‹ Extraits des grands philosophesChapitre 293 sur 331 · I. — Distinction de la psychologie et de la physiologie · texte numérisé non relu

I. — Distinction de la psychologie et de la physiologie

Une pierre tombe, voilà un phénomène ; donc il a une caue, voilà la conséquence que Tintelligence en tire. Quelle est cetto cause ? Nous la nommons, mais nous ne la connaissons pas.

L'arbre végète, voilà un autre phénomène. Que ce phénomètt ait une cause, cela est incontestable, et nous appelons cette cause «force végétative». Mais je n'entends exprimer parli que ce que je sais^ c'est-à-dire que le phénomène a une cause.

Je remue le bras, voilà un troisième phénomène; ce phénomèsi |i a une cause, nul doute ; quelle est cette cause ? L^enfant mèiM répond que cette cause c'est moi. Le mot moi n'est-il, comme b mot gravitation^ qu'un signe représentant une cause inconnue! Examinons.

Quand une pierre tombe, je vois le phénomène; puis ma raiBoa me force de croire qu'il a une cause ; puis je donne un nom i cette cause, qui m'échappe : voilà tout. Quand je remue le bras fcr j^ai pareillement connaissance du mouvement de mon bras ; mvlo raison m'avertit pareillement que ce mouvement doit avoir n» f^ cause; je puis pareillement donner un nom à cette cause. 1^ est-ce là tout ? et ne se passe-t-il rien de plus ? Il se passe aoWfci chose assurément, et si vous voulez vous en convaincre, répéta fc»^ l'expérience, et examinez attentivement ce qui se passe en vott l^n Vous trouverez qu'avant la production du mouvement vous avis ^^^ conscience d'une cause que vous appeliez moi, et que voussavitf ^i* capable de produire ce phénomène; vous trouverez qu'au momrf Itjîi où le phénomène s'est produit, vous avez eu conscience de l'acti* tij^ de cette cause, et de l'énergie par laquelle elle l'a produit ; w* |iigç trouverez enfin qu'après la production du phénomène, vous coc*

JOUPFHOY. 509

Ques d'avoir conscience de cette cause et de sa capacité à le repiolire encore, s'il le fallait. Cette troisième expérience contient donc autres faits que les deux premières : dans celles-ci je ne coulissais que le phénomène, la cause m'échappait ; dans le mouiment du bras, je connais également le phénomène, mais avant \ production je connaissais, pendant sa production j'ai connu, très sa production je continue de connaître la cause qui I mis au monde. Les cas ne sont pas identiques. Là je ne isis qu'un des termes du rapport, Tefiet ; quant à la cause, le me demeure inconnue ; seulement Teffet me Tannonce, et je ée un mot pour la représenter. Ici les deux termes m'apparaisnt ; je ne conclus pas la cause de l'effet ; je saisis l'un et .utre, la cause d'abord, l'efiet ensuite ; et non-seulement l'un et Lutre, mais la production de Tun par l'autre. L'effet est passager, disparaît ; la cause est permanente, elle reste ; aussi je continue ft sentir la cause après que Teffet s'est évanoui, comme j'avais •mmencé par la sentir avant que l'effet fût produit. La double srception des deux termes est amplement témoignée par toutes B circonstances ; il est bien constant que ce n'est pas une Lusion, et que, tandis que toutes les autres causes naturelles 'échappent, en voici une dont l'existence individuelle n'est pas •mme la leur une hypothèse, mais un fait, •••. Les phénomènes psychologiques sont saisis en nous immé- Btement par la conscience, tandis que, pour saisir les autres, il Qt que nous sortions de nous, et que, par des expériences détournes et difficiles sur le corps humain ou sur celui des animaux, ^us rendions visible à nos sens cette vie qui n'est pas la ^tre, et dont notre conscience ne nous dit rien. Cette double ^ersité achève de jeter entre les deux sciences une séparation ^fonde ; il est impossible que deux études qui ont des objets USérents, qui exigent des aptitudes et procèdent par des moyens Uvers, s'identifient jamais. Leur essentielle diversité ne se fait ^ais mieux sentir que dans les excursions obligées de chacune Ces sciences dans le domaine de l'autre. Quand il arrive à un rsiologiste d'introduire sur la scène de la vie animale un ^nomène psychologique, ou réciproquement, à un psychologue ' la scène de la vie intellectuelle et morale, un phénomène rsiologique, dans ces deux cas ce phénomène a l'air d'un ^nger qu'on appelle d'un pays dont on ne connaît ni la langue, ^es mœurs, et qu'on traite avec embarras.

NouveatM Mélanges, p. 167-185.

IL — Le ràve.

Je crois que, si on étudiait bien Tétat de rame pendant lesoDmeil, d'après les faits très-nombreux et très-variés qu'on peut recueillir^ on arriverait à cette conclusion qu'il y a fort pende différence entre cet état et ceux de rêverie et de châteaux en Espagne pendant la veille. Quand on est jeune et qu'on a quelque vie dans l'âme, on se livre volontiers à ces rêves charmants (A Vimagination arrange le monde comme on l'aimerait et comae on le voudrait. Qui ne se rappelle d'avoir joui de ces rêves comme de la réalité même, et d'avoir oublié, en s'y abandonnant, k nature fantastique de la compagnie dont on s'était entouré ? Qoi ne se souvient d'avoir ressenti une bonne fois, au milieu d'aTeotures idéales et de personnages imaginaires, toutes les émotioei que la réalité même aurait données ? Et quand quelque drcoof' tance interrompait ces rêves, ne demeurait-on pas uninomeet surpris, comme on Test lorsqu'on s'éveille au milieu d'un songe; l'esprit ne pouvant revenir si vite de ses illusions et distingMf tout à coup Fombre de la réalité. N'éprouvait-on pas alors toolfc T désappointement qu'on ressent quand on est éveillé dans le cooa d'un rêve agréable ? Entre ces circonstances que produit amâli lecture d'un roman intéressant et celles de l'état de rêve, toutes identique à deux difiérences près. Dans le château en Espagflfli l'esprit est artiste, il gouverne ses imaginations et les enchatoi, ^ parce qu'il a un but, ce qui n'arrive pas dans le rêve. De ploi, dans le château en Espagne, l'illusion n'est que très-raremeA peut-être jamais aussi complète. L.

Cette dernière différence s'explique aisément : quand notf rêvons éveillés, nos sens ne sont pas, les uns fermés, les aaW engourdis, comme dans le sommeil. Ils apportent donc de Teilirieur des sensations plus noaibreuses et plus vives. Bien quel'* prit préoccupé n'y fasse pas grande attention, cependant dlesl'* tretiennent sourdement dans la conscience de sa situation. Gb^ conscience nous revient aussi de temps en temps dans les liv^ surtout quand le sommeil n'est pas très-profond, comme il aniii le matin dans le voisinage du réveil, ou lorsque nous sonuD<i indisposés. Mais dans le sommeil profond, au milieu dtu sileoot de la nuit, ou lorsque ce silence n'est interrompu qne perd* bruits qui nous sont famihers, les sensations de l'extérieur so^ si sourdes, si rares ou si indifférentes, que rien ne distrait Te?^

te.

îi

JOUPPROY. 511

ds ses i>en8ée8. Il y est tout entier et sans partage. On ne doit âcmc pas s'étonner si l'illusion est plus forte, si même elle est oomplôte, tant qu'aucune cause ne vient distraire Tintelligence Jt$\% rappeler à la conscience de la réalité. fi Mélanges philosophiques^ p. 335.

Page 1