THALÈS
« Thaïes est le premier qui porta le nom de sage ; il florissait lorsque Damasias était archonte d'Athènes; et ce fut aussi dans ce temps-là que les autres sages furent ainsi nommés.
« Après ayoir vaqué aux affaires de l'Etat, il résolut de consacrer tous ses soins à la contemplation de la nature. Quelques-uns croient qu'il n'a laissé aucun ouvrage à la postérité. Callimaque lui attribue dans ses vers d'avoir fait connaître la petite Ourse. Il dit cju'il « remarqua la constellation du Chariot, qui sert de guide aux Phéniciens dans leur navigation ». D'autres, qui croient qu'il a écrit quelque chose, lui attribuent seulement deux traités, l'un sur le solstice et l'autre sur Téquinoxe, persuadés qu'après ces deux objets difficiles à développer, il n'en restait que de faciles à concevoir. Quelques-uns, entre autres Eudème dans son Histoire de Tastrologie^ le font passer pour avoir frayé la route des secrets de cette science, personne avant lui n'ayant encore prédit les éclipses du soleil, ni le temps oiî il est dans les tropiques.
<( Chérillus le poète et d'autres disent qu'il a enseigné le premier l'immortalité de l'âme. Ceux qui veulent qu'il donna les premières notions du cours du soleil ajoutent qu'il observa que la lune, comparée à la grandeur de cet astre, n'en est que la sept-cent-vingtième partie.
« Ce philosophe admettait l'eau pour principe de toutes choses. Il soutenait que l'univers était animé... » DiOGÈNE Laerck, trad. Lcfèvre.
DIOGÈNE D'APOLLONIB.
/< Il fut grand physicien, fort célèbre pour son éloquence. Antisthène le dit disciple d'Anaximène. Il était contemporain d'Anaxagore, et Démétrius de Phalère, dans V Apologie de Socrate, raconte qu'il faillit périr à Athènes car l'envie que lui portaient les habitants.
« .Voici ses opinions. Il regardait l'air comme l'élément général. Il (broyait qu'il y a des mondes sans nombre et un vide infini ; que l'air produit les mondes en se condensant et en se raréfiant ; que rien ne se fait de rien^ et que le rien ne saurait se corrompre... Il entre en matière
dans son ouvrage par ces mots: « Quiconcjue yeut établir un système « doit, à mon avis, poser un principe certain, et l'expliquer d'une ma- « nière simple et sérieuse. » DiOGÈNE Laerce, trad. Lefèvre.
HERACLITE.
<( Heraclite naquit à Ephèse, et florissait vers la soiiante-neuvième olympiade. Il était haut et décisif dans ses idées, comme on en peut juger par un de ses ouvrap:es, où il dit que ce n'est pas une grande scienàe qui donne la sagesse, qu'autrement elle l'aurait donnée à Hésiode, à Pyihagore, à Xénophane et à Hécatée. La seule sagesse consiste à connaître la pensée suivant laquelle toutes choses se gouvernent dans l'univers. Il ajoutait qu'Homère et Archilochus méritaient d'être chassés des gymnases à coups de poing.
« Il avait pour maxime <( qu'il faut étouJQTer le penchant à l'injure avec (( plus de soin qu'un incendie, et qu'un peuple doit combattre pour ses « lois comme pour ses murailles. »
<( On dit que, requis par ses concitoyens de leur donner des lois, Heraclite rejeta leur demande avec mépris, parce cju'une mauvaise police avait déjà corrompu la ville. S'en étant allé à côte du temple de Diane, il s'y mit à jouer avec des enfants. De quoi vous étonnez-vous, gens perdus de mœurs? dit-il à ceux qui l'examinaient. Ne vaut-il pas mieux s^occuper de cette façon, que partager avec vous V administration des affaires publiques ? A la fin il devint si misanthrope, qu'il se retira dans les montagnes, où il passait sa vie ne se nourrissant que d'herbes et de racines.
