XIIL - La grâce
Le comble de l'art comme celui de la nature est la grâce. Après que l'art a donné aux choses le caractère qui leur imprime l'aspect de l'individualité, il fait un pas de plus : il leur donne la grâce qui les rend aimables , en faisant qu'elles semblent aimer. Au delà de ce second degré, il n'y en a plus qu'un, que le second annonce et prépare ; c'est de donner aux choses une âme; par quoi elles ne semblent plus seulement aimer, mais elles aiment... La grâce dans l'art est l'expression de l'âme. •• A l'approche de l'âme une douce aurore se répand sur l'œuvre ; les contours se tempèrent et s'adoucissent ; c'est le moment où naît la grâce. La pure image de la beauté arrivée à ce degré de développement, c'est la déesse de l'amour. L'esprit de la nature n'est opposé à l'âme qu'en apparence, en soi il est l'organe et le symbole de celle-ci. Toutes les autres créatures sont animées par le seul esprit de la nature ; dans l'homme seulement apparaît l'âme, sans laquelle le monde serait comme la nature sans le soleil...
L'âme n*est pas dans Thomme le principe de l'individualité ; mais c'est précisément ce par quoi il s'élève au-dessus de tout égoïsme, ce par quoi il est capable de renoncement à soi, d'un amour désintéressé, et, qui plus est, de la contemplation et de la connaissance de l'essence des choses. Elle n'a plus pour objet la matière; il n'est plus en rappor
immédiat avec elle, mais seulement avec l'esprit, gui est la vie des choses. Tout en apparaissant dans le corps elle est cependant indépendante du corps dont la conscience n*est en elle qiie comme un songe léger gui ne la trouble pas. En ce cas l'âme n'est pas une gualité, une faculté, rien de particulier de cette espèce ; elle ne sait pas, elle est la science ; elle n'est pas boone, elle est la bonté ; enfin elle n'est pas belle, elle est la beauté même.
Discours sur le rapport des beauœ^arts avec la nature, 366, 368, 382, 398 et suiv.
Georges- William He^el naauit à Stuttgard en 1770, fut à Tubingue le condisciple et Tami de Scnelling, séjourna quelque temps comme professeur en Suisse et à Francfort, et enseigna ensuite publiquement à rUniversité d'Iéna, puis à Heidelberg. Il succéda à Fichte dans la chaire de Berlin en 1818, et il y professa, environné de la plus grande celébrité, jusqu'à la fin de sa vie en 1831. Ses principaux ouvrages sont : la Phénoménologie de l'esprit (1807) ; la Logique (1812) ; VEncycloûédie âa sciences philosophiques (1817); la Philosophie du droit (1821); la ?hil(h Sophie de V histoire, les Leçons sur la Philosophie de la religion, sur VHii' toire de la philosophie»
I. — > La philosophie a pour objet le monde des idées et de l'esprit.
C'est surtout à Tesprit de la jeunesse que je fais appel, car la jeunesse est ce temps heureux de la vie où l'on n'est pas encore resserré dans d'étroites limites par les nécessités de la vie extérieure, où Ton peut s'occuper librement de la science et l'aimer d'un amour désintéressé, où l'esprit enûn n'a pas encore pris une attitude négative et sceptique vis-à-vis de la vérité. Une âme encore saine et pure éprouve le besoin d'atteindre à la vérité, et c'est le royaume de la vérité que la philosophie habite. Tout ce qu'il y a de vrai, de grand et de divin dans la vie est l'œuvre de ridée ; et l'objet de la philosophie consiste à saisir l'idée dans sa forme véritable et universelle. Dans la nature, l'œuvre de la raison est enchaînée encore par la nécessité. Mais le royaume de l'esprit est le royaume de la liberté. Tout ce qui forme le lien de la vie humaine, tout ce qui a un prix pour l'homme est d'une nature spirituelle, et ce royaume de l'esprit n'existe que par la conscience du vrai et du bien, c'est-à-dire par la connaissance des idées.
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j'aînoqr de la vérité et la foi dans la puissance de Fesprit sont ic la première condition de la recherche philosophique, lomme doit avoir le sentiment de sa dignité et s'estimer capable tteindre aux vérités les plus hautes. On ne saurait rien penser trop grand de la grandeur et de la puissance de l'esprit, ssence cachée de l'univers n'a pas de force qui puisse résister amour de la vérité. Devant lui l'univers doit se révéler et déyer toutes les richesses et toutes les profondeurs de sa na* e.
Discours prononcé à Berlin en 1818. (Traduction Véra.)
IL — Première définition de Dieu par Tôtre. Les Éléates et Spinoza.
ii Ton considère Tôtre comme Tun des attributs de Tabsolu, on ra la définition : l'absolu est l'être ; c'est la définition la is élémentaire, la plus abstraite et la plus vide. C'est la définin des Éléates, et aussi la définition fameuse par laquelle Dieu ; représenté comme la substance de toutes les réalités. On fait isi abstraction de la limitation qui se trouve dans toute réalité, Dieu est alors pensé comme le seul être reely comme l'être qui it le fond de toute réalité, et comme la seule réalité. Cette finition est celle du Dieu de Spinoza, qui, suivant Jacobi, ', le principe de Tôtre dans toutes les existences.
