XVI. — L'art a-t-il pour objet d'instruire t
C'est en ce sens que l'on a dit de Part que sa fin est d'instruire. D'après cela, le caractère propre de l'art et de la poésie consisterait en deux choses: le plaisir de la représentation et renseignement, la leçon morale qui en sort, le fabula docet; c'est l'idée renfermée dans ce vers d'Horace :
Et prodesse volant et delectare poetœ.
Dans cette hypothèse, on peut demander d'abord si, dans ÏCÈuvre d'art ou de poésie, la leçon est directe ou indirecte, exiplieite ou implicite. Si enseigner est bien le but essentiel de '*W, on peut soutenir que plus l'art s'élève, plus il doit présen- ^1* ce caractère, et qu'en outre, c'est dans la vérité enseignée, ^Omme constituant le fond de la représentation, que les formes ^Q celle-ci trouvent la règle et la mesure de leur vérité et de
leurs perfections. — L'art a été, en ef[et, le premier précepteur des peuples.
Si Ton admet ces conséquences, instruire est si bien le but de l'art, que les idées qu'il représente doivent être développées, non d'une manière indirecte ou implicite, mais sous la forme de principes abstraits, de maximes générales et de réflexions prosaïques. Alors la forme sensible, qui constitue précisément l'œuvre d'art, n'est plus qu'un accessoire oiseux, une simple enveloppe, une apparence donnée expressément comme telle, elle n'est plus qu'un ornement extérieur et superflu. L'œuvre d'art est brisée dans son unité. La forme et Vidée ne se pénètrent plus. Elles sont devenues étrangères Tune à l'autre. , En outre, quand on place ainsi le but de l'art dans son utilité, comme moyen d'instruction, le plaisir attaché à la représentation n'a plus lui-même rien d'essentiel, ou il n'a de valeur que comme auxiliaire ou accompagnement utile. Il faut admettre aussi que l'art n'a pas en lui-même sa propre destination, n n'est dans ce cas qu'un des différents moyens que l'on peut employer pour obtenir le but de l'instruction. Nous sommes arrivés ici sur la limite où Tart cesse d'être son but à lui-même. Cette ligne se prononce d'une manière plus profonde et plus nette, si l'on se demande quelle est la fin suprême pour laquelle les passions doivent être purifiées et l'homme instruit.
Dans les temps modernes, on dit ordinairement qu'elle consiste dans le perfectionnement moral.