« ... L'ouvrage qui porte son nom a en général la nature pour objet : aussi il roule sur trois sortes de matières, sur Tunivers, sur la politique et la théologie. Selon quelques-uns, il déposa cet ouvrage dans le temple de Diane, et l'écrivit exprès d'une manière obscure, tant afin qu'il ne fût entendu que par ceux qui en pourraient profiter qu'afin qu'il ne lui arrivât pas d'être exposé au mépris du vulgaire.
<( Voici en général quelles furent ses opinions. Il croyait que toutes choses sont composées du feu et se résolvent dans cet élément ; que tout se fait par un destin, et que tout s'arrange et s'unit par les changements des contraires ; que toutes les parties du monde sont pleines d'esprits et de démons. Il a parlé aussi des divers changements qui se remarquent dans les mouvements de la nature. 11 croyait que la nature de l'âme est une chose si profonde, qu'on n'en peut rien définir, quelque route qu'on suive pour parvenir à la connaître. Il disait que la conjecture est une maladie sacrée, et la vue une chose trompeuse. Quelquefois il s'énonce d'une manière claire et intelligible, de sorte que les esprits les plus lents
fieuvent l'entendre, et que ce qu'il dit pénètre jusque dans le fond de 'âme.
(( Suivant ce philosophe, le feu est un élément, et c'est de ses divers changements que naissent toutes choses, selon qu'il est plus raréfié ou plus dense. Il s'en tient là, et n'explique rien ouvertement. Il croit que tout se fait par l'opposition qu'une chose a avec l'autre, et compare le cours de la nature à celui d'un fleuve. Il suppose l'univers uni, et n'admet (ju'un seul monde, qui, comme il est produit par le feu, se dissout aussi par cet élément au bout de certaines périodes ; et cela, en vertu d'une destinée. Il appelle l'action des contraires, qui produit la génération, une guerre et une discorde ; il nomme celle qui produit l'embrasement du monde, une paix et une union. Il qualifie aussi cette vicissitude un mouvement de haut en bas et de bas en haut, suivant lequel le monde se fait. )> DiOGÈJSE Lakhge, trad. Lefèvre.
PHILOSOPHES lONIKNS, HERACLITE. 25
Pensées d'Heraclite*
« Il n'y a qu'une seule chose, objet de la sagesse, qui veut et cependant ne veut point être nommée, c'est le nom de Jupiter. »
« n n'y a qu'une seule sagesse, c'est de comprendre la pensée qui seule gouverne toutes choses en général et en particulier. »
« L'universalité des choses n*est ni l'œuvre d'un Dieu, ni celle d'un homme ; mais elle a été, et elle sera éternellement le feu vivant, s'embrasant et s*éteignant avec mesure (1). »
« Tout se convertit en feu et le feu se transforme en tout, comme l'or se change contre les marchandises, et les marchandises contre l'or (2). »
« On ne peut pas entrer une seconde fois dans le même fleuve, car c'est une autre eau qui vient à nous ; elle se dissipe et s'amasse de nouveau ; elle recherche et abandonne, elle s'approche et s'éloigne. » — « Nous descendons et nous ne descendons pas ce fleuve, nous y sommes et nous n'y sommes pas (3). » « Jupiter s'amuse lorsqu'il forme le monde (4). » a Les transformations du feu ont d'abord lieu en eau, de Teau en terre (5). »
• c Tout vient des contraires, en sorte que la même chose est bonne et mauvaise (6), vivante et morte; elle veille et dort, elle est jeune et vieille tout à la fois (7). »
« L'harmonie du monde provient des forces contraires comme celle de la lyre et de l'arc (8). »
Il gourmandait Homère d'avoir souhaité la fin de toutes les querelles des dieux et des hommes ; car s'il en était ainsi, tout périrait, parce qu'il n'y a pas d'harmonie sans haut et sans bas, sans aigu et sans grave ; et il n'y a rien de vivant sans mâle et sans femelle (9) .
« Unis tout et pas tout, ce qui s'attire et ce qui se repousse,
l. CUm. Alex. Str., V, p. 603, 599.
'2. Plut, de El ap. Delph,, p. 8.