IX. — Du progrès illimité
n n'est personne, dont l'opinion mérite un moment d'attention, qui puisse douter que la plupart des grands maux positifs de ce monde ne soient de leur nature susceptibles d'être évités, et que, les affaires humaines continuant à s'améliorer, ces maux ne finissent par être renfermés dans d'étroites limites.
D'une part, la pauvreté, lorsqu'en un sens quelconque elle implique la souffrance, peut entièrement disparaître grâce à la sagesse de la société combinée avec le bon sens et la prévoyance des individus ; d'autre part, avec l'aide d'une bonne éducation
morale et physique et d'une surveillance conveiiable des influences pernicieuses, notre plus opiniâtre adversaire lui-même, la maladie, peut être indéfiniment réduite dans ses proportions ; tandis que les progrès de la science nous promettent pour l'avenir des conquêtes encore plus directes sur cette détestable ennemie...
Quant aux vicissitudes de fortune et autres mécomptes qui tiennent à des circonstances purement sociales, ils sont, le plus souvent, le résultat d'une grossière imprudence, de désirs mal réglés ou d*institutions d'une société mauvaise ou imparfaite.
Brefy toutes les principales causes de la soufirance humaine peuvent céder en grande partie, beaucoup peuvent céder presque complètement, devant les soins et les efforts des hommes.
Bien que ceci ne s'accomplisse qu'avec une fâcheuse lenteur; bien qu'une longue suite de générations doivent périr sur la brèche avant que la conquête s'achève, et que ce monde •devienne ce que, la volonté et les connaissances aidant, il pourrait facilement devenir, — il n'en est pas moins vrai que tout esprit assez intelligent et assez généreux pour prendre à ce mouvement une part, si petite et modeste qu'elle puisse être, troi^vera dans la lutte un noble plaisir, qu'il n'échangerait contre aucune jouissance égoïste, quelque séduisante qu'elle puisse être.
Utilitarisme, p. 25.