V. «- La reconnaissance. — La clémence
Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre le souveDii des bienfaits et des injures ; ils haïssent même ceux gui les ont obligés, et cessent de haïr ceux qui leur ont fait des outrages. L'application à récompenser le bien et à se venger du mal leur paraît une servitude à laquelle ils ont peine à se soumettre.
La clémence des princes n'est souvent qu'une politique pour gagner l'affection des peuples.
Cette clémence, dont on fait une vertu, se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble.
YI. ~ La modération. — La constance,
?^> La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur.
La modération est une crainte de tomber dans l'envie et daoi le mépris que méritent ceux qui s'enivrent de leur bonheur; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit ; enfin la modération des hommes dans leur plus haute élévation est un désir de paraître plus grands que leur fortune.
Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.
La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur a^ta* tion dans leur cœur.
Ceux qu'on condamne au supplice affectent quelquefois une constance et un mépris de la mort qui ne sont en effet que li crainte de l'envisager ; de sorte qu'on peut dire que cette cous* tance et ce mépris sont à leur esprit ce que le bandeau est àleon yeux.
La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir ; mais les maux présents triomphent d'elle.
Peu de gens connaissent la mort ; on ne la soufire pas ordi» nairement par résolution, mais par stupidité et par coutume; et la plupart des hommes meurent parce qu'on ne peut B'empéchff de mourir. /
Lorsque les grands hommes se laissent abattre par la longueur de leurs infortunes, ils font voir qu'ils nèfles soutenaient que par la force de leur ambition, non par celle de leur âme ; et qu*
une grande vanité près, les héros sont faits comme les autres hommes.
Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise.
Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.