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XIX. — La poésie comparée aux autres arts

D'abord, en vertu de son caractère de spiritualité, la poésie îst affranchie de tout contact avec la matière pesante. Elle n'a >as à la façonner et à la coordonner pour en former un édifice lui rappelle l'esprit par ses formes symboliques, comme le fait 'architecture ; ni, comme la sculpture, à tirer des trois dimensions de l'étendue une figure naturelle qui soit l'image de l'es- E>rit. Elle exprime immédiatement l'esprit ;par l'esprit lui-même ^vec toutes les conceptions de l'imagination et de l'art ; et cela, sans les manifester Visiblement et corporellement aux regards sensibles.

Si on la compare, en effet, à la peinture, elle conserve aussi, ^^and cela est nécessaire, l'avantage de peindre la pensée et de lettre les objets sous nos yeux. Elle possède divers moyens de Rendre entièrement visible l'image qui ne réside que dans l'esprit.

Toutefois, comme cette image, Télément principal où se meut la poésie, est en effet d'une nature spirituelle, et par conséq[âent porte le caractère général des représentations de la pensée^ elle est incapable d'atteindre à la précision des formes déterminées de l'objet réellement visible. D'un autre côté, dans la poésie, les différents traits qu'elle décrit pour nous rendre sensible la forme réelle des objets ne sont pas juxtaposés comme dans la peinture, de manière à former un seul et môme tableau qui pose devant nous et nous offre simultanément tout un ensemble de détails. Ces traits sont séparés, et cette multiplicité ne s'offre que d'une manière successive.

Mais ce désavantage qu'offre la poésie vis-à-vis de la peinture, du côté de la réalité sensible et de la précision des formes extérieures, se convertit en un avantage calculable. Car, par là même, elle se dérobe aux limites étroites dans lesquelles est enfermée la peinture, attachée à un espace déterminé et plus encore au moment déterminé d'une situation ou d'une action. La poésie acquiert le privilège de représenter un sujet à la fois dans toute sa profondeur intime et dans toute l'étendue de son développement temporel. Le vrai n'est pas dans une abstraction ; tout sujet véritable est concret en ce sens qu'il renferme en soi un ensemble de parties et d'éléments essentiels. Or, ceux-ci ne se manifestent pas seulement d'une manière simultanée comme juxtaposition dans l'espace, ils se développent comme succession dans le temps. Or, cette succession historique, la peinture ne peut en offrir le cours que d'une manière très-imparfaite. Déjà chaque brin d'herbe, chaque arbre, a, dans ce sens, son histoire» et offre une série complète de changements et d'états différents. Ceci est bien plus vrai encore dans le domaine de l'esprit, qui ne se manifeste réellement et ne peut être représenté complètement que dans un pareil développement de situations successives.

Quant à la musique, la poésie, comme nous l'avons vu, a de commun avec elle le son, qui est leur élément physique. ^ matière proprement dite, dans le sens grossier du terme, s'efface progressivement à mesure que l'on avance dans la série desaris particuliers ; elle finit par s'absorber dans l'élément immatériel du son qui se dérobe à l'étendue visible et permet à l'âme de se saisir immédiatement dans sa nature intime. Mais, pour la mu* sique, façonner le son en lui-même est le but essentiel. Car, quoique, dans le chant, dans la mélodie et ses combinaisons harmoniques, la musique révèle à l'âme le sens intime des choses

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ses propres secrets, ce n'est pas toujours la pensée comme S mais le sentiment intimement lié au son, qui est son objet, développement de cette expression musicale constitue le ictère propre de la musique. Gela est si vrai que plus la sique s'absorbe dans la pure mélodie des sons, et se dégage a pensée formulée par le texte, plus elle est la musique et un indépendant. Mais, par là môme aussi, elle n'est capable que ne manière relative d'embrasser la multiplicité des concepts et des idées de l'esprit : le vaste et riche domaine de Tima-» ation lui échappe. Elle se borne à exprimer les traits géné- X du sujet qu'elle traite et le sentiment avec son caractère ue et indéterminé. Or, plus l'esprit sent le besoin d'abanmer cette abstraite généralité pour se représenter des contions, des motifs, des actions, des événements, pour s'en ner un tableau détaillé et artistement combiné dans toutes parties, plus il doit aussi renoncer à cette simple concentra- 1 de Tâme dans le sentiment intime, créer un monde qui se luve dans la sphère propre de l'imagination. Mais dès lors il X également renoncer à exprimer la richesse de ses concepds entièrement, exclusivement, par TharmQnie des sons. De me que les matériaux de la sculpture sont trop pauvres pour ivoir représenter en soi tous les objets que la peinture a pour ssion d'évoquer à la vie, de même aussi maintenant les rapts des sons et l'expression mélodique ne sont plus capables réaliser parfaitement les conceptions de l'imagination. L'est, par conséquent, se retire du son comme tel et se manifeste ' des mots, qui, sans abandonner complètement l'harmonie sons, se réduisent à être de simples signes extérieurs des- §s à transmettre la pensée. En effet, par ce seul fait de s'emindre d'une idée, le son devient parole, et, de but qu'il était ir lui-même, un simple moyen subordonné à la pensée qu'il >rime.

Système des beaux-artSy trad. Bénard, t. Il, p. 130 et suiv.

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