‹ Extraits des grands philosophesChapitre 303 sur 331 · I. -^ Le calcul des plaisirs et l'arithmétique morale · texte numérisé non relu

I. -^ Le calcul des plaisirs et l'arithmétique morale

Tout plaisir est, prima fade, un bien, et doit être recherché ; de même toute peine est un mal et doit être évitée. Quand, après avoir goûté un plaisir, on le recherche, cela seul est une preuve de sa bonté.

Tout acte qui procure du plaisir est bon, toutes conséquences à part.

Tout acte qui procure du plaisir sans aucun résultat pénible est nn bénéfice net pour le bonheur ; tout acte dont les résultats de peine sont moindres que ses résultats de plaisir est bon jusqu'à concurrence de l'excédant en faveur du bonheur.

Chacun est non-seulement le meilleur, mais encore le seul compétent de ce qui lui est peine ou plaisir.

C'est pure présomption et folie que de dire : « Si je fais cela, je n'aurai aucune balance du plaisir ; donc, si vous le faites, vous n'aurez aucune balance de plaisir. »

Ext. gr. Philos. 3S

546 JJL PHILOSOPHIB AMQLAI8B GONTEHPORAUfl.

Eq faisant abstraction de toute considération de fators contingents, la longue continuation, par un individu, de Tezercice libre et habituel d'un acte, est une preuve que cet acte est, pour loi, productif d*un excédant de bien pur, et doit par conséquent être recherché. Par libre exercice d'un acte, nous entendons un acte qui n*est pas de nature à être l'objet de récompenses et de punitions provenant d'une source étrangère.

Pour justifier l'affirmation qu'un acte donné est mauvais, il faut que l'afflrmateur puisse prouver non-seulement qu'il en résulte» du mal, mais encore que la somme du mal qu'il produira sera supérieure à la somme du bien.

Si, par une fausse représentation des conséquences, ou un raisonnement erroné, et plus encore par la crainte d'un châtiment physique, moral, politique ou religieux, on interdit à un homme la jouissance d'un plaisir, on lui inflige un dommage dont la somme est égale à l'excédant de plaisir dont on l'a privé. ••

La valeur des peines et des plaisirs peut être estimée par leor intensité, leur durée, leur certitude, leur proximité et leur étendue. Leur intensité, leur durée, leur proximité et leur certitude regardent les individus. Leur étendue concerne le nombie des personnes placées sous leur iafluence. Ce que certaines de ces qualités ont en plus peut contre-balancer ce que certaines autres ont en moins.

Uq plaisir ou une peine peut être productif ou stérile. Un plaisir peut être productif de plaisirs ou de peines, ou de tous deux ; par contre, une peine peut être productive de plaisirs, de peines, ou de tous deux. La tâche de la déontologie (1) consiste à les peser et à tracer, d'après le résultat, la ligne de conduite qu'il faut tenir.

L'estimation de la peine ou du plaisir doit donc être faite par celui qui jouit ou qui souffre. 11 n'est pas jusqu'à la multitude imprévoyante et irréfléchie qui n'aime mieux s'en rapporter àson expérience et à ses propres observations, que d'en croire la parole de gens inconnus...

La tâche du moraliste est donc d'amener dans les régions delà peine ou du plaisir toutes les actions humaines, afin de prononcer sur leur caractère de propriété et d'impropriété, de vice ou de vertu. Et effectivement, en examinant la chose, on trouvera gue

1. Bentham nommait ainsi la science de la morale telle qu*il préteodaitla réformer.

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depuis Porigine du inonde les hommes ont souvent, d'une manière imperceptible et en dépit d'eux-mêmes, appliqué ce critérium utilitaire à leurs actions, au moment môme où ils le décriaient avec le plus d'acharnement.

«En effet, des hommes se sont rencontrés qui se sont imaginé qu'en s'infligeant à eux-mêmes des souffrances, ils faisaient une action sage et vertueuse. Mais leurs motifs, après tout, étaient lès mômes que ceux du reste des hommes ; et au milieu des tortures qu'ils s'imposaient, ils comptaient sur un résultat de bonheur. Us pensaient qu'une moisson de plaisirs futurs devaient croître sur le sol des peines présentes : et dans l'attente de cette moisson, qu'ils se figuraient abondante et sans limite^ ils trouvaient leur jouissance. Us prétendaient encore que la patience était une vertu, le courage une vertu, et que l'homme juste serait récompensé pour les avoir pratiquées. Ils paraissent n'avoir pas compris que l'Être divin, s'il est juste et bon, ne saurait vouloir qu'aucune portion de bonheur soit inutilement sacrifiée, aucune souffrance inutilement endurée : leur ascétisme était de l'utilitarisme renversé. Ils imaginèrent d'approuver des actions, parce qu'elles entraînaient avec elles des souffrances, et d'en désapprouver d'autres, précisément parce qu'elles procuraient du bonheur,

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