretenue, par des transformations successives, soit qu’elles augmentent ou diminuent d’une même quantité les deux branches de l’équation, soit que, dans une des branches, elles augmentent un de ses termes et en diminuent un autre. Ces termes sont les différons comptes ouverts. C’est en déduisant les quantités négatives des quantités positives présentées par leurs côtés respectifs, que le négociant reconnaît chaque jour sa position à l’égard de chacun de ces comptes. Son bilan n'est que l’équation réduite à l’expression la plus simple de chaque terme ; le résultat en est toujours la balance entre les valeurs et créances actives d’une part, de l’autre, les dettes passives, plus le capital qui reste au commerçant, et le capital est sa mise primitive plus scs gains , ou moins ses perles (i).
(i) Supposez un commerçant dont nous appellerons le fonds /, 5;
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Ce mode ingénieux a de nombreux avantages. Un compte y sert de contrôle à l'autre. Fonde sur ce que rien n’a pu entrer dans la caisse sans éteindre une créance active , sans être le prix d’une valeur aliénée , ou sans correspondre à un profit et réciproquement, tout article passé au débit doit avoir son correspondant dans le crédit; ce qui rend la vérification aisée , et exclut les erreurs. Chaque jour, le commerçant est en état de se rendre un compte détaillé de sa situation avec chaque correspondant, mais surtout avec lui -même, d’observer quelle branche de son commerce donne du profit ou de la perte , quelles parties chôment ; et non - seulement s’il gagne, mais où passent , où doivent se trouver réalisés les profits ;
ses valeurs actives, ou ses debiteurs, que pour la commodité de la démonstration nous réunirons en un seul compte , seront supposés iao, sur quoi ses débiteurs lui auront payé à compte 3a. Scs créanciers, réunis de même, auront 70 notés en leur faveur; mais il leur aura payé en compensation 28. Les bénéfices résultant des comptes déjà soldés auront été 5, et les pertes 4- Son grand-livre sera comme suit :
Débiteurs.
Créanciers.
Capital.
Projits et Pertes.
Débit.
Crédit.
Débit.
Crédit.
Débit. Crédit.
Débit.
Crédit
Donnez le signe positif à tout le Débit, et le négatif au Crédit, et vous aurez tao — 3a -f- 28 — 70 — 45-1-4 — 5 = o : c’est l’état journalier du livre.
On en déduit (actif) 88; — (passif) 42 n 46; (capital augmenté de 1 , bénéfice net) : c’est le bilan. On remarque que, dans la première équation , le capital se présente comme une quantité négative : le commerçant , comme capitaliste , joue en effet le rôle d’un créancier pour la mise qu’il confie à son commerce ; quand il la reprendra, et toutes compensations faites, tous les termes s’évanouiront, et c’est ce qui est représenté par le zéro de la première formule. Dans la seconde, le capital transporté à l’autre membre y est positif, et balance l’actif, le passif en étant déduit.
2ÏÏ2 ■ LITRE TROISIÈME,
ce qui prévient beaucoup de calculs imaginaires. Il est rare que les maisons de commerce dont on voit la chute n’aient pas leurs écritures en désordre ou en retard. D’après l’idée que nous en donnons , chacun peut voir que ce désordre est non -seulement un symptôme , mais une cause très-réelle de confusion et de décadence : car , comment peut-on se régler sur son état, si l’on en perd de vue les élémens certains?
L’obligation d’avoir ses écritures en ordre jour par jour est donc très-justement placée dans la loi.
Les articles portés au grand-livre étant extraits du livre-journal , celui-ci est rédigé dans la forme relative à l’ordre des parties doubles. L’expression ordinaire, tel compte doit à tel autre , est celle qui indique la corrélation expliquée ci-dessus. Pierre doit à caisse telle somme ne signifie pas que Pierre soit absolument débiteur , mais seulement qu’une somme lui a été payée, dont son compte doit être chargé et la caisse déchargée ; en sorte que l’article ne dénote f ju’un payement , soit qu’il s’agisse d’une créance contractée sur Pierre , ou d’une libération s’il était créancier.
IX. Les autres livres , plus ou moins multipliés suivant le système de chacun , non - seulement facilitent l’ordre et la marche des recherches, mais encore ils servent de pièces justificatives à l’appui du journal où tout est ramené, mais qui présente chaque affaire en peu de mots; tandis que les livres auxiliaires en contiennent les détails , et quelquefois renferment figurativement l’état des titres et effets-
Le premier de ces livres est celui de la caisse : c’est à la fois un procès verbal de toute la recette et de la dépense, et uu compte courant , un état de situa-