‹ Extraits des grands philosophesChapitre 262 sur 331 · XI. -^ La religion · texte numérisé non relu

XI. -^ La religion

t, Q est de la plus grande importance pour la science, ainsi que la vie pratique, de ne pas confondre ce qui n'est que simlent commun axecVuniverseL.^ ^universel, entendu dans sa itioQ vraie et complète, est une pensée à l'égard de la* OU peut dire qu'il a fallu des milliers d'années pour Télé* h la conscience de rhumanité, et c'est le christianisme le premier Ta pleinement reconnue. Les Grecs, qui avaient $\ur0 une si haute civilisation, n*ont eu conscience de la isniversalité ni de Dieu, ni de l'homme. I^es dieux des fiecs, n'étaient que des puissances particulières de l'esprit, et le m universel, le Dieu des nations, était pour les Athéniens un m eacore inconnu. C'est aussi parce qu*on n'avait pas reconnu valeur infinie, et le droit infini de l'homme en tant qu'homme^ l'aux yeux des Grecs il y avait, pour ainsi dire^ un abîme eux et les barbares. On s'est souvent demandé pourquoi ivaga a disparu dans TËurope moderne, et on a donné telle istance pour raison de ce fait. La véritable raison qui fait 'il n'y a plus d'esclaves dans l'Europe chrétienne, il faut la (her dans le principe même du christianisme. La religion (tienne est la religion de la liberté absolue, et il n'y a que les itiens qui accordent Ane valeur infinie à l'homme, en tant Le. Ce qu'on refuse à l'esclave, c'est sa personnalité, et le âpe de la personnalité, c'est l'universalité. Le maître ne Idêre pas l'esclave comme une personne, mais comme une une individualité sans moi, car c'est lui qui est son *oli Logique, § 148.

XIL — L*art a-t-il pour objet l'imitation de la nature ?

L'opinion la plus ancienne et la plus commune est celle 'qui àmne pour objet à l'art et à la poésie Vimitation de la nature.

On peut dire d'abord que cette répétition est inutile et peine perdue, puisque ce qui nous est offert en spectacle dans un ta- Neau ou sur la scène, nous pouvons tout aussi bien le voir dans nos jardins ou dans nos maisons. C'est non-seulement un iravail superflu, mais un jeu qui accuse à la .fois Torgueil de l'homme et la vanité de ses efiorts. L'art est limité dans ses moyens de représentation ; il ne produit que des illusions

imparfaites dont un seul sens est dupe. A la place du réel et du vivant, il met le mensonge hypocrite de la réalité et de la vie.

On rapporte plusieurs exemples d'une illusion parfaite produite par les représentations de l'art. Les raisin^ de Zeuxis ont été donnés par l'antiquité comme le triomphe de la peinture. Panni les modernes on cite le singe de Buttner, etc. Mais au lieu de louer de tels ouvrages pour avoir trompé des animaux, des colombes ou des singes, ne devrait-on pas plutôt blâmer ceux qm croient élever ainsi bien haut la dignité de l'art en lui donnant pour but suprême un effet d'une nature aussi inférieure î Sa général, on peut dire, qu'en s'efforçant d'imiter la nature, rhomme se fait écraser dans cette lutte inégale. Il ressemble an ver qui, en rampant, veut imiter l'éléphant. Il peut, il est vrai, trouver du plaisir à voir ce qui existait déjà, reproduit par son intelligence et par le travail de ses mains ; mais cette jouissance est précisément d'autant moins vive, plus froide et plus fade, qne rimitation ressemble plus à Toriginal. Elle peut môme se tourner en dégoût. Il est des portraits dont on a dit spirituellement qu'ils étaient dégoûtants de ressemblance. Le chant du rossignol, comme Ta fait remarquer Eant, imité par l'homme, nous déplaît aussitôt que nous nous apercevons que c'est un homme qui le produit. Nous ne reconnaissons là ni une production spontanée de la nature ni une œuvre d'art. En général cette jouissance qne procure l'habileté à imiter est toujours très-bornée. Il y a quelque chose qui fait infiniment plus de plaisir à l'homme, c'est de créer. Dans ce sens, la plus petite invention dans les arts mécaniques est plus noble et a plus de valeur à ses yeux que tout ce qui est simplement imité. L'homme doit être plus fier d'avoir inventé le marteau et le clou que de faire des chefs-d'œuvre d'imitation. L'habileté de l'artiste, qui lutte contre la nature ea s'efforçant de la reproduire, ressemblera toujours à celle de cet homme qui faisait passer des lentilles par une petite ouverture, et à qui Alexandre pour récompenser son art fit délivrer un boisseau de lentilles.

Comme le principe d'imitation est purement extérieur et superficiel, l'expliquer en lui donnant pour but rimitation du be^ tel qu'il existe dans les objets, c'est le détruire. L'imitation doit être fidèle et rien de plus. Parler d'une différence entre les objets comme beaux et laids, c'est introduire dans le principe une distinction qui n'y est pas. D'ailleurs, comme il n'y a pas de crit*'

ium qui décide du choix des objets sous le rapport du, beau )armi les formes infinies de la nature, c'est le goût individuel {ui reste juge, c'est-à-dire le goût sans règles fixes, dont on ne )eut disputer et qui varie avec les individus, les peuples, les degrés de civilisation et les circonstances.

