IX. — Importance des formes caractéristiqqes dans Tart
)rce, qui est le principe de la particularisation, et par conséaussi de l'individualité des êtres, se révèle en eux comme bre vivant... Dès ses premières œuvres, la nature est parfaii caractéristique (1). Elle enferme dans le dur silex la force et l'étincelle de la lumière, l'âme harmonieuse du son dans ie du métal. Sur le seuil même de la vie, lorsqu'elle songe l'organisation, elle retombe, vaincue par la puissance de la
dans la pétrification. La vie des plantes consiste dans une euse sensibilité ; mais dans quels contours précis et serrés ie souffrante n'est-elle pas enfermée? Dans le règne animal,
pour la première fois, commencer précisément le combat a vie et la forme. La nature cache ses premières œuvres le dures écailles, et là où celles-ci disparaissent la vie Qe de nouveau, par l'instinct de l'art, dans le règne de la iisation. Enfin elle prend une allure plus hardie et plus et alors se montrent, dans l'activité et la vie, des caractères mt les mêmes dans toutes les espèces. L'art, il est vrai, ne ^rendre son point de départ aussi bas que la nature. Chez ;i la beauté est également répandue partout, il y a cepenlivers degrés dans la manifestation et le développement de ice, par conséquent aussi dans la beauté ; mais l'art veut îelle-ci une certaine richesse, il voudrait faire résonner non cent ou un son isolé, ni même un accord détaché, mais lonieuse mélodie de la beauté. Il s'empare donc de préfé- , immédiatement, de ce qu'il y a de plus élevé et de plus )ppé : de la forme humaine. Car, comme il ne lui est pas
'est-à-dire qu'elle donne à ses œuvres un earactère particulier déter- ExT. 6tt. Philos. 27
418 LA PHILOSOPHIB ALLEMANDE.
donné d'embrasser l'ensemble dans ses immenses proportions, et que, dans les autres créatures, Têtre ne se manifeste que par des éclairs isolés, tandis que dans l'homme il apparaît dans sa plénitude, sans interruption, non-seulement il lui est permiSi mais il est obligé de voir la nature entière dans l'homme seul. Mais, précisément pour cela même, comme la nature rassemble ici tout en un seul point, elle reproduit toute sa variété, et le chemin qu'elle a parcouru dans un plus vaste circuit, elle le reprend de nouveau dans un espace plus restreint. Ici donc natt pour l'artiste la nécessité d'être fidèle et vrai dans des limites plus étroites, afin de paraître, dans l'ensemble, parfait et beau. C'est ici qu'il s'agit de lutter avec la nature créatrice, qui, dans le monde de l'homme, distribue aussi les caractères et les empreintes avec une diversité inépuisable, d'engager le combat, non lâchement et mollement, mais avec énergie et courageusement. L'habitude continuelle de s'exercer à reconnaître le caractère propre des choses et à distinguer leur côté positif doit le préserver du vide, de la faiblesse, de la nullité intérieure, en attendant qu'il puisse oser, par une plus savante harmonie et par une fusion définitive des formes diverses, essayer d'atteindre à la beauté!» plus parfaite, dans des représentations d'une plus haute si©* plicité, malgré la richesse infinie du fond qu'elles expriment.
C'est seulement par la perfection de la forme que la fonne peut être anéantie ; et c'est là, sans contredit, dans le caractéristique, le but suprême de l'art. Mais s'il est vrai, en générait que l'harmonie apparente, à laquelle les esprits superficiels pa^ viennent plus facilement que d'autres, est cependant nulle iutérieurement, il en est de même, dans l'art, de l'harmonie extérieure, à laquelle on parvient vite et qui cache la pauvreté du fond. Et, si la science et l'éducation doivent combattre ^ imitation mécanique des belles formes, elles doivent aussi, i* surtout, combattre la tendance à un genre mignard et sans canfr tère, qui se donne à la vérité les plus beaux noms, mais ne cacto par là que l'impuissance à remplir les conditions fondameutal* de l'art.
