‹ Extraits des grands philosophesChapitre 123 sur 331 · II. — Les exlrèmes · texte numérisé non relu

II. — Les exlrèmes

intelligence tient dans Tordre des choses intelligibles le mg que notre corps dans Tétendue de la nature. s en tous genres, cet état qui tient le milieu des deux ex* e trouve en toutes nos puissances, ms n'aperçoivent rien d'extrême. Trop de bruit nous astrop de lumière éblouit ; trop de distance et trop de pro* mpêche la vue ; trop de longueur et trop de brièveté du Tobscurcit ; trop de vérité nous étonne : j'en sais qui ne comprendre que qui de zéro ôte 4 reste zéro. Les preîncipes ont trop d'évidence pour nous. Trop de plaisirs ode. Trop de consonnances déplaisent dans la musique ; te bienfaits irritent : nous voulons avoir de quoi surpayer : Bénéficia eo usque lœta sunt dum videntur exsolvi M muUum antevenere, pro gratta odium redditur. ne sentons ni l'extrême chaud, ni l'extrême froid. Les excessives nous sont ennemies, et non pas sensibles ; les sentons plus, nous les souffrons. Trop de jeunesse et vieillesse empêchent l'esprit ; trop et trop peu d'instruc- !nôn les choses extrêmes sont pour nous comme si elles t point, et nous ne sommes point à leur égard : elles lappent, ou nous à elles.

notre état véritable. C'est ce qui nous rend incapables de 3rtainement et d'ignorer absolument. Nous voguons sur m vaste, toujours incertains et flottants, poussés d'un *s l'autre. Quelque terme où nous pensions nous attacher affermir, il branle et nous quitte ; et si nous le suivons, >pe à nos prises, nous glisse et fuit d'une fuite éternelle, s'arrête pour nous. C'est l'état qui nous est naturel, et 1 le plus contraire à notre inclination : nous brûlons de trouver une assiette ferme et une dernière base oon- K>ur y édifier une tour qui s'élève à l'infini ; mais tout [idement craque, et la terre s'ouvre jusqu'aux abîmes, étant bien compris, je crois qu'on se tiendra en repos, dans l'état où la nature Ta placé. Ce milieu qui nous est partage étant toujours distant des extrêmes, qulmporte mme ait un peu plus d'intelligence des choses ? S il en a, end un peu de plus haut. N'est-il pas toujours infiniment du bout, et la durée de notre vie n'est-elle pas également ent éloignée de Téternité, pour durer dix ans davantage ?

m. — Condition humaine.

Qu'on slmagine un nombre d'hommes dans les chaînes, ettiNi condamnés à la mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à ■ ▼ue des autres, ceux qui restent voient leur propre conditiÉl dans celle de leurs semblables, et, se regardant les uns les nm. très avec douleur et sans espérance, attendent leur tour : c^aill l'image de la condition des hommes.

Quand je considère la petite durée de ma vie, absorbée dans! ternité précédant et suivant ; le petit espace que je rémois, même que je vois, abîmé dans l'infinie immensité des que j'ignore et qui m'ignorent ; je m'efiraie, et m'étonne de ici plutôt que là ; car il n'y a point de raison pourquoi ici j^ot que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Qui m'y a mis? Pordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a-t-il été à moi ? — Memoria hospUis uniiLS diei prœtereuntis.

Combien de royaumes nous ignorent !

Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie.

rV. — Sar les preuves de l'existence de Dieu.

J'admire avec quelle hardiesse ces personnes entreprennent A parler de Dieu, en adressant leurs discours aux impies. Lam premier chapitre est de prouver la divinité par les ouvrages de 11 nature. Je ne m'étonnerais pas de leur entreprise s'ils leurs discours aux fidèles, car il est certain que ceux qui ont vive dans le cœur voient incontinent que tout ce qui est n'esta chose que l'ouvrage du Dieu qu'ils adorent.Hais pour ceux eai cette lumière est éteinte, et dans lesquels on a dessein de la revivre, ces personnes destituées de foi et de grâce qui rechei de toute leur lumière, leur dire qu'ils n'ont qu'à voir la des choses qui les environnent, et qu'ils verront Dieu à vert, et leur donner, pour toute preuve de ce grand et h tant sujet, le cours de la lune ou des planètes, et prétendre achevé sa preuve avec un tel discours, c'est leur donner suj croire que les preuves de notre religion sont bien faibles, al vois par la raison et par expérience que lien n'est plus pn^iv leur en faire naître le mépris.

Lthéisme, marque de force d'esprit, mais jusqu'à un certain ITé seulement...

Les preuves de Dieu métaphysiques sont. si éloignées du raimement des hommes, et si impliquées, qu'elles frappent peu ; quand cela servirait à quelques-uns, ce ne serait que pendant tstant qu'ils voient cette démonstration, mais une heure après craignent de s'être trompés.

