VI. — Différence de Tinfini et de rindéfinî
Nous ne nous embarrasserons jamais dans les disputes de l'in- Ini; d'autant qu'il serait ridicule que nous, qui sommes fini, entreprissions d'en déterminer quelque chose, et par ce moyen le supposer fini, en tâchant de le comprendre ; c'est pourquoi nous ne nous soucierons pas de répondre à ceux qui demandent âla moitié d'une ligne infinie est infinie, et si le nombre infini ^ pair ou non pair, et autres choses semblables, à cause qu'il n*f a que ceux qui s'imaginent que leur esprit est infini qui semblent devoir examiner telles difficultés. Et pour nous, en ^ant des choses dans lesquelles, selon certains sens, nous ne iMQarquons point de limites, nous n'assurerons pas pour cela <pi'elles soient infinies, mais nous les estimerons seulement in-
définies. Ainsi, parce que nous ne saurions imaginer une étendod si grande que nous ne concevions en même temps qu'ilV en peut avoir une plus grande, nous dirons que l'étendue des choses possibles est indéfinie ; et parce qu*on ne saurait diviser un corpe en des parties si petites que chacune de ces parties ne puisse être divisée en d'autres plus petites, nous penserons que la quantité peut être divisée en des parties dont le nombre est indéfini ; et parce que nous ne saurions imaginer tant d'étoiles que Dieu n'en puisse créer davantage, nous supposerons que leur nombre est indéfini, et ainsi du reste.
Et nous appellerons ces choses indéfinies plutôt qulnfinies, afin de réserver à Dieu seul le nom d'infini ; tant à cause que nous ne remarquons point de bornes en ses perfections^ comme aussi à cause que nous sommes très-assurés qu'il n'y en peut avoir. Descàrtes. PrindpeSj I, 26.
VII. — Preuve ontologique de l'existence de Dieu par son idée.
Si de cela seul que je puis tirer de ma pensée l'idée de quelque chose, il s'ensuit que tout ce que je reconnais clairement et dis* tinctement appartenir à cette chose lui appartient en efiet, ne puis-je pas tirer de ceci un argument et une preuve démonstrative de l'existence de Dieu ? Il est certain que je ne trouve pas moins en moi son idée, c'est-à-dire l'idée d'un être souveraine^ ment parfait, que celle de quelque figure ou de quelque nombre que ce soit : et je ne connais pas moins clairement et distinctement qu'une actuelle et éternelle existence appartient à sa nature, que je connais que tout ce que je puis démontrer de quelque figure ou de quelque nombre appartient véritablement à la nature de cette figure ou de ce nombre; et partant, encore que tout ce que j'ai conclu dans les méditations précédentes ne se trouTât point véritable, l'existence de Dieu devrait passer en mon esprit au moins pour aussi certaine que j'ai estimé jusques ici toutes les vérités mathématiques, qui ne regardent que les nombres et les figures : bien qu'à la vérité cela ne paraisse pas d'abord entièrement manifeste, mais semble avoir quelque apparence de sophisme. Car ayant accoutumé dans toutes les autres choses de faire distinction entre l'existence et l'essence, je me persuade aisément que l'existence peut être séparée de l'essence de Dieu, et qu'ainsi on peut concevoir Dieu comme n'étant pas actuellement. Hais néanmoins, lorsque j'y pense avec plus d'attention, je
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troave manifestement que rezisteace ne peut non plus être séparée de Tessence de Dieu^ que de l'essence d'un triangle rectiligne la grandeur de ses trois angles égaux à deux droits, ou bien de ridée d'une montagne l'idée d'une vallée; en sorte qu'il n'y a pas moifis de répugnance de concevoir un Dieu, c'est-à-dire un être souverainement parfait, auquel manque Texisience, c'est-à*dire auquel manque quelque perfection, que de concevoir une montagne qui n'ait pas de vallée* Dbscartks. Médiiation lU.
Vin. — L'idée de Tinfini est distincte, quoique incompréhensible.
' Cette idée d'un être souverainement parfait est très-vraie; car encore qiie peut-être l'on puisse feindre qu'un tel être n'existe point, on ne peut pas feindre néanmoins que son idée ne me représente rien de réel, comme j'ai tantôt dit de l'idée du froid. Elle «st aussi fort claire et fortdistincte, puisque tout ce que mon esprit conçoit clairement et distinctement de réel et «de vrai, ^t qui contient en soi quelque perfection, est contenu et renfermé tou!t entier dans cette idée. Et ceci ne laisse pas d*àtre vrai, en- 'Oere que jeneoomprenne pas l'inâjii, tA qu'il se rencon4a:e en S^a une infinité de choses que je ne puis oomparendre, ni peut- Stre aussi atteindre aucunement de la pensée ; car il est de la nattiredePînfini, que moi <qui suis fini et borné ne le puisse eemprendre ; «et il suffit que j'entende bien cela et que }e juge q«e tontes les choses que je conçois dairesnent, ^ dans lesquelles je sais qn^il y a quelques perfections, et peut-être aussi une infinité d'autres que j'ignore, sont en Dieu formellement et êmineimment, afin que l'idée que j'en ai soit la plus vraie, la plus daire et la plus distincte de tontes celles qui sont en mon esprit.
Dbscabtes. MédikUion IlL