‹ Extraits des grands philosophesChapitre 3 sur 331 · DOCTRINES RBLIGIBU8B8 OU BRAHMANISME · texte numérisé non relu

DOCTRINES RBLIGIBU8B8 OU BRAHMANISME

Et Hâitreyi dit : c Que ferais-je de ce qui ne peut me rendre immortelle ? Ce que mon seigneur sait de l'immortalité, puisset-il me le dire ? »

Tadjnavalkya répondit : « Toi qui m'es vraiment chère, tu dis de chères paroles. Âssieds-toi : je t'expliquerai ce que je sais, et écoute bien ce que je dis. » Et il dit : « Un époux est aimé, non parce que vous aimez l'époux, mais parce que vous aimez en lui l'Esprit divin. Une épouse est aimée, non parce que nous aimons l'épouse, mais parce que nous aimons en elle l'Esprit divin. Des enfants sont aimés, non parce que nous aimons les enfants, mais parce que nous aimons l'Esprit divin en eux. Cet Esprit est ce que nous aimons, quand nous paraissons aimer les richesses, les brahmanes, les kshattriyas [on guerriers], ce monde, les dieux, tous les êtres, cet univers. L'Rsprit divin, ô épouse bien-aimée, voilà Tunique objet que nous devons voir, entendre, comprendre, méditer. Si nous le voyons, l'entendons, le comprenons et le connaissons, alors cet univers entier nous est connu. Quiconque chercherait l'essence du brahmane ailleurs que dans l'Esprit divin serait abandonné par les brahmanes. Quiconque chercherait le pouvoir des kshattriyas ailleurs que dans l'Esprit divin serait abandonné par les kshattriyas. Quiconque chercherait ce monde, les dieux, tous les êtres ailleurs que dans l'Esprit divin serait abandonné par eux tous. Cette essence du brahmane, ce pouvoir du kshattriya, ce monde, ces dieux, ces êtres, tout est l'Esprit divin. Maintenant, de même que nous ne pouvons saisir les sons d'un tambour en eux-mêmes, mais que nous saisissons le son en saisissant le tambour ou la main qui le bat ; de même que nous

^ ne pouvons saisir les sons d'une conque en eux-mêmes, mais que nous saisissons le son en saisissant la conque ou le souffleur de conque ; de même en est-il avec l'Esprit divin. Comme des nuages de fumée s'élèvent d'un feu allumé par Un combustible sec, ainsi, ô Maitreyi, tous les mots sacrés ont été exhalés par ce grand Être. Comme toutes les eaux trouvent leur centre dans la mer, ainsi toutes les sensations trouvent leur centre dans la peau, tous les goûts dans la langue, toutes les odeurs dans le

. nez, toutes les couleurs dans l'œil, toutes les pensées dans l'in-

I diligence, toute la science dans le cœur, toutes les actions dans 'es mains, et toutes les écritures dans la parole. 11 en est de nous, <inand nous entrons dans l'Esprit divin, comme d'une masse de

^.1 sel qui serait jetée dans la mer ; elle se dissout dans l'eau qui Ta Produite et ne peut être reprise ; mais, en quelque lieu que vous

puisiez Teau et la goûtiez, elle est salée... De même que Teau devient sel et que le sel devient eau^ ainsi nous naissons du divin Esprit et nous y j^toumons. Quand nous avons passé, il ne reste de nous aucun nom. »'

Maitreyi répondit : — « Ici tu m'as égarée, disant qu'il ne reste de nous aucun nom quand nous avons passé. »

— Ce que je dis n'est pas un mensonge, mais la plus haute vérité ; car, s'il y avait ici deux êtres en présence [Dieu et l'homme], alors Tun verrait Tautre, l'un entendrait, apercevrait et connaîtrait l'autre. Mais si le seul et divin Soi [ou Dieu] est le grand Tout, qui et par qui verrait- il, entendrait-il, percevrait-il, ou connaîtrait-il (1) ?

l>a production du monde*

Alors rien n'existait, ni le non-être, ni l'être, ni monde, ni air^ ni région supérieure. Quelle était donc Tenveloppe de toutes choses ? Où était, quel était le réceptacle de Teau ? Où était la profondeur impénétrable de Tair? Il n'y avait point de mort, point d'immortalité, pas de flambeaux du jour et de la nuit. Mais Lui seul respirait sans respirer, absorbé dans Tardeur de sa propre pensée. Il n'entendait rien, absolument rien autre que lui. Les ténèbres étaient au commencement enveloppées de ténèbres ; l'eau était sans éclat. Mais l'Être reposait dans le vide qui le portait, et cet univers fut enfin produit par laiorce de son ardeur intellectuelle...

A l'origine, l'être était unique... Il était seul au commencement, sans second. Il éprouva un désir: Plût à Dieu, dit-il, que je fusse plusieurs et que j'engendrasse I Et il créa la lumière. La lumière éprouva le même désir et créa les eaux. Les eaux désirèrent également, et elles dirent : Plût au ciel que nous fussions multipliées et fécondes I Et elles créèrent la terre.

Rig-Véda, hymne 15®.

n. - MORALE DU BRAHMANISME.

' Vraie et flaufise piété.

De Tespérance d'un avantage naît l'empressement : les sacri. 1. Voir Max MûUer. A history ofandent sanskrit literature, p. 222.

Page 1