‹ Extraits des grands philosophesChapitre 273 sur 331 · V. — Sur la mort · texte numérisé non relu

V. — Sur la mort

Quoi 1 dira-t-on, la persistance d'une pure poussière, d'une matière brute ; ce serait là la persistance de notre être ? — Voyons, connaissez-vous donc cette poussière ? Savez-vous ce gu'elle est et ce gu'elle peut ? Apprenez à la connaître avant de la mépriser. Cette matière gui n'est maintenant gue poussière et gue cendre, bientôt dissoute dans l'eau deviendra cristal, brillera comme métal, jaiUira en étincelles électrigues, manifestera sa puissance magnétigue, se façonnera en plantes et en animaux, et de son sein mystérieux se développera cette vie, dont la perte tourmente tant votre esprit borné. Durer sous la forme de cette matière, n'est-ce donc rien ?

Spinoza a raison de dire gue nous nous sentons éternels, « sentimus experimurque nos œtemos esse » ; et la Nature, au sens transcendant, ressemble à ce château dont parle Diderot dans Jacques le fataliste^ au frontispice duguel on lisait : — « Je n'appartiens à personne et j'appartiens à tout le monde ; vous y étiez avant gue d*y entrer et vous y serez encore guand vous en sortirez. »

L'individu meurt, l'espèce est indestructible. L'individu est l'expression dans le temps de l'espèce gui est hors du temps. « La mort est pour l'espèce ce gue le sommeil est pour l'individu. » L'espèce représente un des aspects de la volonté comme chose en soi. A ce titre, elle représente ce gu'il y a d'indestructible dans l'individu vivant... Elle contient tout ce gui est, tout ce gui fui, tout ce gui sera. Quand nous jetons un regard vers l'avenir et gue nous pensons aux générations futures avec leurs milUons d'individus humains, différents de nous par leurs mœurs et leurs costumes, et gue nous essayons de nous les rendre présents, cette guestion se pose : D'où viendront-ils tous ? Où sont- ils maintenant ?

OÙ donc est ce riche sein du néant, gros du monde, qui cache les générations à venir ? — - Et où pourrait-il ôtre, sinon là où toute réalité a été et sera, dans le présent et dans ce qu*il contient ; en toi'^méme) questionneur insensé, qui, en méconnaissant ta propre essence, ressembles à la feuille sur l'arbre qui, se flétrissant en automne et pensant qu'elle va tomber, se lamente sur sa mort et ne veut pas se consoler à la vue de la fraîche verdure dont, au printemps, l'arbre sera revêtu» Elle dit en pleurant : — Je ne suis plus rien ! — Feuille insensée l Où veux4u aller î D'où les autres feuilles pourraient-elles venir ? Où est ce néant dont tu crains le gouffre ? Reconnais donc ton propre être dans cette force intérieure, cachée, toujours agissante, de Tarbre qui à travers toutes ses générations de feuilles ne connaît ni la naissance ni la mort! Et maintenant Thomme n'est-il pas comme la feuille ?

Ouj 7r§p ^u^ûv yevsq, rociiSc xai tcvS^ûv.

L& Monde comme volonté^ ilûd., § 36.

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