‹ Extraits des grands philosophesChapitre 274 sur 331 · VI. — Sur la finalité dans la nature et dans Tart · texte numérisé non relu

VI. — Sur la finalité dans la nature et dans Tart

La finalité évidente qui se rencontre dans toutes les parties de l'organisme animal montre clairement qu'il y a là non pas une force aveugle, mais une volonté. Mais on s'est accoutumé à ne concevoir l'action d'une volonté que comme conduite par une intelligence. On tient la volonté et Tintelligence pour complètement inséparables et on regarde la volonté comme une pure opération de l'intelligence. Par suite, là où la volonté agit, ou dit que l'intelligence doit la conduire. Qu'arrive-t-il ? c'est qu'on cherche la finalité où elle n'est pas. On la place à tort hors de l'animal, qui devient dès lors le produit d'une volonté étrangère, placée sous la dépendance d'une intelligence qui, elle, a conçu la finalité et la réalise. Par suite l'animal existerait dans Tintelligence avant d'exister dans la réalité. C'est là le fondement de la preuve physico-théologique... Mais la finalité dérive essentiellement de la volonté et comme la volonté est le fond de tout être vivant, comme tout corps organisé n'est que la volonté devenue visible, il en résulte que cette finalité est coétendue à l'être lui-même, qu'elle est intérieure, immanente.

Notre étonnement, à la vue de la perfection infinie et de la finalité des œuvres de la nature, vient de ce que nous les considérons comme nous considérons nos propres œuvres. Dans

SGHOPBNHAUBR. 455

celles-ci la volonté et l'œuvre sont de deux espèces diffêrentes : puis, entre ces deux choses, il y en a encore deux autres : l^rintelligence, étrangère à la vdonté en elle-môme^ et qui est un milieu que celle-ci doit cependant traverser avant de se réaliser; 2® une matière étrangère à la volonté et qui doit recevoir d'elle une forme et la recevoir de force» parce que cette volonté lutte contre une autre qui est la nature môme de cette matière. -^ H en est tout autrement des œuvres de la natmre, qui sont une manifestation inmiédiatOi et non médiate, de la volonté. Ici la volonté agit dans sa nature primitive, sans connaissance : la volonté et Fœuvre ne sont séparées par aucune représentation intermédiaire ; elles ne font qu*un. Et môme la matière ne fait qu'un avec elles ; car la matière est simplement la volonté à Tétat visible. Aussi trouvons-nous ici la matière complètement pénétrée par la forme Ici, la matière, quand on la sépare de

la forme, comme dans l'œuvre d'art, est une pure abstraction, im être de raison dont il n'y a aucune expérience possible. La matière de Tœuvre d'art, au contraire, est empirique. L'identité de la matière et de la forme est le caractère du produit naturel ; leur diversité, du produit de l'art.

La Volonté dans la nature, p. 59.

Page 1