‹ Extraits des grands philosophesChapitre 139 sur 331 · II. — Négation des causes finales · texte numérisé non relu

II. — Négation des causes finales

Toutes les causes finales ne sont rien que de pures fictions imaginées par les hommes.

Le premier défaut de cette doctrine, c'est de considérer comme cause ce qui est efiet et réciproquement ; en second lieu, ce qui de sa nature possède l'antériorité, elle lui assigne un rang postérieur ; enfin elle abaisse au dernier degré de l'imperfection ce qu'il y a de plus élevé et de plus parfait. En effet, pour ne rien dire des deux premiers points qui sont évidents d'eux-mêmes, il jj résulte des propos XXI, XXII et XXIII, que l'effet le plus parlait est celui qui est produit immédiatement par Dieu, et qu'un effet devient de plus en plus imparfait à mesure que s'a production suppose un plus grand noînbre de causes intermédiaires. Or, si les choses que Dieu produit immédiatement étaient faites pouf atteindre la fin que Dieu se propose, il s'ensuivrait que celles que Dieu produit les dernières seraient les plus parfaites de toutes, les autres ayant été faites en vue de celles-ci. Ajoutez que cette doc* trine détruit la perfection de Dieu ; car si Dieu agit pour une fin, il désire nécessairement quelque chose dont il est privé. Et Ken que les théologiens et les métaphysiciens distinguent entre une fin poursuivie par indigence et une fin d'assimilation (i), ils avouent

C'est-à-dire qui a pour objet de rendre la chose semblable à soi.

^pendant que Dieu a tout fait pour lui-même et non pour les ^bioses qu'il allait créer, vu qu'il était impossible d'assigner avant la création d^autre fin à l'action de Dieu que Dieu lui-même ; et ie cette façon, ils sont forcés de convenir que tous les objets que Dieu s^est proposés, en disposant certains moyens pour y atteindre, Dieu en a été quelque temps privé et a désiré les posséder.

Spinoza. Ethique^ I, appendice.

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