VI. - Il faut élargir Tidée de Dieu
Les hommes ont banni la Divinité d'entre eux ; ils Tout reléguée dans un sanctuaire, les murs d'un temple bornent sa vue, elle n'existe point au delà. Insensés que vous êtes, détruisa ces enceintes qui rétrécissent vos idées, élargissez Dieu, voyei-Ie partout où il est, ou dites qu'il n'est point.
Penses philosophiques y XIVI.
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vu. — Sur U9uper9titioD.
Oui, je le soutiens, la superstition est plus injurieuse à Dieu ue rathéisme, « J'aimerais mieux, dit Plutarque, qu'on pensât u'il n'y eût jamais de Plutarque au monde, que de croire que lutarque est injuste, colère, inconatant, jaloux, vindicatif, et b1 qu'il serait bien fâché d'être, » tbid., Xll.
HBLVéTlUS.
ieWétius (Claude-Adrien) naauit h Paris $n 1715. Fermier-général à vingltrois ans, il conviaitàsa table Diderot, Galiani et les philosophes d^ l'époque, Tisitait Voltaire, BufTon, Montesquieu, dépensait pour le souCien des gens de lettres le$ 300,000 francs que lui rapportait sa charge. A partir de 1750, il se consacra exclusivement à la philosophie, publia en 1758 son livre de l'Esprit, dut se rétracter, passa à la cour de Frédéric et ™ta TAngleterre. Malgré ses doctrines égoïstes, ce fut un des hommes les plus honnêtes et hs plus bienfaisants de son siècle. Il mourut en 1771. En 1772 parut son Traité de Vhomme et de ses facultés intellectuelles, où il soutient la thèse de l'égalité originelle des intelligences.
^ — L'intérêt personnel, principe des vertus et des vices, d'après HelvètiUs.
Quel homtne, s'il sacrifie l'orgueil de se dire plus vertueux que les autres à l'orgueil d'être plus vrai, et s'il sonde avec une attention scrupuleuse tous les replis de son âme, ne s'apercevra pas Jtie c'est uniquement à la manière différente dont l'intérêt per- BOûnel se modifie que Ton doit ses vices et ses vertus ? que tous les hommes sont mus par la même force ? que tous tendent également à leur lx)nbeur ? que c'est la diversité des passions et des goûts, dont les uns sont conformes et les autres contraires à l'intérêt public, qui décide de nos vertus et de nos vices ? Sans mépriser le vicieux, il faut le plaipdre, se féliciter d'ua naturel heureux, remercier le ciel de ne nous avoir donné aucun de ces goûts et de ces passions qui nous eussent forcés de cbercher notre bonheur dans l'infortune d'atitrui. Car enfin on obéit tou*jours à son intérêt ; et de là Tinjustice de nos jugements, et ces noms de juste et d'injuste prodigués à la même action, relativei&eat à l'avantage ou au désavantage que chacun en reçoit.
Si l'univers physique est soumis aux lois du mouvement, l^anivers moral ne Test pas moins à celles de rintérât. L'intérêt est sur la terre le puissant enchanteur qui change aux yeux de
toutes les créatures la forme de tous les objet?, de mouton paisible gui pâture dans nos plaines n'est-il pas un objet d'épouvante et d*horreur pour ces insectes imperceptibles qui vivent dans l'épaisseur de la pampe des herbes ) Fuyons, disent-ils, cet animal vorace et cruel, ce monstre dont la gueule engloutit à h fois et nous et nos abris. Que ne prend-il exemple sur le lion et le tigre ? Ces animaux bienfaisants ne détruisent point nœ habitations ; ils ne se repaissent point de notre sang ; justes vengeurs du crime, ils punissent sur le mouton les cruautés que le mouton exerce sur nous. C'est ainsi que des intérêts difiérents métamorphosent les objets : le lion est à nos yeux ranimai cruel ; aux yeux de l'insecte, c'est le mouton. Aussi peut-ou appliquer à l'univers moral ce que Leibnitz disait de l'univers physique : que ce monde toujours en mouvement offrait à chaque instant un phénomène nouveau et différent à chacun de ses habitants (1).
IL — L'homme humain, d'après Helvétius.
L'homme humain est celui pour qui la vue du malheur d'autmi est une vue insupportable, et qui, pour s'arracher à ce spectacle, est, pour ainsi dire, forcé de secourir le malheureux. L'homme inhumain, au contraire, est celui pour qui le spectacle de la misère d*autrui est un spectacle agréable ; c'est pour prolonger ses plaisirs qu'il refuse tout secours aux malheureux. Or ces deux hommes si différents tendent tous deux à leur plaisir, et sont mus par le même ressort. Mais, dira-t-on, si Ton fait tout pour |.