Cette beauté supérieure, dans laquelle la perfection de lafofl"* fait disparaître la forme elle-même, fut admise par les nouvelto théories sur l'art, depuis Winckelmann, non-seulement comineh plus haute, mais l'unique mesure. Mais conmie le principe pi^* fond, sur lequel cette beauté repose, avait échappé, il anivt 4f l'on se fit une idée négative de cette formule, qui exprima ■
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vérité dans son caractère le plus positif. Winckëlmann compare la beauté à Teau gui, puisée à sa source, est regardée comme ' <l'autant plus salutaire qu*elle a moins de goût. Il est vrai que la pins haute beauté est sans caractère ; mais elle Test dans le môme sens que nous disons de l'univers qu*il n'a aucune mesure déterminée, ni longueur, ni largeur, ni profondeur, parce qu'il renferme toutes les dimensions dans une égale inanité ; elle Test dans ce sens que l'art de la nature est sans forme, parce qu'ellemême n'est soumise à aucune forme. C'est dans ce sens, et non dand un autre, que nous pouvons dire que l'art hellénique, dans ses plus hautes créations, s'est élevé à l'absence de caractère. Mais il n'y parvint pas immédiatement ; ce n'est qu'après s'être affiranchi des liens de la nature qu'il sut s'élever à une liberté divine. D'une graine semée au hasard ne pouvait naître cette jlante héroïque, mais d'un germe profondément caché dans la terre. Les grands mouvements de l'âme, les profonds ébranlements de l'imagination, sous l'impulsion des forces dé la nature qui vivifient tout, qui agissent partout, pouvaient seuls donner à l'art l'empreinte de cette puissance irrésistible, avec laquelle, depuis le sérieux raide et enveloppé' de représentations d'une époque antérieure, jusqu'aux œuvres d'une grâce sensible sura- ])ondante, il resta toujours fidèle à la vérité, et enfanta, avec un iflépuisable génie, la plus haute réalité qu'il ait été donné aux mortels de contempler.
De même que la tragédie commença par la grandeur et l'éaergie du caractère moral, de même le commencement de la sculpture fut le sérieux de la nature;» et la sévère déesse €'Athènes fut la première et la seule muse des arts plastiques. Cette époque est caractérisée par ce style que Winckelaann décrit comme encore rude et sévère, dont le style suiifant, ou le haut style, ne pouvait sortir qu'en s' élevant du «ractéristique au sublime et au simple. En effet, dans les repré- «entations des natures les plus parfaites ou des divinités, devait l^paraltre toute la richesse des formes réunies, dont la nature Ittunaine est capable. De plus, cette réunion devait être telle que nous puissions la supposer existant dans le monde réel luimême, c'est-à-dire telle que les qualités inférieures, ou de moin- ^ importance, soient subordonnées aux supérieures et toutes finalement à une seule, la plus haute, dans laquelle elles s'effacent iMproquement comme particulières, et cependant subsistent par \ Véwence et la force intime qui leur est inhérente. Si, dè%tet^>
cette beauté élevée et libre ne peut être appelée caraçtérisi pmsque ce mot suppose des limites et des conàitions im] à l'apparence, cependant le caractéristique s'y développe e d'une manière insensible comme dans le cristal la conte des parties subsiste malgré la transparence. Chaque éU caractéristique maintient son action, mais avec doucei concourt ainsi à l'effet que produit l'indiiBférence sublime beauté.
Le côté extérieur ou la base de toute beauté est la beauté forme ; mais comme la forme ne peut exister sans l'ess* partout où la forme se montre, le caractère aussi est visible au moins, se fait sentir. La beauté caractéristique est doi beauté dans sa racine ; elle seule peut ensuite produire coj son fruit la véritable beauté. L'essence, il est vrai, dépas! forme ; mais encore le caractéristique reste-t-il toujours le j cipe générateur du beau.
