VI. — L'immortalité de la raison
Proposition 32. L*âme humaine ne peut entièretnent fént avec le corps ; il reste quelque chose d'elle^ yquelque dio» Vr d'étemel.
Démonstration. Il y a nécessairement en Dieu un concept ei une idée qui exprime l'essence du corps humain, et cette idée^ par conséquent, est nécessairement quelque chose qui se rap-
porte à l'essence de l'âme. Or, nous n'attribuons à l'âme humaine aucune durée qui se puisse déterminer dans le temps, si ce n'est en tant qu'elle exprime l'existence actuelle du corps, laquelle se développe dans la durée et peut se déterminer dans le temps ; en d'autres termes nous n'attribuons à l'âme une durée que pendant la durée du corps. Toutefois, comme ce qui est conçu par Tessence de Dieu avec une étemelle nécessité est quelque chose^ ce quelque chose, qui se rapporte à l'essence de l'âme, est nécessairement étemel {par la Propos, pré' céd.).C.Q.¥.B.
ScouB. Cette idée qui exprime l'essence du corps sous le caractère de l'éternité est, comme nous l'avons dit, un mode déterminé de la pensée, qui se rapporte à Tessence de l'âme et qui est nécessairement éternel. Et cependant il est impossible que nous nous souvenions d'avoir existé avant le corps, puisque aucune trace de cette existence ne se peut rencontrer dans le corps, et que Téternité ne peut se mesurer par le temps, ni avoir avec le temps aucune relation. Et cependant nous sentons, nous éprouvons que nous sommes éternels. L'âme, en effet, ne sent pas moins les choses qu'elle conçoit par Tentendement que celles qu'elle a dans la mémoire. Les yeux de l'âme, ces yeux qui lui font voir et observer les choses, ce sont les démonstrations. Aussi, quoique nous ne nous souvenions pas d'avoir existé avant le corps, nous sentons cependant que notre âme, en tant qu'elle enveloppe l'essence du corps sous le caractère de l'éternité, est éternelle, et que cette existence éternelle ne peut se Mesurer par le temps ou s'étendre dans la durée. Ainsi donc, QQ ne peut dire que notre âme dure, et son existence ne peut kre enfermée dans les limites d'un temps déterminé qu'en ^t qu'elle enveloppe l'existence actuelle du corps ; et c'est l^issi à cette condition seulement qu'elle a le pouvoir de déter- ^ner dans le temps l'existence des choses, et de les concevoir ^us la notion de durée.
Vn. — L'amour intellectuel de Dieu.
FïKOFOS. 35. Dieu s'aime soi-mime â^\m amour iniellectUfel infini.
Déhoiistr. Dieu est absolument infini. Par conséquent la nature 3e Dieu jouit d'une perfection infinie accompagnée de l'idée de ^-môme, à titre de cause. Or, c'est cela même que nous avons appelé amour intellectuel dans le CoroU. de la Propos. 32.
Propos. 36. Lamour intellectuel de l'âme pour Dieu est tamour même que Dieu éprouve pour soi, nonpa^ en tant qu'infim^ mais en tant que sa nature peut s'exprimer par Vessenee di l'âme humaine considérée sous le caractère . de Vétemité^ en d'autres termes^ Vamour intellectuel de l'âme pour Dieu est une partie de l'am^mr infini que Dieu a pour soi-même.
Démonstr. Cet amour de Tàme doit être rapporté à Tactivitô de l'âme {par le Coroll. de la Propos. 32). Cet amour est donc une action par laquelle l'âme se contemple soi-même, et qui est accompagnée de Tidée de Dieu, à titre de cause; en d'autres termes, une action par laquelle Dieu, en tant qu'il peut être exprimé par l'âme humaine, se contemple soi-même.
Spinoza. Ethique^ V.
François de la Rochefoucauld naquit à Paris en 1613. Repoussé f»r Richelieu et Mazarin, il se jeta de dépit dans la Fronde pour satisCtire son ambition. M™^ de Longuevilie fut son instrument et sa yJfctiBie. Après le rétablissement de la paix, il obtint des charges et des hoimeon et passa sa Tie au milieu des beaux esprits et des fêmmes illustres de répoque. Le livre des Maximes parut en 1665. La Rochefoucauld mourut en 1680.