XI. -^ Nécessité de la passion dans l'œuvre â'art
Si le caractère peut s'ejEprimer même dans le repos et Féqnilibre de la forme^ il n'est cependant, à proprement parler, vivant que daûS l'activité. Nous nous représentons le caractère comnw la réunion de plusieurs forces agissant constamment de manière à conserver un équilibre et une mesure déterminée, de sorte qufl si cet équilibre vient à être rompu, un autre lui succède avecU même harmonie de formes. Mais si cette unité vivante doit se montrer en action et en mouvement, cela n'est possible qu'autant que les forces, violemment soulevées par quelque cause, sortent de leur équilibre. Or, chacun reconnaît que c'est ce qui a lieu dans les passions.
Ici, nous rencontrons ce précepte de la théorie qui ordonne de modérer, autant qu'il est possible, les passions, lorsqu'elles éclatent au dehors, aân que la beauté de la forme ne soit pas violée. Mais nous croyons devoir plutôt retourner le précepte et l'exprimer ainsi : les passions doivent être tempérées par la beauté ellemême. Car il est très à craindre que cette modération que Ton recommande ne soit aussi entendue d'une manière négative, tandis que la véritable loi de l'art est bien plutôt d'opposer à la passion une force positive. Car, de inême que la vertu ne consiste pas dans l'absence de passions, mais dans la force de l'esprit qui les maîtrise, de même ce n'est pas en les écartant, ou en les amoindrissant, que l'on produit la beauté, mais par Tempiie qu'exerce la beauté sur elles. La force des passions doit, par conséquent, se montrer. Il doit être visible qu'elles peuvent se sonlever dans toute leur violence, mais qu'elles sont maintenues par rénergie du caractère, et qu'elles viennent se briser contre les lois d^une inébranlable beauté, comme les flots d'un flenve qui remplit ses bords, mais ne peut les inonder. Autrement, cette entreprise de modérer les passions ne pourrait se comparer qu'à celle de ces moraUstes étroits, qui, pour avoir meilleur marché de la nature humaine, ont volontiers pris le parti de la mutiler.
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XIL — L'art et la nature.
L'art est pour le philosophe ce qu'U y a de plus élevé, parce qu'il lui ouvre le sanctuaire où brûle d'une môme flamme, en une primitive et étemelle union, ce qui existe séparé dans la nature et dans l'histoire, ce qui se fait constamment dans la vie et dans la pensée. Ce que nous appelons la Nature est un poëme dont l'intelligence est impossible , parce qu'il est écrit en caractères mystérieux, mais dans lequel, si nous pouvions le déchiffrer, nous reconnaîtrions l'Odyssée de l'Esprit, qui, livré à une merveilleuse illusion, se cherchant lui-même, se fuit sans cesse lui-même... La nature est pourTartiste ce qu'elle est pour le philosophe : le monde idéal apparaissant sans cesse sous des formes finies, le pâle reflet d'un monde qui n'est pas hors de sa pensée, mais en lui-même.