‹ Extraits des grands philosophesChapitre 23 sur 331 · DÉMOCRITE · texte numérisé non relu

DÉMOCRITE

« Démocrite, fils d'Hégésistratc, naquit à Abdère... Il s'attacha à Leucippe, et fréquenta, disent quelques-uns, Anaxagore, quoiqu'il eût quarante ans de moins que lui. Démétrius et Antisthène disent qu'il alla

l. Simplicius, in Physic, Aristotelis, folio 33, b. Sextus Empiricus iiversus Mathematicos, IX, 6. « Que l'ordre et la beauté qui existent dans les choses ou qui s*y produisent aient pour cause ou la terre ou quelque autre élément de cette sorte, c'est ce qui n'est guère vraisemblable ; et Ton ne j^eut même croire que les anciens philosophes aient eu cette opinion; d'ailleurs, rapporter au hasard ou à la fortune ces admirables effets, était trop peu raisonnable. Aussi, quand un homme proclama que, de même que dans les animaux, il y avait dans la nature une intelligence cause de l'arrangement et de l'ordre universel, cet homme parut seul jouir de sa raison, au prix des divagations de ses devanciers. Nous savons, à n'en pas douter, qu'Anaxagore s'appliqua à ce point de vue de la science. » Aristote, Métaphysique^ I,

trouTer en Egypte les prêtres de ce pays, qu'il apprit d'eux la géométrie, qu'il se rendit en Perse auprès des philosophes chaldéens et pénétra jusqu'à la mer Rouge. Il y en a qui assurent qu'il passa dans les Indes, qu'il conyersa ayëc des gymnosophistes, et fit un Toyage en Ethiopie.

o Démétrius raconte qu il vint à Athènes ; qu'à cause du mépris qu'il avait pour la gloire il ne chercha point à s'y faire connaître, et que, quoiqu'il eût occasion de Toir Socrate, il ne fut pas connu de ce philosophe ; aussi dit-il : « Je suis venu à Athènes, et en suis sorti inconnu. » (( On a de lui cette maxime : - La parole est l'ombre des actions. » a Démétrius raconte qu'après avoir fini ses voyages et dépensé tout son bien, il vécut pauvrement ; de sorte que son frère Damaste, pour soulager son indigence, fut obligé de le nourrir. L'événement ayant répondu à quelques-unes de ses prédictions, plusieurs le crurent inspiré, et le jugèrent déjà digne <^u'on lui rendit les honneurs divins. Il y avait une loi qui interdisait la sépulture dans sa patrie à quiconque avait dépensé son patrimoine. Démocrite. dit Antisthène, informé de la chose, et ne voo^ lant point donner prise à ses calomniateurs, leur lut son ouvrage intitulé du Grand monde, ouvrage qui surpasse tous ses autres écrits. U ajoute que cela lui valut cinq cents talents, qu'on lui dressa des statues d'airain, et que, lorsqu'il mourut, il fut enterré aux dépens du public, après aToir vécu cent ans et au delà. » DioGÈNE LâEHGE, trad. Lefèvre, IX.

Démocrite admettait pour principes de l'univers les atomes et le vide, rejetant tout le reste comme fondé sur des conjectures. Il croyait qu'il y a des mondes à l'infini, sujets à la génératicm et à la corrupLion ; que rien ne se fait de rien ni ne s'anéantit; que les atomes sont infinis par rapport à la grandeur et ao nombre ; qu'ils se meuvent en tourbillon, et que de là proviennent le feu, l'eau, l'air et la terre ; que ces matières sont des assemblages d'atomes ; que leur solidité les rend impénétrables, et fait qu'ils ne peuvent ôtre détruits ; que le soleil et la lune sont formés par les mouvements et les circuits grossis de ces masses agitées en tourbillon ; que l'âme est un composé de même nature; que tout s'opère absolument par la raison du moa» vement circulaire qui est le principe de la génération, raison qu'il appelle nécessité; que la fin de nos actions est la tranquillité d'esprit ; non celle qu'on peut confondre avec la volupté, comme quelques-uns l'ont compris, mais celle qui met l'âme dans un état de parfait repos, de manière que, constamment satisfaite, elle n'est troublée ni par la crainte, ni par la superstition ou par quelque autre passion que ce soit.

DiOGÈNE Làerce, IX.

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