Logique^ § 86. (Traduction Véra.)
IIL — Identité de l'être pur et du non-être.
L'être pur, ainsi conçu, c'est l'abstraction pure, Tétre dont on t peut rien affirmer (pas même qu'il est), sans le nier par cela éme, car cette affirmation suppose à côté de Vêtre au moins la tnsée de l'être, soit que l'être s'affirme lui-même, soit qu'il it affirmé par un autre que lui. L'être pur est donc l'être absoiQent indéterminé. Mais l'être absolument indéterminé, c'est 'tre qui n'est rien, c'est l'être et autre chose que Têtre, c'est ^tre et ce qui n'est pas l'être, c'est en un mot l'être et sa néga- >n, le non-être. Ibid.^ § 87.
lY. — Seconde définition de Dieu, par le non-être. Les bouddhistes.
La seconde définition de l'absolu est : l'absolu est le non-^tre.
426 LA PHILOSOÏ>HIB ALtEMAKDE.
Au fond, c'est là ce que veulent dire ces paroles : « que U GhA en soi est indéterminée, entièrement dépourvue de formel et ( contenu », ou bien (( que Dieu est la plus haute essence et qp! n'est que cela » ; car^ de cette manière on se représente Dit comme une négation. Le néant des bouddhistes, qui est le cou mencement et la fin des choses, exprime la môme abstractioi
Logique^ § 87.
V, — Réponse aux objections contre Tidentité de Tètre et du non-être.
Si l'être, objecte- t-on, et le non-être sont identiques, ma maison, mon bien, l'air à Tégard de la respiration, telle ville, le soleil, k droit, l'esprit. Dieu, sont et ne sont pas, et il m'est indiférenl qu'ils soient ou qu'ils ne soient pas.
Mais d'abord, dans ces exemples, on substitue à l'être et d néant purs et abstraits des fins particulières et des choses qoiori utilité pour moi, et l'on se demande ensuite s'il m'est indiffîreri que telle Chose, qui m'est utile, soit ou ne soit pas I Au reste dai le fait, la philosophie est précisément la science qui doit aibii chir l'homme de ce nombre infini de fins et de vues partiei lières, et le placer dans un état d'indifférence telle, que ce id une seule et même chose pour lui, que tel objet particulier exiii ou n'existe pas.
Ensuite, dans ces exemples, il est question d'objets qui n exis^ tent que par leur rapport avec d'autres existences et d'aut fins, lesquelles sont supposées comme ayant une réalité. L'd substitue par là à la différence abstraite de l'être pur et néant la difi'érence des existences concrètes... Ainsi, en si tituant un objet concret à l'être et au néant purs, Ton toi dans ce vice habituel de la pensée, qui consiste à se rej senter les choses tout autrement qu'elles ne sont, à confo des objets distincts et à parler des unes comme on devrait 1er des autres. C'est ce qui arrive ici, où il n'est vraii question que de l'être et du non-être abstraits. Ibid.
VI. — Troisième définition de Dieu par le principe du devenir universel.
On'on prenne le devenir, chacun peut se le représent L'on accordera que, lorsqu'on l'analyse, on y trouve la ^^^ mination de VêPre^ comme aussi de son contraire^ le néo^'^
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L accordera enfin que ces deux déterminations se trouvent nies dans une seule et même représentation. Le devenir est, conséquent, Tunité de Têtre et du néant, fn autre exemple semblable à celui-ci est fourni par le commenlent. Une chose n'est pas encore en commençant* Cependant commencement n'est pas un pur néant, mais il fait aussi son 3. Le commencement est le devenir, mais un devenir qui exme un rapport avec un développement ultérieur (1).
YII. — Vérité du devenir universel. Fausseté du « nihil ex nihilo ».
în regard de notre proposition, que le devenir fait le passage Véire au néant et du néant à Pétre^ se trouvent les proposiis vulgaires : < Rien ne peut venir du néant. Ce qui est ne peut nr que de Vétre^ » lesquelles établissent l'éternité de la mare et sont le fondement du panthéisme. Les anciens ont déjà I; cette réflexion bien simple, que ces propositions suppriment fond tout devenir. Et en effet, si on les admet, ce qui devient ce dont il devient seront une seule et même chose. Ces propoions sont fondées sur les Identités abstraites de l'entendement ; Ton doit s'étonner de les voir admettre, de notre temps, avec e entière confiance, sans comprendre qu'elles sont la source panthéisme, et sans savoir que les anciens ont déterminé défiivement la valeur et le sens de ces propositions. Il ne serait pas difficile de prouver que Tunité de l'être et i néant se rencontre dans tous les événements, dans tous les jets et dans toutes les pensées. L'on doit dire de l'être et du lant... qu'il n'y a rien au ciel ni sur la terre qui ne les couenne tous les deux.
Wsqu'on parle d'une chose réelle, ces deux déterminations, » et néant, s'y traduisent par l'élément positif et par l'ôléînt négatif...
Bn Dieu lui-même, la qualité, l'activité, la création, la puis« ^ce, etc., contiennent essentiellement des déterminations néives, par exemple la production.
Logique, § 88, 89.