‹ Extraits des grands philosophesChapitre 137 sur 331 · VII. — Principe métaphysique de la loi morale · texte numérisé non relu

VII. — Principe métaphysique de la loi morale

S'il est vrai que Dieu, qui est l'Etre universel, renferme 6n lui-même tous les êtres d'une manière intellgible, et que tous ^s êtres intelligibles qui ont en Dipu une existence nécessaire ne Ext. 6u. Philos. 15

soient pas en tout sens également parfaits ; il est évideiit qu'il y aura entre eux un orqlre immuable et nécessaire ; et que de même qu'il y a des vérités éternelles et nécessaires, à cause qu'il y a des rapports de grandeur entre les êtres intelligibles, il doit y avoir aussi un ordre immuable et nécessaire, à cause des rapports de perfection qui sont entre les mêmes êtres. C'est donc un ordre immuable que les esprits soient plus nobles que les corps, comme c'est une vérité nécessaire que 2 fois 2 font 4 ou que 2 fois 2 ne soient pas 5.

Or jusqu'ici Tordre immuable semble plutôt une vérité spéculative qu'une loi nécessaire. Car si l'on ne considère l'ordre que comme nous venons de faire, on voit bien, par exemple, que c'est une vérité que les esprits sont plus nobles que les corps ; mais on ne voit pas que cette vérité soit en même temps un ordre qui ait force de loi, et que l'on soit obligé de préférer les esprits aux corps. Il faut considérer que Dieu s'aime par un amour nécessaire, et qu'ainsi il aime davantage ce qui est en lui qui représente ou qui renferme plus de perfection, que ce qui en renferme moins. Si bien que si l'on voulait supposer que l'esprit intelligible (1) fût mille fois plus parfait que le corps intelligible, l'amour par lequel Dieu s'aime lui-même serait nécessairement mille fois plus grand pour l'esprit que pour le corps intelligible ; car l'amour de Dieu est nécessairement proportionné à l'ordre qui est entre les êtres intelligibles qu'il renferme, puisqu'il aime invinciblement ses perfections. De sorte que l'ordre qui est purement spéculatif a force de loi à l'égard de Dieu même, supposé, comme il est certain, que Dieu s'aime nécessairement et qu'il ne puisse se démentir. Et Dieu ne peut aimer davantage les corps intelligibles que les esprits intelligibles.

Or cet ordre immuable qui a force de loi à l'égard de Dieu même a visiblement force de loi à notre égard. Car Dieu nous ayant créés à son image et à sa ressemblance, il ne peut pas vou* loir que nous aimions davantage ce qui mérite le moins d'étie aimé : il veut que notre volonté soit conforme à la sienne, et qu'ici-bas nous rendions librement, et par là méritoirement, la justice qu'il rend nécessairement. Sa loi, l'ordre immuable de ses perfections est donc aussi la nôtre ; et cet ordre ne nous est pas inconnu, et même notre amour naturel nous excite encore i

1. Vesprit intelligible est Tidée de l'esprit présentée à rintelligencc divine ; le corps intelligible est Tidée du corps.

le suivie, lorsque nous rentrons dans nou^-mêmes, et que nos sens et nos passions nous laissent libres ; en un mot lorsque notre amour-propre ne corrompt point notre amour naturel. Halbbranghe. Recherche de la vérité^ X* éclaircissement.

les lezies, la Diuie u eiisei^uaii ui la spiruuciiut; ue uwu ni i immortalité de l'âme. Chassé de sa ville natale par une tentative d^assassinat dont il avait failli être victime, il prit un exil temporaire; 'il entra en relation avec les chrétiens et changea son nom en celui de Bénédict Spinoza. U menait une vie d'anachorète. Pauvre, sans ambition, il vécut plusieurs années à la Haye, gagnant sa vie à polir des verres pour des instruments d'optique. Il refusa l'héritage d'un de ses amis qui était riche, et la chaire de philosophie d'Heidelberg, afin de conserver sa parfaite indépendance. Atteint d'une maladie de poitrine qu'il supporta sans se plaindre, il mourut en 1677. Ses principaux ouvrages sont : le Traité théologico-politique, VEthique), le Traité politique^ les Lettres.

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