I. - C0NFUCIU
Confucius, ou RoDg-fou-tseu, né Tan 551 avant Jésus-Christ, mourut ▼ers 479. Fils d'un gouverneur de province, il descendait d'une famille d'où sortit la dynastie des Chang, et qui avait donné à la Chine son premier législateur. Marié à dix-neuf ans, il fut chargé d'une surveillance générale sur les campagnes et l'agriculture. Après les obsèques de sa mère, il se condamna à un deuil solitaire de trois années. Pendant cette retraite, 11 réfléchit sur les lois de la morale, et étudia les traditions des sages. Il parcourut ensuite les diverses parties de l'empire, et forma dans l'espace de dix ans plus de trois mille disciples, la plupart lettrés, mandarins, gouverneurs, officiers militaires, qui propagèrent sa parole. Elevé à la magistrature suprême de la justice, il signala son ministère par l'exécution d'un grand personnage auquel son crédit et ses richesses assuraient l'impunité. Les courtisans finirent par faire bannir le philosophe, qui erra longtemps de pays en pays, tantôt admiré, tantôt persécuté. A soixante-huit ans il rentra dans sa patrie, oîi il mit la dernière main à ses ouvrages. Il composa le Chou king^ traité de morale et de politique en exemples, où il règle les relations de souverain et de sujets, de père et d'enfants, d'époux et d'épouse. Ce livre a été traduit en français par le P. Gaubil, Paris, 1770, in-4. Le Ta-hio (la Grande science) et le Tchoung^young (l'Invariable milieu) sont des recueils de préceptes moraux où la sagesse est ramenée à la modération. Le Tchoung-young a été publié en chinois, avec trad. latine et frmçaise. par Abel Rémusat, 1817, iQ4; le Ta-hio, par M. Pauthier, en 1837, in-8.
Portrait du Philosophe.
Le Philosophe (Confucius) était complètement exempt de quatre choses. Il était sans amour-propre, sans préjugés, sans obstination et sans égoïsme.
Le Philosophe était d'un abord aimable et prévenant : sa gravité sans raideur et la dignité de son maintien inspiraient du respect sans contrainte... Que ses manières étaient douces et persuasives! Que son air était aôable et prévenant ! Il était d'un naturel tendre et aimant.
Quand le Philosophe se trouvait à table avec une personne qui éprouvait du chagrin de la perte de quelqu'un, il ne pouvait manger pour satisfaire son appétit.
Ses paroles sont modestes : « Je commente, dit-il, j'éclaircis les anciens ouvrages, mais je n'en compose pas de nouveaux. J'ai foi dans les anciens et je les aime... Je ne naquis point doué de la
14 LfiS ANCIENS PEUPLES.
science. Je suis un homme qui a aimé les anciens, et qui a fait tous ses efforts pour acquérir leurs connaissances (i). »
a Faire des actions extraordinaires qui paraissent en dehors de la nature humaine, opérer des prodiges pour se procurer des admirateurs et des sectateurs dans les siècles à venir, voilà ce que je ne voudrais pas faire (2). »
« Vous mes disciples, tous tant que vous êtes, croyez-vous que j'aie pour vous des doctrines cachées ? Je n'ai point de doctrines cachées pour vous (3). »
ftlupériorité des vertuB morales sur le» rite*
rellgfieux*
<c Préparez d'abord le fond du tableau pour y appliquer ensuite les couleurs. » Tseu-hia lui demanda : « Les lois du rituel sont donc secondaires? » Le^Philosophe répondit: c Vous avez saisi ma pensée (4). »
(( En fait de rites, une stricte économie est préférable à l'extravagance ; en fait de cérémonies funèbres, une douleur silencieuse est préférable à une pompe vaine et stérile (5). »
Le Philosophe étant malade, Tseu-lou le pria de permettre à ses disciples d'adresser pour lui leurs prières aux esprits et aux génies. Le Philosophe dit : — Mais cela convient-il ? — Tseu-lou répondit avec respect : — Cela convient. Il est dit dans le livre intitulé Houëi : « Adressez vos prières aux esprits et aux génies d'en haut et d'en bas (du ciel et de la terre). » Le Philosophe répondit : La prière de Kieou [c'est le nom qu'il se donnait à lui-même] est permanente (6). »
Kilou demanda comment il fallait servir les esprits et les génies. Le Philosophe dit : « Quand on n'est pas encore en état de servir les hommes, comment pourrait-on servir les esprits et les génies ?» — « Permettez-moi, ajouta Kilou, que j'ose vous demander ce que c'est que la mort. » Le Philosophe dit : « Quand on ne sait pas encore ce que c'est que la vie, comment pourrait-on connaître la mort (7) ? »