‹ Extraits des grands philosophesChapitre 302 sur 331 · HAMILTON · texte numérisé non relu

HAMILTON

sance réelle, et qu'elle renferme les plus insolubles contradictions. Maisil aurait dûmontrer que Tlnconditionné n'a pas d'application objective, parce qu'en fait il n'a aucune affirmation subjective ; qu'il n'apporte aucune connaissance réelle, parce qu'il ne contient rien qui soit même concevable ; et qu'il est contradictoire à luimême, parce qu'il n'est pas une notion simple ou positive, mais seulement un faisceau de négations. Négations du conditionné dans ses extrêmes opposés, unis ensemble simplement par le

Hea du langage et par leur caractère commun d'incompréhensibilité...

Puisque le conditionnel c'est le seul objet possible de connaissance et de pensée positive , la pensée suppose néces-* 'sairement une condition. Penser c'est conditionner , et une limitation conditionnelle est la loi fondamentale de la possibilité de la pensée. En effet, de môme que le lévrier ne peut sauter par dessus son ombre et que (pour prendre un exemple plus noble) l'aigle ne peut s'envoler de l'atmosphère où il plane et qui seule le supporte, de même l'esprit ne peut dépasser cette sphère de limitation au dedans de laquelle et par laquelle se réaUse exclusivement la possibilité de la pensée. La pensée ne porte que sur le conditionné, parce que, comme nous l'avons dit, penser c'est tout simplement conditionner. V Absolu n'est conçu que comme une négation de la concevabilité, et tout ce que nous connaissons est connu comme

Conquis sur VInfini vide et sans forme.

Certes, rien ne doit plus étonner que de voir mettre en doute que la pensée n'a rapport qu'au conditionné. La pensée ne peut s'élever au-dessus de la conscience, la conscience n'est possible que par l'antithèse du sujet et de l'objet de la pensée, connus seulement par leur corrélation et se limitant mutuellement ; et, de plus, tout ce que nous savons soit du sujet, soit de l'objet, soit de l'esprit, soit de la matière, n'est jamais que la connaissance du particulier, du multiple, du différent, du modifié, du phénoménal. Pour nous, la conséquence de cette doctrine est que la philosophie, si Ton y voit quelque chose de plus que la science du conditionné, est impossible. Nous admettons qu'en partant du particulier, nous ne pouvons jamais, dans nos plus hautes généralisations, nous élever au-dessus du Fini ; que notre connaissance soit de l'esprit, soit delà matière, ne peut être rien de plus

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gn'une connaissaoce des manifestations relatives d*ane ezistoDoe en elle-même inaccessible à la philosophie, ce que le plus hsnt degré de sagesse doit nous faire reconnaître. Voilà ce qui, dans le langage de saint Augustin, cognoscendo ignoratur, ^ ignon' tione cognoscitur.

Premièrement, penser qu'il ne peut y avoir de connaissance que là où il y a plusieurs termes ; il y a au moins un percevant . et un perçu, un connaissant et un connu. Hais cette condition nécessaire de la connaissance, la âifférence et la pluralité est incompatible avec le sens de l'Absolu, qui étant absolument universel, est absolument un. L'Unité absolue équivaut à la négation absolue de la pluralité et de la difTérence... La condition sous laquelle' l'absolu existe et doit être connu, et la condition sous laquelle l'intelligence peut connaître, sont incompatibles. En efiet, si nous supposons la connaissance de TAbsolu possible, il doit sMdentifler : 1^ avec le sujet qui connaît, ou 2* avec Tobjet qui est connu, on 3* avec la différence des deux. La première hypothèse et la seconde sont contradictoires jde l'Absolu. Car, dans ce cas, FAbsolu est supposé connu ou comme distingué du sujet qui connaît, ou comme distingué de l'objet qui est connu. Eu d'autres termes, on affirme que l'Absolu est connu en tant qu'unité absolue, c*està-dire comme la négation de toute pluralité, tandis que l'acte même par lequel il est connu affirme la pluralité comme la coqdition de sa propre possibilité. D'autre part, la troisième hypothèse est la contradiction de la pluralité de l'Intelligence ; en effet, si le sujet et Tobjet de la conscience sont connus comme un, la pluralité des termes n'est plus la condition nécessaire de l'intelligence. L'alternative est donc inévitable : ou l'Absolu ne peut pas être connu ni conçu, ou notre auteur a tort de soumettre la pensée aux conditions de pluralité et de diffé* rence.

Deuxièmement : afin de mettre l'Absolu à la portée de notre connaissance , on est obligé de nous le présenter sous la forme d'une cause absolue : or, causation est relation, donc l'Absolu n'est qu'un relatif. De plus , ce qui existe purement comme cause , n'existe qu'en vue de quelque autre chose, n'a pas sa fin en soi et n'est qu'un moyen d'atteindre une fin... Considéré d'une manière abstraite, l'efiet est donc supérieur à la cause. Il eu résulte qu'une cause absolue dépend m effet dont elle reçoit sa perfection et même, disons-le, sa

réalité. £n effet, tant qu'une chose existe nécessairement comme cause, elle ne se suffit pas entièrement avec elle-même, puîsqu'alors elle dépend de l'effet, comme de la condition qui seule lui permet de réaliser son existence ; et ce qui existe absolument comme cause, existe par conséquent dans une dépendance absolue de l'effet pour la réalisation de son existence. En fait, une cause absolue n'existe que dans ses effets ; elle n'est jamais, elle devient toujours : car c'est un être in potentia^ et non un être in actu, si ce n'est par ses effets. L'Absolu n'est donc tout au plus que quelque chose d'imparfait.

Discussions, p. 32-33.— Fragments, trad. L. Peisse, p. 47-57.

Jérémie Bentham, né à Londres en 1748, lut dès Fâge de 12 ans le livre de VEsprit d'Helvétius et n'eut plus désormais d'autre philosophie. Il étudia à l'Université d'Oxford, devint un profond jurisconsulte, critiqua avec force la législation anglaise, dédia à la France la plupart de ses travaux, soumit à l'Assemblée Constituante une foule d'idées nouvelles sur l'organisation judiciaire, les colonies et les impôts, reçut de la Convention le titre de citoyen français, proposa à la Pologne, à la Russie, aux États-Unis la confection d'un code général. Il mourut en 1832. Ses principaux ouvrages sont la Théories des peines et des récompenses, le Traité de législation civile et pénale, la Déontologie ou de la science morale,

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