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XVII. — La philosophie de l'histoire

Le vrai monde de l'homme est celui de la liberté, et sa vnde histoire n'est autre chose que le progrès constant de la liberté de plus en plus comprise d'âge en âge, et s'étendant toujours dans la pensée de l'homme, jusqu'à ce que d'époque en époque arrive celle où tous les droits soient connus et respectés, et oCi, ponr ainsi parler, l'essence même de la liberté se manifeste.

La philosophie de Thistoire nous montre, à travers les vicissitudes qui élèvent et précipitent les sociétés, les démarches continuelles de l'humanité vers la société idéale dont nous vous avons tracé une bien imparfaite image, et qui serait la complète émancipation de la personne humaine, le règne de la liberté sur b terre. Cette société idéale ne se réalise jamais d'une manière absolue ; car tout idéal en se réalisant s'altère, mais tout altéré qu'il est, c'est encore lui qui fait la beauté des choses auxquelles il se mêle ; c'est un rayon de la vraie société qui, en se faisant jour dans les diverses sociétés particulières qui se succèdent, leur communique de plus en plus quelque chose de sa grandeur et de sa force.

Longtemps l'humanité se repose dans une forme de la liberté qui lui suffit. Cette forme ne s'établit et ne se soutient qu'autant qu'elle convient à l'humanité. Il n'y a jamais d'oppression entière et absolue, même dans les époques qui nous paraissent aujou^ d'hui les plus opprimées ; car un état de la société ne dure, après

ut, que par le consentement de ceux auxquels il s'applique. Les tmmes ne désirent pas plus de liberté qu'ils n'en conçoivent, et )8t sur l'ignorance, bien plus que sur la servilité, que sont idés tous les despotismes. Ainsi, sans parler de TOrient, où omme enfant avait à peine le sentiment de son être, c'est-àre de la liberté, en Grèce, dans cette jeunesse du monde où umanité commence à se mouvoir et à se connaître, la liberté issante était bien faible encore, et pourtant les démocraties de &rèce n'en demandaient pas davantage. Hais, comme il est de ssence de toute chose imparfaite de tendre à se perfectionner, ite forme n'a qu'un temps et fait place à une autre qui, tout détruisant la première, en développe l'esprit; car le mal rit, le bien reste et fait sa route. Le moyen âge, où peu à peu sclavage succombe sous TÉvangile, le moyen âge a possédé 3n plus de liberté que le monde ancien. Aujourd'hui il nous rait une époque d'oppression, parce que, l'esprit humain §tant plus satisfait des libertés dont il jouissait alors, vouloir renfermer dans l'enceinte de ces libertés qui ne lui suffisent as est une oppression véritable. Mais ki preuve que le genre unain ne se trouvait pas opprimé au moyen âge, c'est qu'il le pporta. Il n'y a pas plus de deux ou trois siècles que le moyen [e commence à peser à l'humanité ; aussi, depuis deux ou trois èdes, il est attaqué. Les formes de la société, quand elles lui tnviennent, sont inébranlables ; le téméraire qui ose y toucher ! brise contre elles ; mais quand une forme de la société a fait iQ temps ; quand on conçoit, quand on veut plus de droits qu'on en possède ; quand ce qui était un appui est devenu un obscle; quand enfin l'esprit de liberté, et l'amour des peuples qui EUrche à sa suite, se sont retirés ensemble de la forme autrefois plus puissante et la plus adorée, le premier qui met la main 1^ cette idole, vide du dieu qui l'animait, l'abat aisément ec la luit en poussière.

linsi va le genre humain de forme en forme, de révolution en 'olution, ne marchant que sur des ruines, mais marchant tours. Le genre humain, comme l'univers, ne continue de vivre ^ par la mort ; mais cette mort n'est qu'apparente, puisqu'elle ^tient le germe d'une vie nouvelle. Les révolutions, cousins de cette manière, ne consternent plus l'ami de l'humanité, 'ce qu'au delà de destructions momentanées il aperçoit un re- Xveliement perpétuel, parce qu'en assistant aux plus déploies tragédies il en connaît l'heureux dénoûment, parce qu'en

voyant décliner et tomber une forme de la société, il croit féni»ment que la forme future, quelles que soient les appammi, sera meilleure que toutes les autres : telle est la oonsolatîoiii Tespérance, la foi sereine et> profonde du philosophe.

Les crises de l'humanité s'annoncent par de tristes symptàoNi et de sinistres phénomènes. Les peuples qui perdent leur toaob ancienne aspirent à une forme nouvelle qui est moins distinoto à leurs yeux, et les agite bien plus qu'elle ne les console par lei vagues espérances qu'elle leur donne et les perspectives lointaines qu'elle leur découvre. C'est surtout le côté négatif des choses qui est clair ; le côté positif est obscur. Le passé qn'oo rejette est bien connu ; l'avenir qu'on invoque est couvert de ténèbre3. De là ces troubles de l'âme qui souvent, dans quelques individus, aboutissent au scepticisme. Contre le trouble et la scepticisme, notre asile inviolable est la philosophie, qui dov révèle le fond moral et l'objet certain de tous les mouvemenls di l'histoire, et nous donne la vue distincte et assurée de la nui h société dans son éternel idéal. I {

Oui, il y a une société étemelle, sous des formes qui se renoB* k vellent sans cesse. De toutes parts on se demande où va l'hnoi' fa nité. Tâchons plutôt de reconnaître le but sacré qu'elle dtf !k poursuivre. Ce qui sera peut nous être obscur : grâce à Dieu, ei fz que nous devons faire ne l'est point. Il est des principes qui soksistent et suf&sent à nous guider parmi toutes les épreuves de li vie et dans la perpétuelle mobilité des affaires humaines. Gai principes sont à la fois très-simples et d'une immense portée. Li plus pauvre d'esprit, s'il a en lui un cœur d'homme, peut I» comprendre et les pratiquer ; et ils contiennent toutes les oïli' gâtions que peuvent rencontrer, dans le développement le pl« élevé, les individus et les États. C'est d'abord la justice, le resped inviolable que la liberté d'un homme doit avoir pour celle d'tf ^ autre homme ; c'est ensuite la charité, dont les inspirations vinâent les rigides enseignements de la justice, sans les altérer. U justice est le frein de l'humanité, la charité en est raigoilloB» Otez Tune ou l'autre, l'homme s'arrête ou se précipite. Cofldoit par la charité, appuyé sur la justice, il marche à sa destinée d'os pas réglé et soutenu. Voilà Tidéal qu'il s'agit de réaliser dans te lois, dans les mœurs, et avant tout dans la pensée et dans laplù* losophie. L'antiquité, sans méconnaître la charité, recommanild surtout la justice, si nécessaire aux démocrates. La gloire 'i christianisme est d'avoir proclamé et répandu la charité, (ff^

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aièie du moyen âge, cette coiisolation de la servitude, et gui prend i en sortir. Il appartient aux temps nouveaux de reoillir le double legs de l'antiquité et du moyen âge, et d'ac- )ttre ainsi le trésor de l'humanité. Fille de la Révolution franise, la philosophie du xix* siècle se doit à elle-môme d'exprimer fin dans leurs caractères distinctifs, et de rappeler à leur imonie nécessaire, ces deux grands côtés de Tâme, ces deux indpes différents, également vrais, également sacrés, de la drale éternelle.

Justice et charité.

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