‹ Extraits des grands philosophesChapitre 285 sur 331 · VII. — Du génie · texte numérisé non relu

VII. — Du génie

L'homme n*est pas fait seulement pour connaître et ai beau dans les œuvres de la nature, il est doué du pouvoi reproduire. A la vue d'une beauté naturelle, quelle qu'à physique ou morale, son premier besoin est de sentir et ( rer. Il est pénétré, ravi, et quelquefois aussi accablé di ment de la beauté. Mais quand le sentiment est énergique, pas longtemps stérile. Nous voulons revoir, nous voulon encore ce qui nous a causé un plaisir vif, et pour cela no tons de faire revivre la beauté qui nous a charmés, non p qu'elle était, mais telle que notre imagination nous la repr De là une œuvre originale et propre à l'homme, une œuvr L'art est la reproduction libre de la beauté, et le pouvoir e capable de la reproduire s'appelle le génie.

Quelles sont les facultés qui servent à cette libre repnx du beau ? Les mêmes qui servent à le reconnaître et aie Le goût porté au degré suprême, c'est le génie, si vous yj un élément de plus. Quel est cet élément ?

Trois facultés entrent dans cette faculté complexe qui se i le goût : l'imagination, le sentiment, la raison.

Ces trois facultés sont assurément nécessaires au géaie elles ne lui suffisent pas. Ce qui distingue essentiellement 1( du goût, c'est l'attribut de puissance créatrice. Le goûti juge, il discute, il analyse, mais il n'invente pas. Leg^ avant tout inventeur et créateur. L'homme de génie n'esl maître de la force qui est en lui ; c'est par le besoin a irrésistible, d'exprimer ce qu'il éprouve, qu'il est hom génie. Il souffre de contenir les sentiments ou les images

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pensées qui s'agitent dans son sein. On a dit qu'il n'y a point d'homme supérieur sans quelque grain de folie ; mais cette foUelà, comme celle de la croix, est la partie divine de la raison. Cette puissance mystérieuse, Socrate l'appelait son démon. Voltaire l'appelait le diable au corps; il Tezigeait même d'une comédienne pour être une comédienne de génie. Donnez-lui le nom qu'il vous plaira, il est certain qu'il y a un je ne sais quoi qui inspire le génie et qui le tourmente aussi jusqu'à ce qu'il ait épanché ce qui le consume, jusqu'à ce qu'il ait soulagé en les exprimant ses peines et ses joies, ses émotions, ses idées, et que ses rêveries soient devenues des œuvres vivantes* Ainsi deux choses caractérisent le génie ; d'abord la vivacité du besoin qu'il a de produire, ensuite la puissance de produire ; car le besoin sans la puissance n'est qu'une maladie qui simule le génie, mais qui n'est pas lui. Le génie, c'est surtout, c'est essentiellement la puissance de faire, d'inventer, de créer. Le goût se contente d'observer et d'admirer. Le faux génie, l'imagination ardente et impuissante, 86 consume en rêves stériles et ne produit rien ou rien de grand. Le génie seul a la vertu de convertir ses conceptions en créations.

Du vrai, du beau et du bien^ ibid., v.

VIIL — L'art n'est pas une imitation de la nature.

Sans doute, en un sens, l'art est une imitation ; car la création absolue n'appartient qu'à Dieu. Où le génie peut-il prendre les éléments sur lesquels il travaille, sinon dans la nature dont il fait partie ? Mais se borne-^t-il à les reproduire tels que la nature les lui fournit, sans y rien ajouter qui lui appartienne î N'est-il que le copiste de la réalité ? Son seul mérite alors est celui de la fidélité de la copie. Et quel travail plus stérile que de calquer des œuvres essentiellement inimitables pour en tirer un simulacre médiocre ? Si l'art est un écolier servile, il est condamné à n'être jamais qu'un écolier impuissant.

L'idéal est l'objet de la contemplation passionnée de Tartiste. Assidûment et silencieusement médité, sans cesse épuré par la réflexion et vivifié par le sentiment, il échauffe le génie et lui inspire l'irrésistible besoin de le voir réalisé et vivant. Pour cela, le génie prend dans la nature tous les matériaux qui le peuvent fervir, et leur appliquant sa main puissante, comme Michel- Ange imprimait son ciseau sur le marbre docile, il en tire des

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œuvres qui n'ont pas de modèle dans la nature, qui n'imiteat pas autre chose que Tidéal rôvé ou conçu, qui sont en quelque sorte une seconde création inférieure à la première par rindividnalité et la yie, mais qui lui est bien supérieure, ne craignons pas de le dire, par la beauté intellectuelle et morale dont elle est empreinte.

La beauté morale est le fond de toute vraie beauté. Ge fond est un peu couvert et voilé dans la nature. L'art le dégage, et lui donne des formes plus transparentes. C'est par cet endroit que Tart, quand il connaît bien sa puissance et ses ressources, institue avec la nature une lutte où il peut avoir ravantage.

ma.

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