‹ Extraits des grands philosophesChapitre 205 sur 331 · XI. ~ De la moaarchie · texte numérisé non relu

XI. ~ De la moaarchie

Les rois veulent être absolus, et de loin on leur crie que le fedlieur moyen de l'être est de se faire aimer de leurs peuples, fette maxime est très-belle et même très-vraie à certains égards, ^heureusement, on s'en moquera toujours dans les cours. La Qissance qui vient de Tamour des peuples est sans doute la plus ■ande; mais elle est précaire et conditionnelle ; jamais les ^nces ne s'en contenteront. Lés meilleurs rois veulent pouvoir ^ méchants, «'il leur plaît, sans cesser d'être les maîtres. Un »i3xmneur politique aura beau leur dire que, la force du peuple ^t la leur, leur plus grand intérêt est que le peuple soit floris- ^t, nombreux, redoutable, ils savent très-bien que cela n^est • vrai.

lieor nUérêt personnel est premièrement que le peuple soit ^le, misérable, et qu'il ne puisse jamais leur résister. J'a- Qie que, supposant les sujets toujours parfaitement soumis, xtérét du prince serait alors que le peuple fût puissant, afin e cette puissance, étant la sienne, le rendit redoutable à ses ^sins ; mais comme cet intérêt n'est que secondaire et subor-

L « Voulez-vous donc donner à TEtat de la consistance? Rapprochez les ^irés extrêmes aatant qu'il est possible ; ne souffrez ni des gens opulents ^es gueux. Ces deux états, naturellement inséparables, sont égaaement ^%stes au bien commua : de l'un sortent les iautears «Le la tyraoniey et l'autre les tyrans ; c'est toujours entre eux que se fait le tratic de la ^rté publique; Tun l'achète et Tautre la vend. )> Note de Rousseau.

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donné, et que les deux suppositions sont incompatibles, il est naturel que les princes donnent toujours la préférence à la maxime qui leur est le plus immédiatement utile. C'est ce qne Samuel représentait fortement aux Hébreux ; c'est ce que Michiavel a fait voir avec évidence. En feignant de donner des leçons aux rois, il en a donné de grandes aux peuples...

S'il est difficile qu'un grand Etat soit bien gouverné, il Toit beaucoup plus qu'il soit bien gouverné par un seul homme, et chacun sait ce qui arrive quand le roi se donne des substituts.

Un défaut essentiel et inévitable, qui mettra toujours le goih vernement monarchique au-dessous du républicain, est que, dans celui-ci, la voix publique n'élève presque jamais aux premièni places que des hommes éclairés et capables, qui les remplissent avec honneur ; au lieu que ceux qui parviennent dans les mooa^ chies ne sont, le plus souvent, que de petits brouillons, de petits fripons, de petits intrigants, à qui les petits talents, qui font, dans les cours, parvenir aux grandes places, ne servent qa*à montrer au public leur ineptie aussitôt qu'ils y sont parvenus. Le peuple se trompe bien moins sur ce choix que le prince, et un homme d'un vrai mérite est presque aussi rare dans le ministèn qu'un sot à la tête d'un gouvernement républicain. Aussi quand, par quelque heureux hasard, un de ces hommes nés pour gouverner prend le timon des affaires dans une monarchie presque abîmée par ces tas de jolis régisseurs, on est tout surpris des ressources qu'il trouve, et cela fait époque dans un pays.

Pour qu'un État monarchique pût être bien gouverné, il faudrait que sa grandeur ou son étendue fût mesurée aux facultés de celui qui gouverne. Il est plus aisé de conquérir que de régir. Avec un levier suffisant, d'un doigt on peut* ébranler le monde» mais i)our le soutenir, il faut les épaules d'Hercule. Pour pea qu'un État soit grand, le prince est presque toujours trop p^ Quand, au contraire, il arrive que l'État est trop petit pour soa chef, ce qui est très-rare, il est encore mal gouverné, parce que le chef, suivant toujours la grandeur de ses vues, oublie lei intérêts des peuples^ et ne les rend pas moins malheureux, ptf l'abus des talents qu'il a de trop, qu'un chef borné, par le déM de ceux qui lui manquent. Il faudrait, pour ainsi dire, qu ofl royaume s'étendit ou se resserrât à chaque règne, selon la por* du prince ; au lieu que les talents d'un sénat, ayant des mesuies plus fixes, l'État peut avoir des bornes constantes et radministra* tion n'aller pas moins bien.

Le plus sensible inconvénient du gouvernement d'un seul est le défaut de cette succession continuelle gui forme dans les deux autres une liaison non interrompue. Un roi mort, il en faut un antre ; les élections laissent des intervalles dangereux ; elles sont orageuses et, à moins que les citoyens ne soient d*un désintéressement, d*une intégrité que ce gouvernement ne comporte guère, la brigue et la corruption s'en mêlent. Il est difficile que celui à qui l'État s'est vendu ne le vende pas à son tour, et ne se dédommage pas, sur les faibles, de l'argent que les puissants lui ont extorqué. Tôt ou tard, tout devient vénal sous une pareille administration ; et la paix dont on jouit alors sous les rois est pire que le désordre des interrègnes.

Qu'a-t-on fait pour prévenir ces maux ? On a rendu les cou* lonnes héréditaires dans certaines familles, et Ton a établi un ordre de succession qui prévient toute dispute à la mort des rois ; c'est-à-dire que, substituant Tinconvénient des régences à celui des élections, on a préféré une apparente tranquillité à une administration sage, et qu'on a mieux aimé risquer d'avoir pour chef des enfants, des monstres, des imbéciles, que d'avoir à disputer sur le choix des bons rois ; on n'a pas considéré qu'en s'exposant ainsi aux risques de l'alternative, on met presque toutes les chances contre soi. C'était un mot très-sensé que celui du jeune Denis, à qui son père, en lui reprochant une action honteuse, disait : « T'en ai- je donné l'exemple ? — Ah ! répondit le fils, votre père n'était pas roi. »

Tout concourt à priver de justice et de raison un homme élevé pour commander aux autres. On prend beaucoup de peine, à ce qu'on dit, pour enseigner aux jeunes princes l'art de régner ; il ne parait pas que cette éducation leur profite. On ferait mieux de commencer par leur enseigner l'art d'obéir. Les plus grands rois qu'ait célébrés l'histoire n'ont point été élevés pour régner, c'est une science qu'on ne possède jamais moins qu'après l'avoir trop apprise et qu'on acquiert mieux en obéissant qu'en commandant. Ham utilissimus idem m brevissimus bonatrum malarumque ^erum delectusy cogitare quid aut nolueris sub alio principe^ aui ^lueris (1).

Une suite de ce défaut de cohérence est l'inconstance du gouvernement royal, qui, se réglant tantôt sur un plan et tantôt sur Un autre, selon le caractère du prince qui règne ou des gens qui

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