I. — La tyrannie
i7ae seule chose est à dire, en laquelle je ne sais comme nature t aux hommes pour la désirer : c*est laliberté, qui est toutefois
bien si grand et si plaisant, que, elle perdue, tous les maux t à la file, et les biens mêmes qui demeurent après elle kdent entièrement leur goût et leur saveur, corrompus par la i^tude : la seule liberté, les hommes ne la désirent point, non Ml pour autre raison, ce me semble, sinon pour que, s'ils la (liraient, ils l'auraient ; comme s'ils refusaient faire ce bel {uet, seulement parce qu'il est trop aisé, ouvres gens et misérables, peuples insensés, nations opiniâtres ' votre mal, et aveugles en votre bien, vous vous laissez emporter f^int TOUS le plus beau et le plus clair de votre revenu, piller «9 champs, voler vos maisons, et les dépouiller des meubles ïtàBQB et paternels I Vous vivez de sorte qne vous pouvez dire le lien n'est à vous ; et semblerait que meshuy ce vous serait hmd heur, de tenir à moitié vos biens, vos familles et vos vies ; lout ce dégât, ce malheur, cette ruine, vous vient, non pas des baemis, mais bien certes de l'ennemi, et de celui que vous faites ' grand qu'il est, pour lequel vous allez si courageusement à la ■Lerre, pour la grandeur duquel vous ne refusez point de pré- Mer à la mort vos personnes. Celui qui vous maîtrise tant n'a ^ deux yeux, n'a que deux mains, n*a qu'un corps, et n*a autre ^oie que ce qu'a le moindre homme du grand nombre infini de
VOS villes ; sinon qu'il a plus que vous tous, c'est Tavantage ^ vous lui faites pour vous détruire. D'où a-t-il pris tant d'youz d'oj vous épie-t-il, si vous ne les lui donnez? Comment a-t-il tantdi mains pour vous frapper, s'il ne les prend de vous ? Les pieds àm il foule vos cités, d'où les a-t-il, s'ils ne sont des vôtres? Gommenl a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous autres mêmes! Gomment vous oserait-il courir sus, s'il n'avait intelligence avei vous? Que vous pourrait-il faire, si vous n'étiez recéleois^f larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue, é traîtres de vous-mêmes? Vous semez vos fruits, afin quiloi fusse le dégât; vous meublez et vous remplissez vos maisons, pon fournir à ses voleries; vous nourrissez vos filles, aflnqu'ilaità quoi soûler sa luxure ; vous nourrissez vos enfants, afin qu'ilhi m(>i)e, pour le mieux qu'il fasse, en ses guerres, qu'il les mèa h la boucherie, qu'il les fasse les ministres de ses convoitisai lus exécuteurs de ses vengeances ; vous rompez à la peine m pursonnes, afin qu'il se puisse mignarder en ses délices, et vuutrer dans les sales et vilains plaisirs ; vous vous afiai afin de le faire plus fort et roide à vous tenir plus courte labridii ot de tant d'indignités, que les bêtes mêmes ou ne senti point, ou n'endureraient point, vous pouvez vous en déli •i vous essayez non pas de vous en délivrer, mais seul de le vouloir faire. Soyez résolus de ne servir plus, et vous libres. Je ne veux pas que vous le poussiez, ni le branliez ; seulement ne le soutenez plus ; et vous le verrez, comme grand colosse à qui on a dérobé la base, de son poids m fondre en bas, et se rompre.
S'il y a rien de clair et d'apparent en la nature, et en quoi il ne soit pas permis de faire l'aveugle, c'est cela : que nature, li ministre de Dieu et la gouvernante des hommes, nous a tooi faits de même forme, et comme il semble, à même moule, afin^ nous entreconnaitre tous pour compagnons, ou plutôt frères..
Puis donc que cette bonne mère nous a donné à tous figures même pâte, afin que chacun se puisse mirer et quasi recono Tim dans l'autre; si elle nous a à tous en commun donné grand présent de la voix et de la parole, pour nous accointer fraterniser davantage, et faire, par la coutume et mutuelle d ration de nos pensées, une communion de nos volontés ; et si a tâché par tous moyens de serrer et étreindre plus fort le nœudit notre alliance et société ; si elle a montré, en toutes choses, qu'el^ ""oulait tant nous faire tous imis, que tous uns : ilneâtt*