V. — L*idée de Tinfini ne peut aTOir son objet en nous
Mais peut-être aussi que je suis quelque chose de plus que je ne m'imagine, et que toutes les perfections que j'attribue à la nature d'un Dieu sont en quelque façon en moi en puissance, quoiqu'elles ne se produisent pas encore et ne se fassent point
1. Cf. Méditations. « C'est une chose manifeste par la lumière naturelle qu'il doit y avoir au moins autant de réalité dans la cause efficiente et totale que dans son effet... L'idée de la pierre ne peut pas être en moi, si elle n'y a été mise par quelque cause oui contienne en soi |>our le moins autant de réalité que j'en conçois dans la pierre ; car si nous supposons qu'il se trouve quelque chose dans une idée qui ne se rencontre pas dans sa cause, il faut donc qu'elle tienne cela du néant. Mais enfin que conclurai-je de tout cela ? c'est à savoir que, si la réalité oa perfection objective de quelqu'une de mes idées est telle que je reconnaisse clairement que cette même réalité ou perfection n'est point en moi, ni formellement ni éminemment, et que, par conséquent, je ne poiF en être la cause, il suit nécessairement de là que je ne suis pas seul dans le monde, mais qu'il y a encore quelque autre chose qui existe, et qui est la cause de cette idée...
Or, entre toutes les idées qui sont en moi, outre celle qui me représente à moi-même, il y en a une autre qui me représente un Dieu, d'autres des choses corporelles et inanimées, d'autres des anges, d'autres des animaux, et d'autres enfin, qui me représentent des hommes semblables à moi. Mais pour ce qui regarde les idées qui me représentent d'autres hommes, ou des animaux, ou des anges, je conçois facilement qu'elles peuvent être formées par le mélange et la composition des autres idées. Et pour ce qui regarde les idées corporelles, je n'y reconnais rien de si grand ni de si excellent qui ne me semble pouvoir venir de moi-même. Partant il ne reste que la seule idée de Dieu, dans laquelle il faut considérer s'il y a quelque chose qui n'ait pu venir de moi-même. Par le nom de Dieu, j entends une substance infinie, éternelle, immuable, indépendante, t^iUte-connaissante, toute-puissante, et par laquelle moi-même et toutes \m choses qui sont (s'il est vrai qu'il y en ait qui existent), ont été créées «;t produites. Or, ces avantages sont si grands et si émments que, plus Aiti$ritivement Je les considère, et moins ie me persuade <|ue l'idée qoe j*<;n aï puisse tirer son origine de moi seul. Et, par conséquent, il fout tUitt/tm^iTiiïïiftni conclure de tout ce que j'ai dit auparavant que Dieo H%\%\A \ car encore que l'idée de la substance soit en moi de cela même i\m\iii %m% une substance, ie n'aurais pas néanmoins l'idée d'une substance ïniUiii^^ moi qui suis un être fini, si elle n'avait été mise en moi par I iubf tance qui fût véritablement infinie, d Méditatiim III.
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paraître, par leurs actions. Eu efiet, j'expérimente déjà que ma coimaissance s'augmente et se perfectionne peu à peu ; et je ne Tois rien qui puisse empêcher qu'elle ne s'augmente ainsi de plus en plus jusqu'à l'infini^ ni aussi pourquoi, étant ainsi accrue et perfectionnée, je ne pourrais pas acquérir par son moyen toutes les autres perfections de la nature divine, ni enfin pourquoi la puissance que j'ai pour l'acquisition de ces perfections, s'il est vrai qu'elle soit maintenant en moi, ne serait pas suffisante pour en produire les idées. Toutefois, en y regardant un peu de près, je reconnais que cela ne peut être ; car premièlement, encore qu'il fût vrai que ma connaissance acquit tous les jours de nouveaux degrés de perfection, et qu'il y eût en ma nature beaucoup de choses en puissance qui n'y sont pas encore actuellement, toutefois ces avantages n'appartiennent et n'appiochent, en aucune sorte, de l'idée que j'ai de la divinité, dans laquelle rien ne se rencontre seulement en puissance ; mais tout y est actuellement et en efiet. Et même n'est-ce pas un argument infaillible et très-certain d'imperfection en ma connaissance, de ce qu'elle s'accroît peu à peu et qu'elle s'augmente par degiés? De plus, encore que ma connaissance s'augmentât de lias en plus, néanmoins je ne laisse pas de concevoir qu'elle ne Nuirait être actuellement infinie, puisqu'elle n'arrivera jamais à un si haut point de perfection qu'elle ne soit encore capable d'acquérir quelque grand accroissement. Mais je conçois Dieu actuel- ' lement infini en un si haut degré qu'il ne se peut rien ajouter à la souveraine perfection qu'il possède. Descartes. Méditation III.