BAYLE
^ perdra. Il ne peut donc pas convenir à l'être infiniment bon donner aux créatures un franc arbitre dont il saurait trèsrtainement qu'elles feraient un usage qui les rendrait malheuuses. Donc, s'il leur donne le franc arbitre, il y joint l'art de n servir toujours à propos, et ne permet point qu'elles négent la pratique de cet art en nulle rencontre; et s'il n'y avait oint de moy»ai bûr de fixer le bon usage de ce franc arbitre, il lur ôterait plutôt cette faculté que de souffrir qu'elle fût la cause ie leur malhtfur. Gela est d'autant plus manifeste que le franc ïbitre est une grâce qu'il leur a donnée de son propre choix et ans qu'ils la demandassent ; de sorte qu'il serait plus respon- . sable du malheur qu'elle leur apporterait que s'il ne l'avait iccordée qu'à l'importuuité de leurs prières. . VI. C'est un niiyeu aussi sûr d'ôter la vie à un homme, de lui tonner un corJou de soie dont on sait certainement qu'il se ■ervira librement pour s'étrangler, que de le poignarder par juelque tieis. On ne veut pas moins sa mort quand on se sert delà première manièie que quand on emploie Tune des deux autres : il semble même qu'on la veut avec un dessein plus malin, puisqu'on tend à lui laisser toute la peine et toute la faute de sa perle.
VII. Un véritable bienfaiteur donne promptement, et n'attend pas à donner que ceux qu'il aime aient souffert de longues misères par la privation de ce qu'il pouvait leur communiquer d'abord très-facilement et sans se faire aucune incommodité. Si la limitation de ses forces ne lui permet pas de faire du bien sans faire sentir de la douleur ou quelque autre incommodité, il passe parla; mais ce n'est qu'à regret, et il n'emploie jamais cette manière de se rendre utile, lorsqu'il peut l'être sans mêler aucune sorte de mal à ses laveurs. Si le profit qu'on pourrait tirer des maux qu'il ferait souffrir pouvait naître aussi aisément d'un bien tout pur que de ces maux-là, il prendrait la voie droite aÔIs&^^Sx^^ Vp^^î ^^ ^^^^ P^^ ^^ ^^^^ oblique qui conduirait du .ve^ toutes •}} comble de richesses et d'honneurs, ce n'est pas afin que .^^.^ qui en ont joui, venant à les perdre, soient affligés d'autant plus sensiblement qu'ils étaient accoutumés au plaisir, et que par là ifs deviennent plus malheureux que les personnes qui ont été toujours privées de ces avantages. Un être malin comblerait de biens à ce prix-là les gens pour qui il aurait le plus de haine....
Bayle. Dictionnaire historique et critique^ art. Rorarius.