X. ~ Comparaison de la sculpture» de la peinture, de la poésie.
Mais si cette haute et indifférente beauté doit, en outre, prise pour la seule mesure dans l'art, puisqu'elle est consid comme la plus haute, elle parait devoir dépendre du degré d'é due et de richesse selon lequel chaque art particulier peut a Cependant, la nature, dans le vaste cercle où elle se meut, re] sente toujours, avec ce qui est élevé, l'élément inférieur qui est inhérent. En créant le divin dans l'homme, elle se conte d'en donner, dans les.autres êtres, la matière ou la base, gui( n'être là que pour faire ressortir l'essence en elle-même. II ; plus, dans l'humanité elle-même, les grandes masses dévie nent, de nouveau, la base d'où s'élèvent un petit nombre d'in^ vidus, destinés à représenter le principe divin, législateoi conquérants ou fondateurs de religions. Par conséquent, parW où l'art agit avec la variété de la nature, il peut et doit, à (0^ la plus haute mesure de la beauté, en montrer aussi la base, el, «< quelque sorte, la matière, dans des images indépendantes. Ctf* ici que se manifeste, pour la première fois, d'une manière flcative, la nature difiérente des formes de l'art.
La sculpture, dans le sens rigoureux du terme, dédaigne de do»'
'^er extérieurement l'espace à son objet ; elle le porte en elle-m^^
*i parla même, le champ de son développement se troaîeii^
Té. n y a plus, elle est obligée de montrer la beauté de f^
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vers, en quelque sorte dans un point. Elle doit donc tendre immédiatement à ce qu'il y a de plus élevé ; elle ne peut atteindre à la variété que dans des images isolées et par la plus sévère exclusion des éléments qui se contredisent. Par l'élimination du principe purement animal, elle parvient aussi à représenter dans la nature humaine, d'une manière harmonique et presque belle, des créatures inférieures ; ce que nous apprend la beauté de plusieurs faunes conservés de l'antiquité. Elle peut même, à l'imitation de la capricieuse nature, se parodier elle-même, retourner son propre idéal, par exemple, dans les formes disproportionnées des Silènes, se jouer, plaisanter, et paraître ainsi s'afEranchir du joug de ia matière. Mais elle est toujours forcée de placer son œuvre dans une condition tout à fait à part, pour le mettre d'accord avec lui-même, et d'en faire comme un monde en soi, parce qu'il n'y a pas pour elle une unité plus haute où la dissonance des parties puisse s'efiacer.
Au contraire, la peinture peut déjà, pour l'étendue, se mesurer avec la nature et composer avec une largeur épique. Dans une Iliade, il y a aussi place pour un Thersite. Et qui est-ce donc qui ne trouverait pas place dans le grand poëme héroïque de la nature et de l'histoire? Ici, l'individu compte à peine pour lui-môme. Le tout prend sa place, et ce qui serait beau en soi le devient par l'harmonie de l'ensemble. Supposez que, dans une des plus grandes compositions de la peinture, qui;lie ses figures par la perspective, par la distribution de la lumière et des ombres, la plus haute mesure de la beauté soit appliquée partout, de là naîtra l'uniformité la plus antinaturelle, puisque, comme le dit Winckelmann, la plus haute idée de la l>eauté est partout la môme et permet peu de déviations. La partie serait alors préférée au tout, au lieu qu'en général, là où le tout ^aît d'une pluralité, la partie doit lui être subordonnée. Par conséquent, dans un pareil ouvrage, les grada];ions de la beauté doivent être observées, ce qui seul peut faire ressortir la parfaite beauté placée dans un point central, et d'une inégalité dans les Parties naît l'équilibre dans le tout. Ici le faux caractéristique tj^ouve aussi sa place. Au moins la théorie, au lieu d'enfermer le ?eintre dans l'espace étroit qui réunit et concentre toute beauté, ^Urait-elle dû lui proposer pour modèle la multiplicité caractéris- '^que de la nature, par laquelle seul il peut donner à une grande imposition la plénitude et la richesse qui caractérisent la vie. ^insi pensait, parmi les fondateurs de Tart moderne, l'illustre
Léonard, ainsi le maître de la plus haute beauté, Raphaël, qui ne Craignait pas de représenter celle-ci dans une mesure in£§rieui^e, plutôt que de paraître uniforme, froid et sans e£[et.Il savait non-seulement produire la beauté parfaite, mais aussi briser son uniformité par la variété de l'expression.