X. — De la séférité des peines. Ses inconTénients
La sévérité des peines convient mieux au gouvernement des-* potique, dont le principe est la terreur, qu'à la monarchie et à la république, (fxxi ont pour ressorts l'honneor et la vertu.
Dans les Etats modérés, l'amour de la patrie, la honte et la crainte du blâme, sont des motifs réprimants qui peuvent arrêter bien des crimes. La plus grande peine d'une mauvaise action sera d'en être convaincu. Les lois civiles y corrigeront donc plus ûsëment, et n'auront pas besoin de tant de force.
Dans ces États, un bon législateur s'attachera moins à punir les crimes qu'à les prévenir ; il s'appliquera plus à donner des mœurs qu'à infliger des supplices.
L'expérience a fait remarquer que, dans les pays où les peines sont douces, l'esprit du citoyen en est frappé comme il l'est ailleurs par les grandes.
Quelque inconvénient se fait-il sentir dans un État, un gou- Temement violent veut soudain le corriger, et, au lieu de songer à faire exécuter les anciennes lois, on établit une peine cruelle qui arrête le mal sur-le-champ. Mais on use le ressort du Souvernement : Timagination se fait à cette grande peine, comme elle s'était faite à la moindre ; et comme on diminue la crainte pour celle-ci, Ton est bientôt forcé d'établir l'autre dans tous les cas. Les vols sur les grands chemins étaient communs dans quelques États, on voulut les arrêter: on inventa le supplice de la roue, qui les suspendit pendant quelque temps. ])epuis ce temps, on a volé comme auparavant sur les grands ^emins.
De nos jours^ la désertion fut très-fréquente : on établit la }eine de mort contre les déserteurs, et la désertion n'est pas diminuée. La raison en est bien naturelle : un soldat, accoutumé ^Us les jours à exposer sa vie, en méprise ou se flatte d'en mé- Ptiser le danger. Il est tous les jours accoutumé à craindre la ^Onte, il fallait donc laisser une peine qui faisait porter une flé-
1. Montesquieu est le premier qui ait protesté, au dix-huitième siècle, ^ntre i'esciayage, que Bossuet avait approuvé.
Ext. gr. Philos. 2U
trissure pendant la vie. On a prétendu augmenter la peine, elfe Ta réellement diminuée (1). k
Il ne faut point mener les hommes par les voies extrêmes :pt doit être ménager des moyens que la nature nous donne p::\i^ conduire. Qu'en examine la cause de tous les relâchements^ verra qu'elle vient de l'impunité des crimes, et non pas d|s modération des peines.
Suivons la nature qui a donné aux hommes la honte coi leur fléau y et que la plus grande partie de la peine soit l'inft de la souffrir.
Que s'il se trouve des pays où la honte ne soit pas une suit supplice, cela vient de la tyrannie qui a infligé les mêmes aux scélérats et aux gens de bien. {
Et si vous en voyez d'autres où les iïommes ne sont reted que par des supplices eruelsy tsomptez encore que cela Yient,^ grande partie, de la violence du gouvernement qui a emj^oyé^ supplices pour des fautes légères.
Il y a deux genres de corrnption ç l'un, lorsque le peuple h serve pas les lois ; Tautre, lorsqu'il est coiTom).m pat les M mal incurable, parce quUl est dans le remède tiiéme. \
EsprU des lùis^ Uv. VI, ch. ix, xh. \