‹ Extraits des grands philosophesChapitre 151 sur 331 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

La Philosophie en Allemagne au XYII"* siècle.

«Godefroi-Guillaume Leibnitz naquit à Leipzig, en Saxe, le 23 juin 1646, ' de Frédéric Leibuitz, professeur de morale et greffier de Tuniversitéde Leipzig. Il perdit son père à l'âge de six ans, et sa mère, qui était une femme de mérite, eut soin de son éducation. II ne marqua aucune inclination particulière pour un genre d'étude plutôt que pour un autre. Il se porta à tout avec une égale vivacité ; et, comme son père lui avait laissé une assez ample bibliothèque de livres bien choisis, il entreprit, dès qu'il sut assez de latin et de grec, de les lire tous avec ordre, poètes, orateurs, historiens, jurisconsultes, philosophes, mathématiciens, théologiens. Il sentit bientôt qu'il avait besoin de secours ; il en alla chercher chez tous les habiles gens de son temps, et même, quand il le fallut, assez loin de Leipzig.

' « Il serait inutile de dire que M. Leibnitz était un mathématicien de premier ordre ; c'est par là qu'il est plus généralement connu. Son nom est à la tète des plus sublimes problèmes qui aient été résolus de nos jours, et il est mêlé dans tout ce que la géométrie moderne a fait de plus grand, de plus difficile et de plus important. L'histoire du calcul différentiel, ou des infiniment petits, suffira pour faire voir quel était son génie.... L'électeur Ernest-Auguste le fit, en 1696, son conseiller privé de justice. Comme il avait une extrême passion pour les sciences, il voulut leur être utile non-seulement par ses découvertes, mais par la grande considération où il était. Il inspira à l'électeur de Brandebourg le dessein d'établir une académie des sciences à Berlin, ce qui fut entièrement fini en t7()(), sur le plan qu'il avait donné. L'année suivante, cet électeur fut déclaré roi de Prusse ; le nouveau royaume et la nouvelle académie prirent naissance presque en même temps. Cette compagnie, selon le génie de son fondateur, embrassait, outre la physicjue et les mathématiques, l'histoire sacrée et profane et toute l'antiquité. Il en fut président perpétuel, et il n'y eut point de jaloux.... Le roi de Prusse mourut en 1713, et le goût du roi son successeur, entièrement déclaré pour la guerre, menaçait l'académie de Berlin d'une chute prochaine. M. Leibnitz songea à procurer aux sciences un siège plus assuré, et se tourna du côté de la cour impériale. Il y trouva le prince Eugène, qui, pour être un si grand général, et fameux par tant de victoires, n'en aimait pas moins les sciences, et qui favorisa de tout son pouvoir le dessein de M. Leibnitz. Mais la peste survenue à Vienne rendit inutiles tous les mouvements qu'il sétait donnés pour y former une académie. Il n'eut qu'une assez grosse pension de l'empereur, avec des offres très-avantgeusess'il voulait demeurer dans sa cour. Des le temps du couronnement de ce prince, il avait déjà eu le titre de conseiller aulique. Le roi d'Angleterre repassa en

Allemagne, où M. Leibnitz eut eofin la joie de Yoir le roi. Depuis ce temps sa santé baissa toujours ; il était sujet à la goutte, dont les attaques devenaient plus fréquentes. Elle lui gagna les épaules ; et on croit qu'une certaine tisane particulière qu'il prit dans un grand accès, et qui ne passa point, lui causales convulsions et les douleurs excessives dont il mourut en une heure, le 14 novembre 1716, Dans les derniersmoments qu'il put parler, il raisonnait sur la manière dont le fameux Furtembach avait changé la moitié d'un clou de fer en or. »

FONT£NELLE. Eloge de Leibnitz.

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