ît c'est pourquoi je n'entreprendrai pas ici de prouver par des sons naturelles, ou l'existence de Dieu, ou la Trinité, ou Tim- »rtalité de l'âme, ni aucune des choses de cette nature ; nonilement parce que je ne me sentirais pas assez fort pour trour dans la nature de quoi convaincre des athées endurcis, mais isore parce que cette connaissance, sans Jésus-Christ, est inu* i et stérile. Quand un homme serait persuadé que les propor- QS des nombres sont des vérités immatérielles, éternelles, et }endantes d'une première vérité en qui elles subsistent, et 'on appelle Dieu, je ne le trouverais pas beaucoup plus avancé ar son salut.

Test une chose admirable que jamais auteur canonique ne st servi de la nature pour prouver Dieu. Tous tendent à le faire )ire : David, Salomon, etc., jamais n'ont dit : Il n'y a point de le, donc il y a un Dieu. Il fallait qu'ils fussent plus habiles que I plus habiles gens qui sont venus depuis, qui s'en sont tous rvis. Gela est très-considérable.

— La croyance en Oieu, objet d*un pari fondé sur le calcul des probabilités.

S*il y a un Dieu, il est infiniment incompréhensible, puisque, ayant ni parties ni bornes, il n'a nul rapport à nous : nous mimes donc incapables de connaître ni ce qu'il est, ni s'il est. tétant, qui osera entreprendre de résoudre cette question? ^ n'est pas nous, qui n'avons aucun rapport à lui. ^e blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix ; levons n'en savez rien. — Non ; mais je les blâmerai d'avoir ^ Don ce choix, mais un choix ; car encore que celui qui ^d croix et l'autre soient en pareille faute, ils sont tous deux ^&ute : le juste est de ne point parier. ■^ Oui, mais il faut parier : cela n'est pas volontaire, vous êtes ïbarqué. Lequel prendrez vous donc? Voyons, puisqu'il faut iisir, voyons ce qui vous int^esse le moins. Vous avez deux ises à perdre, le vrai et le bien ; et deux choses à engager.

votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre tude ; et votre nature a deux choses à fuir, l'erreur et la ] Votre raison n'est pas plus blessée, puisqu^il faut nécessai choisir, en choisissant l'un que l'autre. Voilà un poini mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en ] croix, que Dieu est. Estimons ces deux cas: si vous { vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien, donc qu'il est, sans hésiter. — Gela est admirable : oui, gager ; mais je gage peut-être trop. — Voyons. Puisqi pareil hasard de gain et de perte, si vous n'aviez qu'à deux vies pour une, vous pourriez encore gager. Mais s avait trois à gagner, il faudrait jouer (puisque vous êtes nécessité de jouer), et vous seriez imprudent, lorsque vc forcé à jouer, de ne pas hasarder votre vie pour en gagm à un jeu où il y a pareil hasard de perte et de gain. Mais une éternité de vie et de bonheur. Et cela étant, quand il j une infinité de hasards dont un seul serait pour vous, voui encore raison de gager un pour avoir deux, et vous agi mauvais sens, étant obUgé à jouer, de refuser de jouer contre trois à un jeu où d*une infinité de hasards il y e pour vous, s'il y avait une infinité de vies infiniment heui gagner. Mais il y a ici une infinité de vies infiniment heui gagner, un hasard de gain contre un nombre fini de has perte, et ce que vous jouez est fini. Gela est tout parti : où est l'infini, et où il n'y a pas infinité de hasards d contre celui de gain, il n'y a point à balancer, il faut tout ( Et ainsi, quand on est forcé à jouer, il faut renoncer à h pour garder la vie plutôt que de la hasarder pour le gaie aussi prêt à arriver que la perte du néant*

Car il ne sert de rien de dire qu'il est incertain si on gj et qu'il est certain qu'on hasarde ; et que l'infinie dista est entre la certitude de ce qu'on s'expose, et l'incertitud qu'on gagnera, égale le bien fini qu'on expose certaine! l'infini qui est incertain. Gela n'est pas ainsi : tout joueur! avec certitude pour gagner avec incertitude, et néann hasarde certainement le fini, pour gagner incertainement sans pécher contre la raison. Il n'y a pas infinité de d entre cette certitude de ce qu'on s'expose et l'incertitude di cela est faux. Il y a, à la vérité, infinité entre la certit gagner et la certitude de perdre. Mais l'incertitude de gag proportionnée à la certitude de ce qu'on hasarde, selon '.

tion des hasards de gain et de perte ; et de là vient que, s'il y intant de hasards d'un côté que de l'autre, le parti est à er égal contre égal : et alors la certitude de ce qu'on s'expose égale à l'incertitude du gain : tant s'en faut qu'elle en soit niment distante. Et ainsi notre proposition est dans une force nie, quand il y a le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils lards de gain que de perte, et Tinfini à gagner. Cela est Donstratif; et si les hommes sont capables de quelques vérités, le-là l'est.

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