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VI. — La verlu dans les gouvernements démocratiques

La vertu, dans une démocratie, est une chose très-simple: c'est Tamour de la république; c'est un sentiment et non omI suite de connaissances ; le dernier homme de TÉtat peut avoir es

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sentiment comme le premier ; quand le peuple a une fois de bonnes maximes, il s'y tient plus longtemps que ce qu'on appelle les honnêtes gens. Il est rare que la corruption commence par lui ; souvent il a tiré de la médiocrité de ses lumières un attachement plus fort pour ce qui est établi.

L'amour de la patrie conduit à la bonté des mœurs, et la bonté des mœurs mène à l'amour de la patrie. Moins nous pouvons satisfaire nos passions particulières, plus nous nous livrons aux générales. Pourquoi les moines aiment-ils tant leur ordre ? C'est justement par l'endroit qui fait qu'il leur est insupportable. Leur lègle les prive de toutes les choses sur lesquelles les passions ordinaires s'appuient ; reste donc cette passion pour la règle même qui les afflige. Plus elle est austère, c'est-à-dire plus elle letranche de leurs penchants, plus elle donne de force à ceux qu'elle leur laisse. Esprit des lois^ V, ii.

Vtl. — Du despotisme.

Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent l'arbre au pied et cueillent le fruit. Voilà le gouvernement despotique.

Le gouvernement despotique a pour principe la crainte ; mais à dés peuples timides, ignorants, abattus, il ne faut pas beaucoup de lois.

Tout y doit rouler sur deux ou trois idées ; il n'en faut donc pas de nouvelles. Quand vous instruisez une bête, vous vous donnez bien de garde de lui faire changer de maître, de leçon et d'allure ; vous frappez son cerveau par deux ou trois mouvements Bt pas davantage.

Lorsque le prince est enfermé, il ne peut sortir du séjour de la Volupté sans désoler tous ceux qui l'y retiennent. 11 ne peut souffrir que sa personne et son pouvoir passent en d'autres mains. Il fait donc rarement la guerre en personne, et il n'ose guère la faire par ses lieutenants.

Un prince pareil, accoutumé dans son palais à ne trouver aucune résistance, s'indigne de celle qu'on lui fait les armes à la main ; il est donc ordinairement conduit par la colère ou par la vengeance. D'ailleurs il ne peut avoir d'idée de la vraie gloire. Les guerres doivent donc s'y faire dans toute leur fureur naturelle, et le droit des gens y avoir moins d'étendue qu'ailleurs.

302 LA PHILOSOPHIE EN FRANCE AU XVin* SIÈCLE.

Un tel prince a tant de défauts qu'il faudrait craindre d'ezpov ser au grand jour sa stupidité naturelle. Par bonheur les hommei sont tels dans ce pays, qu'ils n'ont besoin que d'un npin qui leij gouverne.

Charles XII, étant à Bender, trouvant quelque résistance le sénat de Suède, écrivit qu'il leur enverrait une de ses bol pour commander. Cette botte aurait commandé comme un despotique.

Gomme le principe du gouvernement despotique est la craint le but en est la tranquillité, mais ce n'est point une paix, c'est silence de ces villes que l'ennemi est près d'occuper.

La force n'étant point dans l'État, mais dans l'armée qui fondé, il faudrait, pour défendre l'État, conserver cette armée mais elle est formidable au prince. Comment donc concilier là sûreté de l'État avec la sûreté de la personne ? i

Dans ces États, la religion a plus d'influence que dans aucid autre ; elle est une crainte ajoutée à la crainte. Dans les empirai mahométans, c'est de la religion que les peuples tirent en partie le respect étonnant qu'ils ont pour leur prince. ^

Après tout ce que nous venons de dire, il semblerait que hl nature humaine se soulèverait sans cesse contre le gouvernemenl despotique ; mais, malgré l'amour des hommes pour la liberté' malgré leur haine contre la violence, la plupart des peuples y sont soumis. Cela est aisé à comprendre* Pour former un gouternement modéré, il faut combiner les puissances, les régler, lei tempérer» les faire agir ; donner, pour ainsi dire, un lest à Tune pour la mettre en état de résister à une autre ; c'est un chefd'œuvre de législation que le hasard fait rarement, et que rarement on laisse faire à la prudence. tJn gouvernement despotique^ au contraire, saute, pour ainsi dire, aux yeux ; il est uniforme partout : comme il ne faut que des passions pour l'établir, tOQl le monde est bon pour cela. Esprit des lois^ V, xin et xnr.

VllI. — Théorie de la séparation des trois pouvoirs (législatif, exécutif

et Judiciaire).

La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés. Mais elle n'est pas toujours dans les États modérés; elle n'y est que lorsqu'on n'abuse pas du pouvoir : mais c'est use expérience étemelle que tout homme qui a du pouvoir est porté

. tn abuser, il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites. Qui le irait ? la vertu même a besoin de limites I

Pour qu*on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la i^osition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. Due consti- BtîGn peut être telle, que personne ne sera contraint de faire les hoses auxquelles la loi ne Toblige pas, et à ne point faire celles [Qe la loi lui permet.

Il y a dans chaque État trois sortes de pouvoirs: la puisance législative, la puissance exécutrice des choses qui dépen«v jent du droit des gens, et la puissance exécutrice de celles qui lépendent du droit civil... On appellera cette deruiàre la puisance déjuger, et l'autre simplement la puissance exécutrice de Itat.

La liberté politique dans un citoyen est cette tranquillité 'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sûreté ; et lour qu'on ait cette liberté, il faut que le gouvernement soit tel [n'un citoyen ne puisse pas craindre un autre citoyen.

Lorsque^ dans la même personne ou dans le même corps de aagistrature, la puissance législative est réunie à la puissance aécutrice, il n'y a point de liberté, parce qu'on peut craindre ^ue le môme monarque ou le même sénat ne fasse des lois tyranliques pour les exécuter tyranniquement. II n'y a point encore Le liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de Texécutrice. Si elle était jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens lerait arbitraire ; car le juge serait législateur. Si elle était jointe k la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la fbrce d'un ippresseur (1).

Tout serait perdu si le même homme, ou le même corps Ses principaux ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs, celui de faire des lois, celui d^exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les difEérends des particuliers*

Si la puissance législative laisse à Texécutrice le droit d*emgrisonner des citoyens qui peuvent donner caution de leur conduite, il n'y a plus de liberté, à moins qu^ils ne soient arrêtés ^ur répondre, sans délai, à une accusation que la loi a rendue

.1. Cest pour cela qu'on a établi VinamonibUité des magistrats jodi- «!•; — «v^ (éjecte seulement que cette inamovibilité, qui les empêche de , ne les empêche pas d'avoir d^ VavaneemeiU, et que> par là, ils tous l'action du pouvoir exécutif.

304 LA PHILOSOPHIE EN f'RAKGE AU XVIII* SIECLE.

capitale ; auquel cas ils sont réellement libres, puisqu'ils ne sont soumis qu'à la puissance de la loi.

... Comme, dans un État libre, tout homme qui est censé aw une âme libre doit être gouverné par lui-môme, il faudrait que le peuple en corps eût la puissance législative ; mais comme cela est impossible dans les grands États, et est sujet à beaaooq d'inconvénients dans les petits, il faut que le peuple fasse par ses représentants tout ce qu'il ne peut faire par lui-même.

Esprit des lois, XI, nr, m.

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