‹ Extraits des grands philosophesChapitre 206 sur 331 · Tacite, Hist., 1.1, XVI · texte numérisé non relu

Tacite, Hist., 1.1, XVI

Ext. gr. philos. ^1

règûent pour lui, ne peut avoir longtemps un objet fixe ni une conduite conséquente, variation qui rend toujours l'État flottant de maxime en maxime, de projet en projet, et qui n'a pat liea dans les autres gouvernements où le prince est toujours le même. Aussi voit^on qu'en général, s'il y a plus de ruse dans une cour, il y a plus de sagesse dans un sénat, et que les républiques voat à leurs fins par des vues plus constantes et mieux suivies, au liea que chaque révolution dans le ministère en produit une dam rÉtat, la maxime commune à tous les ministres, et presque i tous les rois, étant de prendre en toute chose le contre«pied de leur prédécesseur. Contrat social^ III, vi.

XU. — Deà suffrages.

Il n'y a qu'une seule loi qui, par sa nature, exige un cellsent^ ment unanime : c'est le pacte social ; car l'association civile est Tacte du monde le plus volontaire ; tout homme étant né libre et maître de lui-^méme, nul ne peut, sous quelque prétexte que oe puisse être, l'assujettir sans son aveu. Décider que le fils d'att esclave naît esclave, c'est décider qu'il ne naît pas homme.

Si donc, lors du pacte social, il s'y trouve des opposants, leur opposition n'invalide pas le contrat, elle empêche seulement qu'ils n'y soient compris ; ce sont des étrangers parmi les ci* toyens. Quand l'État est institué^ le consentement est dans la résidence ; habiter le territoire, c'est se soumettre à la souveraineté (1).

Hors ce contrat primitif, la voix du plus grand nombre oblige toujours tous les autres ; c'est une suite du contrat même.

Mais on demande comment un homme peut être libre et forcé de se conformer à des volontés qui ne sont pas les siennes ?ooah ment les opposants sont-ils libres et soumis à des lois auxquelles ils n'ont pas consenti ?

Je réponds que la question est mal posée. Le citoyen consent i toutes les lois, même à celles qu'on passe malgré lui, et mémâ à celles qui le punissent quand il ose en violer quelqu'une. La volonté constante de tous les membres de l'État est la volonté

1. « Ceci doit toujours s'entendre d'un Etat libre ; car d'aillesrsii famille, les biens, le défaut d'asile, la nécessité, la violence» pea^eit retenir un habitant dans le pays malgré lui, et alors son séjour seal ot suppose plus son consentement au contrat ou à la violation du contrat ' Note de Rousseau.

J.-J. ROUSSBAU. 323

générale ; c'est par elle qu'ils sont citoyens et libres (1). O^sii^d m propose une loi dans l'assemblée du peuple, ce qu'on leur iemande n'est pas précisément s'ils approuvent la proposition ou s'ils la rejettent, mais si elle est conforme ou non à la volonté générale, gui çst la leur ; chacun, en donnant son suffrage, dit Wi avis là^essus, et du oaloul des voix se tire la déolaratipn de U volonté générale. Quand donc Tavis contraire au mien l'emporte, cela ne prouve autre chose sinon que je m'étais trompé, et que ce que j^estimais être la volonté générale ne l'était pas. Si mon avis particulier l'eût emporté, j'aurais fait autre chose que ce que j'avais voulu ; c'est alors que je n'aurais pas été libre.

Ceci suppose^ il est vrai, que tous les caractères de la volonté générale sont encore dans la pluralité (2) ; quand ils cessent d'y €tre, quelque parti qu'on prenne, il n'y a plus de liberté.

En montrant ci-devant comment on substituait des volontés parliculières à la volonté générale dans les délibérations publiques, j'ai suffisamment indiqué les moyens praticables de prévenir cet abus ; j'en parlerai encore ci-après-, A l'égard du nombre proportionnel des suffrages pour déclarer cette volonté, j'ai aussi donné les principes sur lesquels on peut le déterminer. La différence <l'une seule voix rompt l'égalité, un seul opposant rompt l'unani^ mité ; mais, entre Tunanimité et l'égalité, il y a plusieurs partages inégaux, à chacun desquels on peut fixer ce nombre, selon i'état et les besoins du corps politique.

Deux maximes générales peuvent servir à régler ces rapports : ^'uue, que plus les délibérations sont importantes et graves, plus Tavis qui l'emporte doit approcher de l'unanimité ; l'autre, que jlus l'affaire agitée exige de célérité, plus on doit resserrer la <iifférence prescrite dans le partage des avis. Dans les délibérations qu'il faut terminer sur-le-champ, l'excédant d'une seule Toix doit suffire. La première de ces maximes parait plus convenable aux lois et la seconde aux aiffaires. Quoi qu'il en soit, c'est 4Ur leur conoibinaison que s'établissent les meilleurs rapports ^tt on peut donner à la pluralité pour prononcer.

Contrat social^ IV, ii.

1. « A Gènes, on lit au devant des prisons et sur les fers des galériens ^mot: libertas. Cette application de la devise est belle et juste. En effet, S t)'y a que les malfaiteurs de tous £tats qui empêchent le citoyen d*ètre ■'*>re. » Note de Rousseau.

^ î. C'estrà-dire que l'esprit de la pluralité, du plus grand nombre, est ^<)core identique à la volonté nationale, à Tesprit de la nation.

324 LA PHILOSOPHIE EN FRANCE AU XVllP SJÈCLE,

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