L'amour que nous avons naturellement pour nos semblables
MALBBRANGHE. 225
roduity puisque c'est son amour qui les produit, il imprime ussi sans cesse dans notre cœur un amour pour ses ouvrages, uisqu'il produit sans cesse dans notre cœur un amour pareil au ien. Et siûn que Tamour naturel que nous avons pour nous-némes n'anéantisse et n'affaiblisse pas trop celui que nous avons M)ur les choses qui sont hors de nous, et qu'au contraire ces deux imours que Dieu met en nous s'entretiennent et se fortifient l'un 'autre, il nous a liés de telle manière avec tout ce qui nous environne, et principalement avec les êtres de même espèce que nous, }ue leurs malheurs nous affligent naturellement, que leur joie nous réjouit, et que leur grandeur, leur abaissement, leur diminution semble augmenter ou diminuer notre être propre. Nous voudrions même que ce monde n'eût point de bornes ; et cette pensée de quelques philosophes, que les étoiles et les tourbillons sont infinis, non-seulement elle leur parait digne de Dieu, mais elle parait encore très-agréable à Thomme, qui sent une secrète joie de faire partie de l'infini, parce que, tout petit qu'il est en luimême, il lui semble qu'il devienne comme infini, en se répandant dans les êtres infinis qui Tenvironnent...
Mais la plus forte union naturelle que Dieu ait mise entre nous et ses ouvrages est celle qui nous lie avec les homn^es avec lesquels BOUS vivons. Dieu nous a commandé de les aimer comme d'autres nous-mêmes, et afin que l'amour de choix par lequel nous les aimons soit ferme et constant, il le soutient et le fortifie sans cesse par un amour naturel qu'il imprime en nous. Il a mis pour cela certains liens invisibles qui nous obUgent comme nécessairement à les aimer ; à veiller à leur conservation comme à la nôtre ; à les regarder comme des parties nécessaires au tout que nous composons avec eux, et sans lequel nous ne saurions subsister. Il n'y & rien de plus admirable que ces rapports naturels qui se trouvent entre les inclinations des esprits des hommes, entre les mouvements de leurs corps et entre ces inclinations et ces mouvements. Tout cet entraînement secret est une merveiHe qu'on ne peut assez admirer, et qu'on ne pourrait jamais comprendre.
Malebranche. Recherche de la vérité, V, xiii.