Enfin le principe d'imitation, qui s'annonce avec tant d'autorité x>mme principe universel, ne peut s'appliquer à tous les arts et surtout à la poésie. S'il peut se justifier en apparence dans la sculpture et dans la peinture, que signifie-t-il dans Tarchitecture st dans la musique ? Dans la poésie il convient tout au plus au genre descriptif. Pour le maintenir dans sa généralité, on est obligé de faire un grand détour et de réduire la vérité dans l'imitation à la vraisemblance. Mais la difficulté est toujours la même. Gomment déterminer ce qui est vraisemblable et ce qui ne Test pas ? D'ailleurs, sans parler du merveilleux, on exclut du domaine de Tart un genre qui ne doit pas être banni complètement par le fantastique.

Le but de l'art et de la poésie est donc ailleurs que dans la simple imitation, qui, dans tous les cas, ne peut produire que des œuvres techniques. Sans doute, prendre pour base la nature est une condition essentielle dans les compositions de Tart. L'artiste ou le poète ne peut trop connaître et reproduire la nature dans ses effets et ses nuances les plus variés. En outre, quand l'art se perd dans le nébuleux, ou tombe dans le flasque et le fade, lorsqu'il n'obéit plus qu'à des règles conventionnelles ou s'abandonne à Tarbitraire, il est bon de le ramener aux formes positives, vivantes et régulières de la nature. Mais le naturel dans ce cas, comme côté extérieur et matériel des choses, ne doit pas être donné comme le principe et l'essence de l'art ou de la poésie.

XIII. — L*art a-Ml pour objet la représentation de la nature humaine ?

Une seconde opinion assigne pour but à l'art et à la poésie de Diettre sous nos yeux le spectacle de tout ce que renferme la nature humaine, d'émouvoir par là notre sensibilité et d'exalter ^otre imagination. L'art est appelé ainsi à réaliser en nous la •ïûaxime Nihil humant a me alienum puto. Il doit éveiller toutes *Qs puissances qui sommeillent dans l'âme humaine, révéler à la ^nscience ce qu'il y a de plus profond et de plus mystérieux dans le cœur et la pensée de l'homme, avec tous les contrastes, les oppositions et les contradictions de sa nature, ses grandeurs et ses

Ext. gr. Philos. i 28

misèreSii ses peines et ses souffrances, tous les sentiments et toutes les passions, et cela afin d'étendre et de compléter le cercle de notre expérience, afin que Thomme ait vécu la vie humaine tout entière. Ce résultat s'obtient par VilluHon qui reinplace pour nous la réalité.

Mais il est facile de voir que ce principe ne détermine pas le véritable but de Tart ni de la poésie, car il laisse ceux-ci com« plétement indifférents sur la nature du fond qui est l'objet de la représentation. L'art est une forme qui se prête à tout, que peuvent revêtir les objets les plus dissemblables et affecter tous les contraires. J'exprime indistinctement le bien, le mal, le beau, le laid, le noble, le hideux, le vil et le méprisable.

Sous ce rapport, il en est de Fart et de la poésie comme du raisonnement ; ils peuvent être employés à tout exprimer et à tout orner comme celui*-ci à tout prouver et à tout justifier. Il y a plus, en exaltant notre Imagination et en excitant notre enthousiasme pour des choses contraires, ils font éclater encore davantage leur opposition. Ha nous font partager le délire des bacchantes ou l'indifférence du sophiste.

La raison ne peut s'arrêter à cette définition superficielle et fausse. Du milieu de cette multiplicité de formes, elle veut voir sortir un principe général qui les domine.

XrV. — L*art a-t-il pour abjel d'adoucir les mœurs ?

C'est ici le lieu d'examiner une autre manière plus vraie de concevoir les arts et leur destination, celle qui leur reconnaît le pouvoir et la faculté d'adoucir les mœurs.

D'abord» comment l'art a*t-il la vertu de polir les mœurs et de mettre un frein aux passions ? La grossièreté ou la violence dn caractère conedste dans la domination kyrannique des peocbiots particuliers de la nature sensible avec lesquels l'homme est identifié de telle sorte qu'il n'a pas de volonté en dehors de ces mobiles. L'art adoucit cette rudesse inculte, et tempère cette tIo* lence en donnant l'homme en spectacle à lui*même. Dans œ simple tableau, il y a un pouvoir de calmer et une influence libératrice. Tandis que l'homme contemple ainsi ses propret peo* chants et ses passions, tels qu'ils se développent en lui dansleof entraînement naturel et leur mouvement irréfléchi, il les voit ^rs de lui se poser devant lui, il se prend à les oonsidérer oo01D^ que chose d'extérieur à lui, il s'en distingue, s*ea dégagt fl

par là même commence à s'aôranchir, à être libre. On répète souvent que l'homme doit vivre dans une identité parfaite avec la nature. C'est demander qu'il reste inculte et grossier. En brisant Tunité qui le retient confondu avec elle, Tart Téiève de ses douces mains au-dessus de cet état dlnnocence sauvage. En lui apprenant à contempler, il le dispose à réfléchir, il ouvre à son esprit la vie de la spéculation et de la science.

XY. ^ L'art a-t-il poar objet de purifier les passions ?

Au principe précédent se rattache, comme son développement, celui qui donne pour but à Fart et à la poésie la purification des ptissions^ l'instruction et le perfectionnement moral.

Cette formule : Adoucir les passions^ est vague et superficielle. Il s'agit toujours de savoir dans quel sens et en vue de quel but essentiel et fixe Tart doit polir et modérer les penchants.

Le principe de la purification des passions pèche par le même défaut ; mais il a au moins l'avantage de faire sentir la nécessité d*une règle supérieure qui serve de mesure pour apprécier la valeur et la dignité des œuvres de Fart ; cet élément^ qui fait le fond de la représentation, doit être révélé à la conscience du spectateur sous la forme d'une vérité générale.

Page 1