‹ Extraits des grands philosophesChapitre 275 sur 331 · VII. — Nature de la connaissance · texte numérisé non relu

VII. — Nature de la connaissance

Qu'est-ce que la connaissance ? — C'est d'abord et essentiellement une représentation. — Qu'est-ce qu'une représentation ? Un phénomène cérébral très-complexe qui aboulit à la for- Oiation d'une image. — Ces intuitions, qui sont la base et la Oiatière de toute autre connaissance, ne peuvent- elles pas être c^onsidérées comme la connaissance de la chose en soi ? Ne peut- ^n pas dire : Tintuition est produite par quelque chose qui est bors de nous, qui agitj et par conséquent qui est ? — Non, nous ^vons vu que l'intuition, étant soumise aux formes du temps, de l'espace et de la causalité, ne peut nous donner parla même la chose an soi ; que celle-ci doit être cherchée, non dans une connaissance, cnais dans un acte; qu'il y a une voie intérieure qui, semblable à an souterrain, à une route secrète, nous introduit d'un seul coup, ^omme par trahison, dans la forteresse. La chose en soi ne peut àtre donnée que dans la conscience ; puisqu'il faut qu'elle devienne consciente d'elle-même. Vouloir la saisir objectivement,

c*ést vouloir réaliser une contradictâou. Mais qu'on remarque Uea ce qui en résulte.

La perception interne que nous avons de notre propre vdonti ne peut en aucune façon nous donner une connaissance com^ète, adéquate, de la chose en soi. Gela ne pourrait être que si h volonté nous était connue immédiatement. Mais elle a besoîA d'un intermédiaire, Tintelligence, qui suppose elle-même tu intermédiaire : le corps, le cerveau. La volonté est donc, pour nous, liée aux formes de la connaissance ; elle est donnée dans li conscience sous la forme d'une perception et, comme telle, scindée en sujet et en objet. La conscience se produit sous la forme invar riable du temps, de la succession ; chacun ne connaît sa volonté que par des actes successifs, jamais dans sa totalité. Chaque acte de volonté qui sort des profondeurs obscures de notre intérieur, pour arriver à la lumière de la conscience, représente le passage de la chose en soi au phénomène. C'est là du moins le point où la chose en soi se donne le plus immédiatement comme phénomène, se rapproche le plus du sujet connaissant. Et c'est en ce sens que la volonté est tout ce qu'il y a de plus intime, de plus immédiat, de plus indépendant de la connaissance, qu^elle peut être appelée la chose en soi.

Mais si on se pose cette question dernière : Cette volonté (Jui se manifeste dans le monde par le monde, qu'est-elle absolument et en elle-même ? Il n'y a aucune réponse possible à cette question ; puisque tout ce qui est connu est par là même phénomène. En d'autres termes, la volonté saisie sous la forme de la connaissance est par là même saisie comme conditionnée et cesse d'être la chose en soi.

Pour conclure, l'essence universelle et fondamentale de tous les phénomènes, nous l'avons appelée volonté^ d'après la manifestation dans laquelle elle se fait connaître sous la forme la moins voilée; mais par ce mot nous n'entendons rien autre chose qu'une X inconnue : en revanche, nous la considérons comme étant, au moins d'un côté, infiniment plus connue et plus sûre que tout le reste.

Le Monde comme volonté, tom. II, ch. xviii et ixv.

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